Israël, puissance mondiale de la coparentalité : quand la parentalité se sépare du couple

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Israël, puissance mondiale de la coparentalité : quand la parentalité se sépare du couple

Israël, puissance mondiale de la coparentalité : quand la parentalité se sépare du couple

Michal Biran, de la Knesset à la révolution sociale des familles recomposées

L’ancienne députée israélienne Michal Biran a quitté la politique pour s’engager dans un autre combat : celui de la transformation du modèle familial.
Fondatrice de la plateforme « Hasida », elle incarne un changement sociétal profond en Israël — celui de la dissociation entre amour et parentalité.
Dans un pays longtemps attaché au modèle traditionnel de la famille, son projet fait l’effet d’une onde de choc sociale, juridique et émotionnelle.

« Israël est aujourd’hui une puissance mondiale dans le domaine de la coparentalité », affirme Biran.
«
Il n’existe aucun autre endroit au monde où l’on trouve une telle concentration de familles construites sur ce modèle. »

Quand la famille ne se fonde plus sur le couple

Le principe est simple en apparence, mais bouleversant dans ses implications : deux personnes qui ne forment pas un couple romantique décident ensemble d’avoir un enfant et de l’élever conjointement, chacune selon des modalités définies à l’avance.
Pour certains, cela représente la fin d’un tabou ; pour d’autres, une libération de l’idée même que la parentalité doit découler d’une relation amoureuse ou d’un mariage.

Biran explique : « Pendant des générations, on a conditionné la parentalité à l’amour, au mariage et à la vie commune. Or aujourd’hui, une nouvelle génération veut être parent sans forcément être en couple. »
Sa plateforme met en relation des hommes et des femmes — souvent célibataires, parfois homosexuels, parfois simplement désillusionnés par la vie de couple — qui souhaitent fonder une famille autrement.

La logistique du rêve : droits, ADN et émotions

Mais derrière cette utopie moderne se cachent des défis considérables. D’un point de vue juridique, la coparentalité exige des contrats d’une précision redoutable, rédigés avant la conception, afin d’éviter tout conflit ultérieur sur la garde, l’éducation, ou les décisions médicales.

Les aspects émotionnels sont tout aussi complexes : « Ce n’est pas un projet pour tout le monde, reconnaît Biran. Il faut une maturité énorme pour se lancer dans une telle aventure. Vous partagez un enfant avec quelqu’un avec qui vous n’avez pas de relation amoureuse, mais une relation d’engagement profond. »

Certaines mères racontent qu’elles ont dû affronter l’incompréhension de leur entourage : comment expliquer à un parent qu’on aura un enfant avec un ami ? Comment élever un enfant dans deux foyers qui ne se sont jamais aimés, mais qui s’accordent sur tout le reste ?

Israël, laboratoire du futur familial

Ce modèle, loin d’être marginal, s’impose désormais dans les grandes villes israéliennes comme Tel-Aviv, Haïfa ou Jérusalem. Selon des estimations citées par Biran, des centaines d’enfants sont aujourd’hui nés de ces accords de coparentalité en Israël, un chiffre sans équivalent dans le monde.

« Nous voyons naître une génération d’enfants aimés, désirés et préparés, » souligne-t-elle. « Les parents qui choisissent cette voie ont souvent mûri leur projet pendant des années. » Israël, pays pionnier en matière de procréation médicalement assistée et de droits des minorités sexuelles, a trouvé dans ce modèle une continuité logique : la liberté de fonder une famille autrement.

 Entre révolution et controverse

Bien sûr, tout le monde ne salue pas cette nouvelle forme de parentalité. Certains milieux religieux et conservateurs dénoncent ce qu’ils considèrent comme une dérive sociétale.
Les tribunaux rabbiniques, notamment, se heurtent à des cas inédits : qui est le parent principal selon la halakha ? Comment définir le foyer dans lequel l’enfant doit grandir ?

Mais pour Biran, ces débats ne font que confirmer la vitalité d’une société qui évolue : « Nous ne détruisons pas la famille, nous la réinventons. »

Ce changement, qui aurait semblé impensable il y a encore vingt ans, témoigne du dynamisme d’un Israël où les innovations sociales vont souvent de pair avec les avancées technologiques. Dans un pays où la natalité reste élevée et la recherche d’équilibre entre liberté et responsabilité omniprésente, la coparentalité devient un champ d’expérimentation humaine unique au monde.

 Hasida, l’arbre des nouvelles familles

Le nom « Hasida » n’a pas été choisi au hasard. Il évoque la cigogne, symbole universel de la naissance. Sur le site, chaque profil est accompagné d’un « arbre de valeurs », où les futurs parents définissent leurs priorités : éducation, spiritualité, cadre de vie, rythme de l’enfant.

Ce concept rencontre un tel succès qu’il attire déjà l’attention de chercheurs et de juristes à l’étranger. Des délégations venues d’Europe et des États-Unis observent le modèle israélien avec curiosité.

Michal Biran, elle, y voit plus qu’un projet personnel : « Je veux prouver qu’il existe mille façons d’aimer et d’être parent. Le couple n’est pas une condition, c’est une option. »

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