Espions israéliens pour l’Iran : plongée dans l’aile secrète, l'aile 21, de la prison de Damon

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Espions israéliens pour l’Iran : plongée dans l’aile secrète, l'aile 21, de la prison de Damon

Dans les entrailles de l’aile 21 : immersion dans la prison secrète des espions iraniens israéliens

À Damon, une unité carcérale ultra-sécurisée a été discrètement ouverte pour enfermer une nouvelle catégorie de détenus : des citoyens israéliens accusés d’avoir livré leur pays à l’ennemi. Entre surveillances permanentes, isolement total et soupçons de trahison, Ynet a obtenu un accès rare à cette zone interdite.

« Ils ont trahi le pays » : la sentence du lieutenant-colonel Zohar Tzarfati, commandant de la prison de Damon, est sans appel. Derrière les murs épais et les grillages étouffants de cette prison du nord d’Israël, une aile récemment ouverte accueille une population carcérale inédite. Ni terroristes du Hamas ni membres du Jihad islamique, mais des Israéliens de souche, souvent sans casier judiciaire, accusés d’avoir livré des secrets à l’Iran, l’ennemi numéro un.

Une menace intérieure sans précédent

À mesure que les services de renseignement révélaient des cas d’espionnage, le système carcéral a dû réagir. Jusqu’alors dispersés dans plusieurs établissements, ces prisonniers d’un genre nouveau ont été regroupés dans une aile spécialement construite, baptisée « Aile 21 », conçue comme une forteresse dans la forteresse.

Des caméras enregistrent chaque mouvement à l’intérieur des cellules. Le personnel, soigneusement sélectionné et habilité, reste en poste sans rotation. Aucune visite, aucun appel, aucun contact extérieur, pas même familial, ne vient troubler le silence pesant de cette aile. L’unique cour intérieure est dominée par une affiche provocatrice : une photographie d’un Iran en ruines surmontée de la légende « Le nouvel Iran », en écho aux ailes où sont enfermés les terroristes palestiniens, où des images de Gaza bombardée sont exposées comme trophées.

« Ce sont des espions à tout faire »

Pour le lieutenant-colonel Tzarfati, le danger est d’autant plus grand que les détenus ne sont pas des extrémistes visibles, mais des individus banals, instruits, et parfois insoupçonnables. « Ce sont des citoyens israéliens, nés ici, qui ont retourné leur veste. Ils parlent notre langue, ils vivent près de chez nous, mais ils ont choisi un camp ennemi », confie-t-il.
« Certains ont admis des liens avec les services iraniens. Ils ont transmis des informations. Ils ont ouvert la porte à l’ennemi. »

Et de rejeter d’un revers de main toute explication par appât du gain : « Ce n’est pas qu’une question d’argent. Le simple lien avec une entité hostile est une trahison. Peu importe la somme. Peut-être que les informations qu’ils ont livrées ont déjà servi lors des dernières attaques iraniennes », accuse-t-il, visiblement affecté.

Une guerre dans l’ombre

Durant l’opération « Avec un chien », l’un des épisodes les plus tendus du conflit entre Israël et l’Iran, le choc fut total pour les gardiens. « Un détenu m’a demandé si tout allait bien dans le pays. Il avait entendu les explosions. Il semblait heureux », raconte Tzarfati. À ce moment, un agent de surveillance n’a pu retenir son trouble. Il avait devant lui ceux qu’on accuse d’avoir alimenté l’ennemi, alors que les missiles pleuvaient sur Israël.

« Ce que nous vivons ici est une guerre pour la souveraineté, même si elle se joue derrière des barreaux », insiste le commandant. Son adjoint, Shmulik Lavie, souligne le poids psychologique pesant sur les équipes : « Nos agents bénéficient d’un soutien psychologique constant. Nous devons leur donner les outils pour faire face à ce choc mental. »

Les visages de la trahison

Parmi ces détenus figure Israël Amoyel, 23 ans, de Jérusalem. Il aurait acheté un appareil photo pour filmer des sites sensibles, recherché comment acquérir des armes et même envisagé de saboter des infrastructures stratégiques.
Il a multiplié les requêtes auprès du tribunal pour améliorer ses conditions de détention, dont certaines ont été partiellement acceptées. Le juge Dror Arad-Ilon a estimé que ses conditions « excédaient largement le raisonnable », ordonnant qu’il reçoive trois cigarettes par jour et des rations alimentaires supplémentaires.

Un autre détenu, Asher Binyamin Weiss, dénonce une cellule surchauffée infestée de cafards, partagée avec six autres hommes. Il réclame une table de taille correcte et des chaises avec dossier pour « manger comme un être humain ».

Alexander Seddikov, détenu à Haïfa, a demandé les trois cigarettes quotidiennes allouées à Weiss : « Je fume depuis 50 ans, c’est très dur sans ». Artyom Zolotrev, de Nof al-Galil, a pointé un manque criant de vêtements. Sans télévision, sans climatiseur, sans contact extérieur, tous évoquent des conditions « pires que dans n’importe quelle prison au monde ».

Une nouvelle catégorie pénitentiaire

Face à ce profil inédit, le Service pénitentiaire a créé une nouvelle classification : « détenus de sécurité spéciale », définie dans une ordonnance signée par le commissaire Kobi Yaakovi.
Ce statut, distinct des prisonniers de droit commun ou des détenus de sécurité palestiniens, impose un ensemble spécifique de restrictions : pas de téléphone, visites soumises à autorisation du Shin Bet, contrôle systématique du courrier.

Ils peuvent néanmoins recevoir jusqu’à 500 shekels par mois pour la cantine, détenir six livres maximum, ainsi que des jeux de société approuvés. Parmi les produits autorisés : crackers « Zehav », gâteaux au chocolat, café turc, baskets Diadora et saucisson.

Une jeunesse en première ligne

L., 20 ans, combattante dans l’aile, raconte : « Elles me ressemblent. Elles parlent comme moi. Certaines vivaient dans mon quartier. Et pourtant, elles ont choisi un camp ennemi. Chaque interaction demande de la retenue, de la fermeté, de l’intelligence. Pas d’émotion. »

Elle aussi a ressenti le choc pendant les bombardements : « J’ai vu leur joie. Ce n’était pas seulement pour l’argent. Je connais ce qu’Israël a fait en Iran. Eux non. Cette ignorance, ce mépris, ça rend la tâche encore plus difficile. »

Des esprits fins, calculateurs et dissimulateurs

Au-delà des murs et des caméras, ce qui trouble le plus les agents pénitentiaires, c’est le calme glacial et la maîtrise absolue de ces détenus.
Contrairement aux prisonniers de sécurité palestiniens, souvent bruyants et démonstratifs, ces « espions israéliens » ne haussent pas le ton. Ils chuchotent, observent, calculent.
« Ils savent exactement ce qu’ils font.
Ce sont des esprits intelligents, entraînés à la dissimulation, à la manipulation. Ils exploitent la moindre faille du système, testent sans cesse nos réactions
», témoigne un responsable carcéral.
À chaque interaction, ils adaptent leur langage, leur posture, leur stratégie, allant jusqu’à imiter des comportements d’innocence ou de victimisation pour susciter la clémence.

Le lieutenant-colonel Tzarfati insiste : « Ce sont des manipulateurs subtils. Ils peuvent rester silencieux pendant des heures, puis poser une question qui vous déstabilise. Ce sont des gens qui comprennent les rouages psychologiques. Ils cherchent à brouiller les repères, à provoquer de l’ambiguïté. Il ne faut jamais relâcher sa vigilance ».

Même enfermés dans une cellule surveillée 23 heures sur 24, ils continuent de manigancer, de contester, de rédiger des requêtes ciblées au tribunal, dans une guerre silencieuse contre le système qu’ils ont, pourtant, choisi de trahir. « Le danger ne crie pas. Ici, il vous fixe et attend le moment de vous déstabiliser », conclut un gardien, les yeux encore marqués par l’intensité du face-à-face.

La ligne dure de Ben-Gvir

Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir soutient pleinement cette politique de fermeté : « Les espions iraniens doivent être traités comme les pires terroristes. J’attends que les tribunaux n’entravent pas cette politique de tolérance zéro envers nos ennemis et ceux qui pactisent avec eux. »

Et d’ajouter, en référence au commissaire : « Je soutiens Kobi Yaakovi, qui a transformé les centres de détention en vraies prisons. Il applique strictement la ligne que j’ai fixée. »

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