Gustave Leonhardt le « prophète du baroque » nous a quitté,Pr Hagay Sobol

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Gustave Leonhardt s’en est allé le 16 janvier à l’âge de 83 ans, quelques semaines après son dernier récital à Paris. Lorsque j’ai lu la dépêche m’apprenant la triste nouvelle, je fus envahi d’une indicible tristesse comme si quelqu’un de très proche avait disparu. Bien que je n’aie jamais étudié avec lui, il m’a accompagné depuis mon enfance jusqu’à ma vie d’adulte sur les chemins de la musique baroque grâce à ses disques dont chacun était une porte ouverte sur un monde inexploré.

Avec lui j’ai appris tout mon Bach ! Je me rappelle l’impatience avec laquelle j’attendais ses nouvelles parutions lorsque avec son collègue Nikolaus Harnoncourt ils se sont lancés dans ce projet fou d’enregistrer l’intégrale des cantates de Jean Sébastien Bach. Un cycle de près de 200 œuvres à l’inspiration sans cesse renouvelée qui reste encore aujourd’hui une référence absolue. A l’écoute, on comprend immédiatement que l’on assiste à un évènement exceptionnel où chacun a donné le meilleur de lui-même dans une sorte d’expérience mystique. Même les minimes imperfections sont là pour nous rappeler le côté avant-gardiste et risqué de l’entreprise en jouant sur des instruments anciens et en faisant appel à des voix d’enfants comme au temps de leur création au 18ème siècle.

A l’image du Cantor de Leipzig, dont il a interprété jadis le rôle à l’écran*, le Maître Néerlandais était discret et humble, un musicien de génie, claveciniste, organiste, chef d’orchestre, et un enseignant d’exception, avec une pointe d’austérité mais une honnêteté intellectuelle sans faille.

Pionnier du mouvement « baroqueux » et de l’interprétation sur instruments d’époque, ce n’était pas pour autant un dogmatique. Il a su, au cours de sa longue carrière faire évoluer son art ne cherchant pas à atteindre une utopique vérité historique, mais plutôt à faire revivre des chef-d’œuvres oubliés ou dénaturés par une pseudo tradition. C’était avant tout un découvreur, et un médecin de l’âme.

En écrivant ces quelques lignes, je retrouve la joie en sachant qu’il continuera à vivre au travers de ses prestigieux élèves, de ses enregistrements et à nous émouvoir ainsi grâce à sa musique. Merci à vous Mr Leonhardt et à ceux qui vous ont permis de réaliser vos rêves, nous apportant ainsi tant de bonheur.

*« Chronique d'Anna Magdalena Bach » un film de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet,

Pr Hagay Sobol

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