Deux millions de noms juifs retrouvés en cinq mois : la mémoire collective a désormais son site

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Deux millions de noms juifs retrouvés en cinq mois : la mémoire collective a désormais son site

 

Deux millions de noms juifs identifiés, sourcés et reliés entre eux en cinq mois seulement. Zakhor.ai, la plateforme lancée par Bernard Bensaid, ne se contente pas de collecter des données : elle construit le recensement mémoriel intégral d'un peuple, nom après nom, pierre après pierre.

Un recensement que personne n'avait jamais osé entreprendre

Depuis Abraham, environ cent vingt millions de personnes ont vécu et sont mortes juives dont Jésus et ses apôtres.

C'est ce chiffre, vertigineux et longtemps hors de portée, que la plateforme Zakhor.ai a choisi comme horizon. Non pas constituer une base de données parmi d'autres, mais bâtir le recensement mémoriel complet d'une civilisation.
En cinq mois d'existence, le site a déjà identifié, sourcé et relié deux millions de noms. Un résultat rendu possible par une conjonction inédite : trois gisements de mémoire juive, longtemps disjoints, sont désormais lisibles ensemble.

Le premier gisement rassemble les documents administratifs : actes de mariage, ketubot, registres d'état civil, listes communautaires, archives consulaires.
Le tissu bureaucratique des siècles, enfin exploitable.
Le deuxième réunit les documents de mémoire proprement dits : récits familiaux, correspondances, mémoriaux, chroniques rabbiniques. Le troisième, le plus négligé jusqu'ici et sans doute le plus riche, ce sont les pierres tombales elles-mêmes.
Des millions de stèles portent, en hébreu, l'identité complète d'un défunt : son nom, celui de son père, sa date, parfois sa lignée et son métier. Leur déchiffrement exigeait autrefois un paléographe par cimetière. La reconnaissance d'écriture hébraïque manuscrite et lapidaire a désormais franchi ce seuil : chaque cimetière juif du monde devient une base de données en attente de lecture.

Établi, conjecturé, transmis : la règle qui protège la mémoire juive

Ce qui distingue Zakhor.ai d'une simple compilation généalogique, c'est sa méthode.
Chaque information versée dans le corpus porte son statut : historique, mémorial, établi, conjecturé ou transmis. Une tradition familiale qui fait remonter une lignée à une grande figure rabbinique n'est pas rejetée comme fausse, elle est qualifiée de transmise, ce qui est déjà une donnée précieuse sur ce qu'une famille a cru et raconté d'elle-même.
Elle n'est simplement pas confondue avec un acte notarié du XVIIIe siècle. Cette exigence épistémique n'est pas un raffinement académique, elle est la condition de survie du projet, dans un contexte où la désinformation sur l'histoire juive prolifère justement parce qu'aucune source fiable et systématiquement sourcée ne s'impose face à elle.

Des Conversos aux manuscrits de la Gueniza : des chantiers colossaux

Parmi les chantiers ouverts par Zakhor.ai, celui des Conversos frappe par son ampleur. Cinq cent mille personnes ont été converties de force sur cinq siècles dans la péninsule ibérique et ses empires.
Environ dix millions de descendants vivent aujourd'hui, essentiellement au Portugal, en Espagne, au Brésil, au Mexique et dans le sud-ouest des États-Unis, sans connaître cette ascendance juive. Paradoxalement, l'Inquisition elle-même a produit, pour persécuter, le corpus généalogique le plus détaillé du monde prémoderne. Retourner cet appareil contre son dessein initial, pour rendre un nom à dix millions de personnes, figure parmi les ambitions les plus fortes du projet.

Un autre chantier vise les manuscrits hébraïques, judéo-arabes et judéo-espagnols dormant dans les fonds de Saint-Pétersbourg, Cambridge, Jérusalem ou Le Caire. La seule Gueniza du Caire contient plus de documents qu'une vie de chercheur ne peut en lire. Leur transcription et leur traduction, en treize langues, doivent rendre accessibles des textes que quinze personnes au monde savaient encore déchiffrer.

La génétique au service de la mémoire, avec des garde-fous stricts

Zakhor.ai explore aussi la génétique comme outil de validation historique. Le chromosome Y, avec une mutation observée en moyenne tous les quatre-vingts ans, permet de dater l'ancêtre commun de deux lignées avec une précision de l'ordre de la génération, et donc de confirmer ou d'infirmer une tradition familiale.
L'ADN mitochondrial, transmis par les mères, offre un instrument complémentaire, aux mutations plus espacées. La dimension médicale n'est pas négligée non plus : certaines lignées juives portent des signatures pathologiques identifiables, et une généalogie bien faite devient un véritable outil de santé publique. Deux règles, présentées comme non négociables, encadrent cette démarche : rien de génétique n'entre sur la plateforme sans consentement explicite et révocable, et rien n'en sort vers un assureur, un employeur ou une administration.

Une identité documentée pour résister à l'hostilité

Au-delà de l'archive, Zakhor.ai se positionne aussi sur le terrain de l'identité et de la résilience. Une étude pilote est lancée avec l'International Institute for Jewish Genealogy auprès d'étudiants américains confrontés à l'hostilité sur leurs campus. L'hypothèse défendue est qu'une identité documentée, incarnée par un ancêtre précis, un village, une signature, résiste mieux qu'une appartenance seulement affirmée. Si le pilote confirme cette intuition, l'outil pourrait être déployé sur les campus occidentaux, une demande qui monte aussi en France chez les jeunes générations en quête de leurs origines.

Un projet qui avance par relais humains

À ce jour, la plateforme compte 1 796 Grands Livres publiés, 7 387 lignées documentées et 15 445 figures répertoriées, pour une communauté de 172 membres actifs.
Le projet, porté par Bernard Bensaid, ne progresse pas seulement par la technique : il s'appuie sur des ambassadeurs, dans les communautés et les synagogues, pour faire connaître la démarche. Chacun peut y contribuer : écrire ou enrichir le Grand Livre d'une famille, témoigner sur un proche disparu, ou importer son propre arbre généalogique déjà constitué.

À l'heure où la mémoire juive se trouve exposée à une désinformation organisée, en particulier dans les grandes bases de données qui nourrissent les intelligences artificielles, Zakhor.ai fait le pari inverse : construire un corpus si rigoureusement sourcé qu'il devienne, de fait, la référence. Un pari sur la rigueur plutôt que sur le bruit. Chacun peut y déposer une pierre, un acte, un nom.

Zakhor.ai est accessible en ligne, en treize langues, et l'inscription est gratuite.

 

 

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