Ba Miklat – Bat Yam, Épisode 7 Le palier des certitudes… et des fissures

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Ba Miklat – Bat Yam, Épisode 7 Le palier des certitudes… et des fissures

Ba Miklat – Bat Yam, Épisode 7

Le palier des certitudes… et des fissures

Une nuit presque suspecte de tranquillité. Réveil tardif, vers 9 heures, sans sursaut, sans urgence. Et puis, brutalement, le réel reprend ses droits : alerte. D’une précision presque ironique. Le temps d’une douche expédiée, d’un choix à peine conscient — descendre au miklat, ou non.

La sirène déchire l’air.

Je sors sur le palier.

Deux voisins sont déjà là. Silencieux, encore engourdis. Ma voisine, elle, ne tarde pas. Croyante à sa manière — traditionnaliste, jamais vraiment religieuse — oscillant sans cesse entre foi et inquiétude. Chez elle, la frontière avec la superstition est parfois mince. Mais surtout, elle a peur. Toujours.

Je n’ai pas reçu l’alerte ! Vous, vous l’avez reçue ?

Oui. Sans hésiter.

Le second voisin confirme : rien non plus. Juste la sirène. Le signal brut. Comme si, même la technologie commençait à céder.

Je décide de ne pas descendre. Je reste là. Sur ce palier devenu ligne de front immobile.

On comprend vite : ce missile ne nous vise pas. Direction Eilat.

Et soudain, tout devient personnel.

Tous mes enfants sont à Eilat pour les fêtes !

La phrase tombe, nue. Comme une déflagration intérieure. Pessah oblige : d’ordinaire, les Israéliens fuient à l’étranger. Mais le ciel est fermé. Alors Eilat devient le refuge par défaut. Luxe, soleil… et désormais, cible.

Des missiles visent les hôtels.

Le contraste est obscène.

Et comme toujours ici, la conversation glisse. Sans transition. De la peur à la géopolitique.

Je n’aime pas du tout Donald Trump. Il est cinglé. Bon pour les affaires, peut-être… mais la guerre ? Il n’y connaît rien. On ne peut pas lui faire confiance.

Puis, presque dans le même souffle :

Dans la Torah, il est écrit que nous affronterons une grande guerre. Mais que va-t-il se passer ? Nous allons gagner, bien sûr.

Cette certitude, si typique, si nécessaire.

Je la fissure.

— Et si ce n’était pas cela, l’intention de Dieu ?

Silence. Regard figé. Comme si une ligne invisible venait d’être franchie.

Je poursuis.

— Qui nous dit que nous comprenons ce qui est écrit ? Que nous parlons bien de cette guerre ? Regardons froidement. Cela fait plus d’un mois. Nous avons détruit une grande partie des infrastructures iraniennes, et pourtant…

Elle me coupe.

Et lâche, presque malgré elle :

Si l’Iran voulait nous détruire, il l’aurait déjà fait. En un claquement de doigts.

Je reste immobile.

— Alors, qu’est-ce qui les retient ?

Elle hésite. Cherche.

Parce qu’il y a plusieurs fronts. Les pays du Golfe… l’Europe… Ils ne savent pas encore où la vraie guerre va éclater.

Et là, quelque chose se fissure. Pas chez elle. Chez moi.

Et si elle avait raison ?

Et si Israël n’était pas l’objectif final ? Si nous étions un front parmi d’autres, un théâtre… mais pas le cœur de la stratégie ?

Nous fixons Téhéran, Washington, Jérusalem. Triangle obsessionnel. Mais pendant ce temps, l’Iran regarde plus loin. Il teste, il jauge, il attend. Les pays du Golfe restent prudents. L’Europe observe, molle, indécise.

Et si la retenue iranienne n’était pas faiblesse… mais calcul ?

Israël, ce petit pays sûr de sa force, ne serait alors qu’un enjeu secondaire dans une recomposition bien plus vaste. Toucher les intérêts américains disséminés dans le monde, voire frapper directement les États-Unis — hypothèse extrême, mais techniquement envisageable — aurait un impact autrement plus décisif.

Vertigineux.

Je m’apprête à lui dire autre chose. Quelque chose de plus dangereux encore : que nous avons peut-être mal lu, mal compris, que nous ne sommes peut-être pas encore à la hauteur de cette terre.

Je me tais.

Parce qu’ici, le doute est un luxe. Et parfois, un poison.

Nous devons croire à la victoire. Non par naïveté, mais par nécessité vitale. Le désespoir n’est pas une option culturelle.

Elle enchaîne :

Vous avez vu Gaza ? Le Hamas se redresse.

Évidemment.

On les croyait brisés. Ils reviennent autrement. Une génération d’adolescents, recrutés pour quelques dollars, dressés à mourir pour devenir des symboles. Une économie du martyr.

Et c’est avec cela que l’Occident voudrait que nous cohabitions.

Nous avons essayé, pourtant. Pendant des années, nous avons flirté avec leurs illusions messianiques. Nous avons payé. De nos vies.

Et même après le 7 octobre — Attaques du 7 octobre 2023 — ils nous condamnaient déjà. Avant même que nous ripostions.

C’est là que quelque chose a cédé.

Les yeux se sont ouverts. Brutalement.

Nous avons compris que la paix des uns pouvait être la mort des autres. Que leur idéal pouvait signer notre disparition, sans même qu’ils aient à lever la main.

Alors nous avons fait ce que font les Hébreux depuis toujours : nous avons repris les armes.

Non pour être aimés. Ni même tolérés.

Mais pour vivre.

Vivre sur cette terre. Assumer un destin à part. Refuser les injonctions du monde, ses morales fluctuantes, ses indignations sélectives.

Israël n’a jamais été un pays comme les autres. Et ne le sera jamais.

Ils finiront par s’y habituer.

Comme l’écrivait René Char :

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque : à te regarder, ils s’habitueront. »

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