Affaire Lee Zeitouni : les chauffards jugés en France

Israël - le - par .
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leeze.gifArticle paru dans "Le Point.fr"

Les parents de la jeune femme renversée à Tel-Aviv espéraient un procès en Israël. Ils ont finalement déposé plainte auprès du tribunal de Créteil.

C'est "résignés" que les parents de Lee Zeitouni ont finalement décidé de porter plainte en France, neuf mois après la mort de leur fille, renversée par deux chauffards français.

Kate et Itzik Zeitouni auraient "préféré mille fois que ce soit la justice israélienne, qu'ils considéraient comme la justice naturelle, qui soit saisie. Mais puisque les deux personnes mises en cause ne veulent pas se soumettre à la justice israélienne, ils ont fait ce choix", explique leur avocat, Me Gilles William Goldnadel. Peu après le drame, les deux hommes avaient fui Israël pour rejoindre la France par Genève. Leur retour dans l'Hexagone les mettait à l'abri de la justice israélienne : la France ne peut extrader ses ressortissants hors des limites de l'Union européenne. Le dossier avait suscité l'émoi dans l'opinion publique israélienne et de vives tensions entre les deux États.

"Lee était une citoyenne qui allait travailler et qui a été écrasée, abandonnée et tuée par deux individus qui se sont tout simplement enfuis en France. C'est quelque chose que l'État d'Israël ne peut laisser passer au risque de créer un dangereux précédent", protestait Roi Peled, le petit ami de la jeune femme. Sa compagne, professeur de Pilates, se rend à son travail le 16 septembre dernier quand, sur un passage protégé, elle est percutée par un 4x4 noir. Le choc est si violent que le corps de la jeune femme est projeté plusieurs mètres plus loin. Lee Zeitouni meurt sur le coup. La voiture, avec à son bord deux occupants, "passe son chemin sans s'assurer du sort de la victime", indique Me Goldnadel, également président de France-Israël.
"Amène-moi chez moi ! Mes enfants !"

La voiture des deux hommes est rapidement localisée. Elle est retrouvée très endommagée dans le sous-sol d'un immeuble. Les occupants ont plié bagage avec femmes et enfants pour rejoindre la France. Là commence le combat de Roi Peled pour voir les deux chauffards répondre de leurs actes devant la justice israélienne. Les deux hommes sont rapidement identifiés. Claude Isaac Khayat et Éric Yann Robic sont catégoriques : ils ne retourneront pas à Tel-Aviv pour "croupir 20 ans en prison". Le jeune homme décide alors de mener sa propre enquête. Fin décembre, il part pour Paris pour tenter de retrouver les fuyards et les faire passer aux aveux. Son voyage est suivi par une équipe de télévision de Ouvda ("Faits"), un magazine diffusé par la chaîne de télévision Aroutz 2. Roi Peled a recours à Yossi Ayache, Juif français et dirigeant de la Ligue de défense juive, qui connaît les deux hommes et accepte de s'équiper d'une caméra cachée.

Dans les locaux d'un luxueux immeuble parisien, Claude Isaac Khayat, détendu, livre sa version des faits après s'être préparé un joint de haschisch. "Ouvre grand tes oreilles parce que toute ma vie, c'est ce que je répéterai, parce que c'est la vérité", explique-t-il, avouant qu'il était bien le conducteur du 4x4. "J'ai tout de suite freiné après le choc, je suis descendu de la voiture. Il n'y avait rien. Dans le choc, elle, la petite, était passée de l'autre côté de la voie ! Et Éric, il était totalement paniqué. Il hurlait. C'est sa voiture, il hurle, il est en panique (...) Amène-moi chez moi ! Mes enfants !"
"Voyous"

En confiance, Khayat accepte de parler au téléphone avec Peled qui se trouve à proximité dans une voiture. "C'est un accident ! Je ne l'ai pas fait exprès. Je ne suis pas sorti de chez moi avec l'intention de tuer quelqu'un... Je souffre beaucoup. J'en crève, j'en suis malade comme toi, mais ce n'est pas moi, mon frère, c'est Dieu..." Peled : "Tu dois payer pour cela en Israël." Khayat : "Même si j'en prenais pour cent ans, cela ne la ferait pas revenir, mon frère ! Alors laisse-moi payer en France."

Les deux hommes ont accueilli "avec sérénité" la plainte déposée par la famille de Lee. "Nous étions demandeurs de cette initiative afin qu'ils puissent être convoqués et répondre de leur responsabilité, nous explique Me François Cotta, l'un des conseils d'Éric Yann Robic. Reste la personnalité de ces deux hommes. La presse israélienne les décrit comme des "voyous". Claude Isaac Khayat et Éric Yann Robic seraient mêlés à des escroqueries dans des affaires de publicité et de cartes de crédit. Un témoin a en outre affirmé à la télévision israélienne que, quelques heures avant l'accident, tous deux, passablement éméchés, voulaient s'offrir un spectacle spécial après la fermeture d'un club de stip-tease à Ramat Gan, près de Tel-Aviv.

Poursuivis pour homicide involontaire, omission de porter secours et délit de fuite, avec les circonstances aggravantes qui peuvent être retenues contre eux, ils risquent dix ans de prison.

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