Yenouka, le rabbin des miracles : l’homme qui bouleverse le monde juif et les réseaux sociaux

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Hinouka, le rabbin des miracles : l’homme qui bouleverse le monde juif et les réseaux sociaux

Yenouka le rabbin mystique devenu star : entre miracles, musique et ferveur populaire

À la croisée de la tradition et de la modernité, Shlomo Yehuda Be’eri, surnommé Yenouka, captive des milliers de fidèles chaque semaine, bouleverse les codes du monde religieux et intrigue jusqu’aux plus sceptiques.

Chaque lundi à Rishon LeZion, un phénomène se répète avec une intensité presque irréelle : des milliers d’hommes, de toutes obédiences, font la queue, parfois dix heures durant, dans l’espoir de recevoir une bénédiction de Yenouka,.

À 37 ans, le rabbin Shlomo Yehuda Be’eri, figure atypique et magnétique, est devenu une légende vivante. Il attire aussi bien les célébrités que les anonymes, les ultra-orthodoxes que les laïcs, les mystiques que les curieux. Sa parole, ses mélodies, ses miracles supposés, circulent en boucle sur TikTok, Youtube, et jusque sur les scènes électroniques du festival Tomorrowland.

De Holon à la sainteté

Né à Holon sous le nom de Shai Tsovari, aîné de trois frères, il grandit entre Israël et l’Espagne. Enfant solitaire, il passe ses journées à jouer du piano et à lire des textes sacrés. « Il priait sans cesse, sans attendre l’intervention d’un rabbin », confie un proche.
À 14 ans, il s’installe dans une synagogue de Holon et refuse d’en sortir, y passant des nuits entières. L’un de ses anciens camarades raconte : « Le rabbin voulait fermer la synagogue, mais Yenouka,r efusait. Il étudiait seul pendant des heures. »

Impressionnés par sa ferveur et ses propos mystiques, plusieurs sages s’approchent de lui. Le kabbaliste Hacham Avraham Haï lui donne le surnom de « Yenouka,» – un terme issu du Zohar désignant un enfant prodige doté de capacités spirituelles exceptionnelles.

Dès l’âge de 16 ans, le jeune maître rassemble autour de lui des étudiants. « Il était comme le Bitcoin : tout le monde savait qu’il allait exploser », raconte Menachem, un ancien disciple. À 18 ans, il enseigne déjà à Netanya, Holon, Jérusalem, Rishon LeZion.

Partout, des centaines de fidèles affluent. Il ne demande jamais d’argent. Contrairement à nombre de ses pairs, il refuse toute affiliation politique ou communautaire. Cette indépendance lui vaut un silence relatif dans la presse haredi, mais n’empêche pas des personnalités de tous bords – du Likoud au Shas – de venir solliciter sa bénédiction.

Le chant sacré à Tomorrowland

La voix de Yenouka,ne résonne pas uniquement dans les synagogues. En Belgique, lors du festival Tomorrowland, des dizaines de milliers de fêtards découvrent sur scène une voix chantant en hébreu : « Croyez et vous vaincrez. Le pouvoir de la musique peut réparer l’âme. La simple mélodie peut purifier, purifier complètement. » Ces mots, signés Yenouka, sont diffusés par les DJs israéliens Vini Vici – Matan Kadosh et Aviram Sakhari –, grands admirateurs du rabbin.

« Tout le monde était en délire, c’était une expérience incroyable, surtout en cette période difficile », raconte Kadosh. « Il n’y a eu aucune réaction antisémite. »
Le titre a été coécrit avec le rabbin. Leur première rencontre remonte à six mois plus tôt, lorsque Kadosh, en quête spirituelle, se rend dans la synagogue de Rishon LeZion. « Il y avait environ 500 personnes. À 23h, on a annoncé que chacun aurait une bénédiction d’une minute. Mais un des shemshim m’a demandé mon histoire et m’a dit d’attendre. »

Le moment venu, Kadosh tend au rabbin une lettre. Le rabbin le fixe et lui demande soudain :
« Utilisez-vous Logic ? » – un logiciel d’édition musicale rare en Israël. Le musicien est stupéfait.
« Trouver quelqu’un qui utilise Logic, c’est comme trouver de l’eau dans le désert », plaisante le rabbin.

Le rabbin les a alors invités, Aviram et moi, à venir dans son studio. Là, il nous a fait écouter des morceaux qu’il avait lui-même composés avec Logic.

Leur parle de « Forever Young », qu’il connaît déjà. De cette rencontre naîtra l’ouverture du set à Tomorrowland.

Une âme une fois par millénaire

Autour de Yenouka,, les récits de miracles abondent. Sur TikTok et YouTube, ses disciples postent inlassablement vidéos de prières, témoignages de guérison, extraits de leçons. Osher Cohen, jeune homme du centre d’Israël, affirme : « Le rabbin m’a guéri du cancer. »
Il raconte une tumeur à l’estomac, une opération, une chimiothérapie imminente.

« Avant de commencer le traitement, je suis allé avec mon cathéter recevoir sa bénédiction. Il m’a dit de revenir avec de bonnes nouvelles. Aujourd’hui, je suis totalement guéri. Je suis sûr que c’est un miracle. »

Un autre père, Oral, vient le voir avec son fils de 7 ans, souffrant de ganglions. « Il l’a caressé et m’a dit : “Il n’a rien, c’est juste de l’eau.” Deux jours plus tard, à l’hôpital, les médecins repoussent l’opération, puis l’annulent. Tout était guéri. Un an plus tard, il se souvenait encore de nous. »

Le rabbin, aujourd’hui marié à Adèle Barry – elle aussi enseignante de Torah – est père de quatre enfants. Durant une période de persécution,Yenouka, disparaît de la scène publique. « Il nous donnait des cours secrets, jouait du piano, nous bénissait », se souvient Shmuel. La presse haredi le boudait, et certains maîtres puissants l’ont même traité de « démon ».

Des groupes liés au rabbin Eliezer Berland auraient tenté de le faire chanter.
Yenouka, après avoir désavoué publiquement Berland, devient la cible de rumeurs haineuses. « Cela l’a brisé », avoue un proche.

Le rabbin Eliezer Berland condamné pour agressions sexuelles sur des femmes — y compris mineures — puis à nouveau poursuivi pour fraude après avoir vendu des remèdes miracles en échange de grosses sommes d’argent, Berland a vu son empire spirituel s’effondrer dans une série de scandales. Lorsque Yenouka,, refusant toute compromission, a publiquement désavoué cet homme autrefois révéré, les représailles ne se sont pas fait attendre.

« À l’époque, les disciples de Berland ont tenté de l’approcher pour tirer profit de sa notoriété grandissante », confie un proche. « Mais Yenouka, fermement refusé. Après son désaveu, ils ont lancé contre lui une campagne de rumeurs haineuses, allant jusqu’à le menacer s’il venait à s’approcher de leur communauté.  »

C’est dans ce contexte qu’Yenouka, a choisi de se retirer temporairement de la vie publique, conservant un petit cercle d’élèves triés sur le volet, refusant d’être filmé, et imposant le silence sur ses enseignements. Une retraite volontaire, motivée autant par l’exigence spirituelle que par le besoin de se protéger d’un monde religieux gangrené par certaines dérives.

Mais loin d’éteindre la flamme, cette disparition n’a fait que renforcer l’aura du jeune rabbin. « Je le connaissais à cette époque », se souvient Shmuel. « J’avais déjà entendu parler de lui, mais j’ai été choisi pour faire partie des rares privilégiés qui ont eu accès à lui pendant sa clandestinité. Personne ne savait où il habitait. Il nous donnait deux ou trois cours par semaine, jouait du piano, nous transmettait des leçons de Torah et nous bénissait. »

Une notoriété surveillée, sans téléphone personnel

La notoriété d’Yenouka, explose en ligne. Sa page TikTok atteint près d’un million de likes. Pourtant, il ne possède pas de téléphone personnel. « Il n’est pas exposé à tout ce qui est publié sur lui », affirme un élève.
« Il ne veut pas le savoir. Il ne veut pas être happé par cette notoriété. »

Contrairement à d’autres rabbins qui orchestrent leur image,Yenouka,se laisse filmer mais refuse de poser. « À Mea Shearim, ils l’apprécient justement parce qu’il ne coopère pas avec Internet. Il reste lui-même. » Entre ascétisme et puissance médiatique, le mystère demeure.

Icône religieuse ou phénomène sociologique ?

Certains dénoncent un culte de la personnalité. Sur TikTok, des critiques émergent : « Le louer ainsi, c’est de l’idolâtrie. » D’autres le défendent : « Il n’a pas besoin de publicité. C’est un vrai tsadik. » Un commentateur conclut : « Il répond à un besoin psychologique de croire qu’une solution existe, qu’avec un peu de prière et de charité, on peut guérir, avancer. »

Peut-être est-ce là le secret de Yenouka, : une figure suspendue entre le ciel et la terre, un homme qui échappe aux classifications, un rabbin musicien, mystique, discret et irradiant, dont l’aura mystique rassemble au-delà des clivages, dans un monde en quête de sens.

La publicité communautaire repose sur la capacité d’un média à s’adresser à un public ciblé dans un contexte de confiance.

Vos réactions

  1. almatikva@gmail.com'AT

    Madame,
    Je cherchais à m’informer sur le Rav Shlomo Yehuda Beeri et j’ai découvert votre article. Vos propos sur Rav Berland sont odieux et diffamant. Le Rav dirige sa yeshiva depuis des décennies, il aide des Juifs et des juives de tous horizons, il soutient des centaines de familles avec paix et intégrité. Il a ramené des juifs et des juives à la Torah, il distribue de l’attention, du Hessed, des bénédictions sans compter. Son amour du peuple juif sont à prendre en exemple. Il habite à Jérusalem et ses élèves que vous avez décrit comme des « sbires » ou des malfrats, sont d’une piété insondable, ils ont la tête plongée dans leurs livres, lorsqu’ils ne sont pas occupés à enseigner où à faire du ‘Hessed. Le Rav Aroush est l’un d’eux. Le Rav est un homme pur et ceux qui cherchent à le ternir devraient arrêter. Votre article ne rend aucunement service au Yanouka.

    Répondre
    1. Claudine Douillet Articles

      Madame,

      Nous vous remercions de votre message, même s’il contient des termes tels que « odieux et diffamants » que nous ne pouvons accepter sans réagir. En tant que média juif indépendant et responsable, notre devoir est d’informer, même — et surtout — lorsque les faits dérangent.

      Concernant le Rav Eliezer Berland, les éléments que nous avons mentionnés dans notre article ne sont ni des rumeurs, ni des opinions : il a été condamné à plusieurs reprises par la justice israélienne pour des faits d’agressions sexuelles, sur la base d’aveux et de témoignages concordants, y compris ceux de femmes qui faisaient partie de sa communauté. Ce n’est pas Alliance qui le dit, c’est la justice israélienne, après procédure, enquête, et procès. Une première condamnation a été prononcée en 2016 après son extradition d’Afrique du Sud, et une seconde en 2021 pour escroquerie aggravée et abus de faiblesse, dans un dossier où il vendait des promesses de guérison contre de l’argent. Ce sont des faits gravissimes et établis.

      Vous avez parfaitement le droit de ressentir du respect, voire de la vénération pour cet homme. Mais l’engagement religieux ne saurait absoudre des crimes. Aider des familles, étudier la Torah ou distribuer des bénédictions ne donne à personne le droit de briser des vies. Ce n’est pas un débat entre les bons et les méchants, mais un devoir de clarté morale pour notre peuple tout entier, et pour nos jeunes, qui doivent comprendre que la Torah n’est pas un refuge pour l’impunité.

      Quant aux disciples du Rav Berland que vous décrivez comme pieux et purs, nous n’avons jamais remis en cause leur foi ou leur niveau d’étude. Mais certains membres de son entourage ont été filmés ou arrêtés lors d’intimidations, voire d’actes violents à l’égard de journalistes ou de plaignantes. Les termes employés dans notre article à ce sujet se fondent là encore sur des faits documentés.

      Enfin, évoquer le Rav Shlomo Yehouda Be’eri (le Yanouka) dans ce contexte ne nous semble pas pertinent. L’article concerné parlait du Yanouka et de son ascension spirituelle, sans lien avec les affaires judiciaires du Rav Berland, sinon que des comparaisons abusives entre les deux hommes circulent sur les réseaux, et que nous avons voulu mettre les choses au clair.

      Nous comprenons que la vérité soit parfois difficile à entendre, surtout lorsqu’elle touche une figure perçue comme sainte. Mais il n’est ni odieux ni diffamant de rappeler que dans notre tradition, la justice est une valeur suprême, et que le respect dû à la Torah commence par la droiture des comportements, y compris dans le domaine sexuel.

      Vous avez le droit de ne pas partager notre point de vue. Nous, nous avons le devoir de le publier.

      La rédaction d’Alliance
      Premier magazine juif en ligne, indépendant depuis 1996.

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