En Israël l'échec est considéré comme l'étape nécessaire à la réussite par Hervé Uzan

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L'échec en Israël est considéré comme la garantie de la réussite prochaine

Hervé UZAN 
Fondateur & CEO

Quelles leçons tirer du modèle israélien de financement de l’innovation ?

Notre pays peut-il (doit-il ?) changer radicalement son rapport au risque pour refonder un modèle. En me joignant à la Mission d’affaires récemment menée par Pierre GATTAZ, Président du MEDEF en Israel, c’est justement l’une des réflexions majeures que je me suis faite, au retour en France.

Israël : un rapport au risque différent de l’Europe

On appelle parfois Israël la « Nation startup », en référence au dynamisme exceptionnel de son secteur high-tech dans la création de startups. Si ce titre semble bien mérité, la réalité qu’il reflète en revanche est le fruit de politiques publiques de long terme, efficaces et pragmatiques. Ainsi pour développer le goût du risque – et par là même les vocations d’entrepreneurs – un effort important a été fait sur l’éducation de très haut niveau (Israël est le pays avec le plus fort taux d’ingénieur par habitant). Mais surtout, le gouvernement s’est efforcé depuis près de trois décennies d’attirer les financements de capital-risque privés (notamment au travers du programme de financements mixtes public-privé).

Cette politique a été indéniablement une grande réussite. Aujourd’hui en Israël, il ressort comme une valeur fondamentale de l’ensemble des agents économiques.

Le rapport particulier des Israéliens au risque se voit notamment dans leur rapport à l’échec ; ce dernier est valorisé s’il signifie « tentative » et « confrontation au risque ».

Dans le CV d’un Entrepreneur, l’échec peut être valorisant si celui qui a échoué montre qu’il su comprendre et tirer les leçons dudit échec.

Par ailleurs, les Financeurs (fonds de Venture Capital, Business Angels..) sont également prêts à prendre des risques et à investir des montants significatifs, souvent très en amont et dès la phase d’amorçage : la patiente structuration du marché du capital-risque par les politiques incitatives de l’État a là aussi porté ses fruits.

Enfin, ces Entrepreneurs et Financeurs se rencontrent dans les nombreux incubateurs/ accélérateurs du pays, souvent adossés aux universités pour que les travaux de leur recherche se traduisent le plus souvent en création d’entreprises.

Cet écosystème impressionnant permet à Israël d’être aujourd’hui en pointe sur de nombreuses technologies de rupture et ressort comme un modèle inspirant pour de nombreux pays.

Vers une évolution du rapport au risque en France ?

Lors de sa visite à la Fondation France-Israël en février dernier, le Ministre de l’Économie Emmanuel Macron résumait le rapport français au risque comme « une forme de préférence collective pour la précaution plutôt que le risque ». Il est en effet indéniable que la culture du risque en France est fondamentalement différente de celle qu’on trouve en Israël.

Quoique beaucoup plus prudente, la France connaît cependant un dynamisme entrepreneurial récent. Ainsi, en 2015, les startups françaises ont levé 1,8 milliards d’euros contre 897 millions en 2014. De même, depuis l’année dernière la France crée plus de startups que ses voisins européens: la tendance est récente, mais bien réelle.

Une des particularités de ce changement est qu’il n’est pas initié par les pouvoirs publics, contrairement à l’exemple israélien de politiques volontaristes pour créer la culture du risque nécessaire à un écosystème de startups dynamiques.

A l’inverse de cette diffusion verticale de la culture du risque, l’économie française a opté pour une diffusion plus horizontale; par exemple au travers des plateformes de financement collaboratif qui peuvent faire de n’importe qui un investisseur. Le gouvernement français a du reste pris conscience de l’intérêt du phénomène et tente aujourd’hui de l’accompagner en faisant évoluer la réglementation.

Il n’en demeure pas moins que le goût du risque et sa diffusion sont bien plus le fait d’individus que d’acteurs institutionnels (BPI France occupant il est vrai une place à part).

En France ce sont les individus qui prennent la part de risques

En France, ce sont les individus qui portent le goût du risque

 

Fort heureusement la France n’est donc pas, et de loin, le pays anti-entreprise et hostile au risque que l’on décrit trop souvent : Aujourd’hui en France, les jeunes se rêvent des carrières d’entrepreneurs avant celles de fonctionnaires et de salariés. Il s’agit là d’un changement radical dans les mentalités. Si l’état d’esprit change, ce changement n’est pas le fait d’une impulsion institutionnelle mais bien celui des individus eux-mêmes.

Si l’État joue un rôle certain, quoique récent, dans l’accompagnement de cette évolution, ce n’est cependant pas vers lui que devraient se tourner les entrepreneurs français pour générer l’écosystème dont ont besoin leurs entreprises. De même, la culture des Financeurs institutionnels en France se démarque fondamentalement du modèle israélien et conserve une réelle résistance au risque (visible notamment dans les montants levés par dossier par exemple).

Paradoxalement, ce sont les Investisseurs individuels qui tirent désormais une nouvelle culture du risque, au travers notamment de l’émergence des plateformes de la finance collaborative.

Cette relation « directe » aux porteurs de projet constitue bien entendu une bonne évolution pour ancrer l’entrepreneuriat dans notre pays. Soyons néanmoins attentifs à ne pas en abuser et surtout veillons à la création d’un bon système d’accompagnement à la décision. C’est là l’intérêt à long terme de tous !

Hervé UZAN- Quelles leçons tirer du modèle israélien de financement de l’innovation ?

 

Hervé Uzan le rapport risque d'Israël par apport à la France

Hervé Uzan le rapport risque d'Israël par apport à la France

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