La Guerre des deux Mains : Comment Israël étrangle et secoue l'Iran jusqu'à briser le régime

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La Guerre des deux Mains : Comment Israël étrangle et secoue l'Iran jusqu'à briser le régime

ANALYSE STRATÉGIQUE • ISRAËL-IRAN

La Guerre des deux Mains : Comment Israël étrangle et secoue l'Iran jusqu'à briser le régime

« L'idée de la guerre fonctionne comme ceci : d'une part, nous serrons la gorge du régime avec force. De l'autre, nous le secouons de manière inattendue, encore et encore, jusqu'à ce que son cou se brise. »

— Un haut responsable de la sécurité israélienne, cité par Amit Segal

Quelques mots. Une métaphore. Et soudain, tout devient clair. Le journaliste israélien Amit Segal, l'une des plumes les mieux informées du pays, a rapporté une déclaration d'un haut responsable de la sécurité qui résume, avec une brutalité froide, la logique profonde de la guerre qu'Israël mène contre l'Iran. Cette phrase n'est pas une rhétorique de tribune. C'est une doctrine.

Deux mains pour tuer une révolution

La métaphore est implacable dans sa précision clinique. Un étranglement à deux mains. La première, méthodique, systématique, structurée celle d'un chirurgien qui planifie chaque incision. La seconde, imprévisible, violente, surprise celle d'un combattant de rue qui frappe là où l'adversaire ne regarde pas.

La première main, c'est la campagne militaire structurée. Elle suit un ordre logique et implacable : d'abord démanteler les systèmes de défense aérienne iraniens, ensuite neutraliser les capacités balistiques, puis s'attaquer aux vestiges du programme nucléaire, et enfin objectif ultime  frapper les quartiers généraux de la répression du régime des Mollahs lui-même.

La seconde main, c'était la surprise. Planifiée dans l'ombre. Déclenchée sans préavis. Un choc pour désorienter, pour briser le rythme, pour précipiter l'effondrement d'un régime déjà asphyxié par la première pression.

L'art israélien de faire plus avec moins

Ce que décrit Amit Segal touche à l'essence même de la culture militaire israélienne. En Israël, on parle d' « économie des munitions ». Chaque missile, chaque bombe, chaque sortie aérienne est comptabilisée, justifiée, optimisée. L'armée de l'air israélienne planifie méticuleusement des attaques « énormes selon les normes israéliennes », mais qui reposent sur l'ingéniosité en exploitant 150% du potentiel de chaque équipement, de chaque munition.

Face à cela, les Américains arrivent et « réduisent simplement les cibles en poussière avec une puissance de feu disproportionnée ». Ils n'ont jamais entendu parler d'économie des munitions. Deux philosophies de guerre qui se complètent : la précision chirurgicale d'un petit État qui doit compter chaque cartouche, et la puissance brute d'une hyperpuissance qui peut se permettre le gaspillage.

C'est un « petit atelier et une usine industrielle » qui fonctionnent ensemble, selon la formule même des responsables israéliens. Une alliance asymétrique dans ses moyens, mais convergente dans ses objectifs.

Netanyahu, Trump et les sept diapositives

« La guerre n'est pas un programme que vous pouvez commander selon vos souhaits. » Cette phrase de Netanyahu cette semaine dit tout de l'homme et de sa vision. Le Premier ministre israélien méprise les présentations PowerPoint. Il les combat depuis des années lors des réunions avec ses équipes avec un succès limité, reconnaît-on en coulisses.

Et pourtant. Pour sa rencontre avec Donald Trump à la Maison Blanche, il y a exactement un mois, Netanyahu est personnellement arrivé avec une présentation de sept diapositives. Sept diapositives détaillant les principes complets de l'effort de guerre conjoint américano-israélien contre l'Iran. Quand l'enjeu est existentiel, même le contempteur des slides s'y soumet.

L'échange entre les deux hommes, rapporté par Segal, est révélateur.

Trump : « Comment tenez-vous le coup ? »  évoquant deux ans et demi de guerre, avec un nouveau round encore à venir.

Netanyahu : « Vous êtes un tigre ancien aux dents acérées. Mais nous sommes le blaireau un petit animal, tenace, mais sauvage et implacable. »

Le tigre et le blaireau. L'Amérique avec sa puissance monstrueuse. Israël avec sa rage de survivant. Le honey badger le blaireau du miel est l'animal le plus tenace de la savane. Il attaque les cobras. Il continue de se battre blessé. Il ne se rend pas.

L'Iran, ou la stratégie Sinwar

Ce qui est fascinant et glaçant dans le récit d'Amit Segal, c'est la symétrie qu'il révèle. La bête iranienne blessée combat exactement comme le Hamas. Yahya Sinwar avait bâti sa stratégie sur deux leviers : la sensibilité de la société israélienne au sort de ses otages, et celle du public occidental au meurtre de civils.

Les Gardiens de la Révolution, quant à eux, misent sur deux autres vulnérabilités occidentales : la hausse des prix de l'énergie une arme économique redoutable dans des démocraties où les électeurs souffrent à la pompe et le facteur temps. Faire traîner le conflit. Épuiser les opinions publiques. Attendre que la coalition se fissure.

C'est le pari de Téhéran : que le tigre américain finisse par se lasser, et que le blaireau israélien finisse par saigner. Une stratégie d'usure contre une stratégie d'étranglement.

Pas de dates. Des processus.

La nouvelle doctrine israélienne, telle que rapportée par Segal, peut tenir en quatre mots : pas de dates, des processus. Israël a tiré les leçons de la pression internationale qui s'exerce toujours à l'approche d'une échéance. Fixer une date, c'est offrir une cible à ses adversaires diplomatiques autant qu'à ses ennemis militaires.

Se concentrer sur les missions, pas sur le calendrier. Avancer étape par étape. D'abord la défense aérienne, ensuite les missiles, puis le nucléaire, enfin les centres du pouvoir. Un étranglement progressif et méthodique, entrecoupé de chocs imprévisibles, jusqu'à l'effondrement.

L'évaluation en Israël est que « même l'étau militaire lui-même, s'il se poursuit comme prévu, entraînera des dommages irréversibles pour le régime ». Irréversibles. Ce mot mérite d'être souligné. On ne parle pas d'affaiblissement temporaire. On parle de destruction structurelle d'un régime.

Ce que nous enseigne cette déclaration

La déclaration rapportée par Amit Segal n'est pas une fanfaronnade. C'est une fenêtre ouverte sur la réalité d'une guerre menée par un État qui a intégré l'idée qu'il combat pour sa survie — et que ses ennemis n'accepteront jamais de coexister avec lui.

Israël ne cherche pas un cessez-le-feu. Il cherche un effondrement. Pas la capitulation d'une armée  l'éclatement d'un régime. C'est une ambition démesurée. Et c'est précisément pour cela qu'elle est prise au sérieux.

Deux mains. Une gorge. Et la patience féroce d'un blaireau qui sait qu'il finit toujours par gagner.

D'après la déclaration originale d'Amit Segal, journaliste israélien. Article publié dans Alliance.

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