Conférence contre l’antisémitisme : pourquoi Israël invite l’impensable

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Conférence contre l’antisémitisme : pourquoi Israël invite l’impensable

Danser avec les loups

Pourquoi Israël invite des partis aux racines néonazies à une conférence contre l’antisémitisme

Jérusalem.

L’image a choqué avant même d’être comprise. Des représentants de partis européens aux racines historiquement liées au néonazisme ou à l’extrême droite antisémite invités par Israël à une conférence internationale contre l’antisémitisme.
Pour beaucoup, l’équation est moralement intenable.
Pour Israël, elle est stratégique. Froide. Calculée. Et révélatrice d’un basculement profond dans la manière dont l’État juif lit le monde depuis le 7 octobre.

Car ce choix n’est ni une erreur de communication, ni une naïveté diplomatique. Il est le symptôme d’une réorientation brutale de la hiérarchie des menaces, et d’une rupture assumée avec les dogmes moraux hérités de l’après-Shoah.

Une conférence qui fait exploser les lignes rouges

La conférence organisée à Jérusalem, sous l’égide du ministre israélien de la Diaspora Amichai Chikli, se voulait un signal fort : l’antisémitisme est devenu un phénomène mondial, polymorphe, décomplexé, parfois institutionnalisé.

Mais l’invitation adressée à des représentants de partis comme le Rassemblement National, Sweden Democrats ou Vox a transformé l’événement en séisme politique. Ces formations traînent un passé documenté : militants fondateurs issus de mouvances néonazies, propos antisémites assumés dans les années 1980-1990, références identitaires incompatibles avec la mémoire juive européenne.

La question n’est donc pas de savoir si le malaise est légitime. Il l’est. La question est : pourquoi Israël franchit-il sciemment cette ligne ?

Le renversement de l’ennemi principal

Pendant des décennies, l’antisémitisme européen était lu par Israël à travers le prisme de l’extrême droite historique : celle des héritiers idéologiques du fascisme, du nazisme, des collaborationnismes nationaux. Cette grille de lecture n’a pas disparu. Elle a été dépassée.

Depuis les années 2000, et plus encore depuis le 7 octobre , Israël observe un antisémitisme massif, violent, quotidien, porté par d’autres vecteurs : islamisme radical, gauches identitaires, antisionisme institutionnel, ONG, campus, médias, instances internationales. Un antisémitisme qui tue, qui légitime le terrorisme, qui isole Israël diplomatiquement, et qui se dissimule derrière le vocabulaire des droits humains.

Dans ce paysage, certains partis européens autrefois infréquentables ont opéré une mue stratégique : soutien affiché à Israël, condamnation publique de l’antisémitisme islamiste, alignement sur une lecture sécuritaire du conflit. Israël ne les absout pas. Il les utilise.

Israël ne cherche pas des alliés moraux, mais des rapports de force

C’est ici que le raisonnement devient dérangeant  et profondément israélien.

L’État juif ne cherche plus à être aimé. Il cherche à ne pas être seul.

Les partis invités à Jérusalem ne sont pas jugés sur leur passé, mais sur leur trajectoire de pouvoir. Certains gouvernent déjà ou cogouvernent. D’autres sont aux portes du pouvoir dans des pays clés de l’Union européenne. Israël anticipe. Il parle à ceux qui pourraient décider demain des votes à Bruxelles, des positions à l’ONU, des livraisons d’armes, des sanctions ou de leur absence.

La logique est cynique, mais lisible :

Mieux vaut parler à des dirigeants dont l’antisémitisme historique est documenté mais contenu, qu’à des élites progressistes qui légitiment aujourd’hui la haine des Juifs sous couvert de morale universelle.

La rupture avec la mémoire sacrée

Ce choix provoque une fracture profonde avec une partie du monde juif diasporique.
Des figures intellectuelles, des institutions communautaires, des survivants ou leurs descendants y voient une trahison de la mémoire. Ils n’ont pas tort.

Mais Israël agit désormais comme un État post-traumatique, convaincu que la mémoire, si elle ne protège plus les vivants, ne peut être le seul guide. La Shoah reste le socle moral. Elle n’est plus la boussole stratégique exclusive.

C’est cela, le véritable scandale. Non pas l’invitation elle-même, mais ce qu’elle révèle : Israël accepte l’idée que la morale absolue ne garantit plus la survie.

Danser avec les loups, sans oublier ce qu’ils sont

Israël n’ignore rien du passé de ces partis. Il ne les blanchit pas. Il ne les célèbre pas. Il les convoque, sous lumière crue, dans un espace où l’hypocrisie n’est plus possible.

Cette conférence n’est pas un pardon. C’est un test.

Un test de cohérence.

Un test de loyauté réelle envers les Juifs vivants, pas seulement envers les morts.

Le pari est dangereux. Il peut se retourner contre Israël. Il peut brouiller des repères moraux essentiels. Mais il dit une chose avec une brutalité absolue : le monde a changé, et Israël refuse d’être le seul à continuer comme avant.

Le prix du réel

Israël n’invite pas des partis aux racines néonazies par naïveté.

Il les invite parce qu’il considère que le combat contre l’antisémitisme n’est plus un combat de symboles, mais un combat de puissances.

Danser avec les loups n’est jamais sans risque.

Mais Israël a appris une leçon que l’Europe refuse encore d’entendre :

Ce ne sont pas toujours ceux qui parlent le langage du Bien qui empêchent le Mal.

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