Ba Mikat – Bat-Yam, Épisode 4 bis : L’alerte et la lumière

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Ba Mikat – Bat-Yam, Épisode 4 bis : L’alerte et la lumière

Ba Mikat – Épisode 4 bis : L’alerte et la lumière

À peine remontée. À peine revenue à moi-même, à mes gestes ordinaires, à l'illusion rassurante d'une routine.

Puis l'alarme.

Cette sirène que je connais par cœur et qui me pétrifie encore. Toujours. Malgré les fois. Malgré l'habitude prétendue. Son hurlement ne rassure pas — il annonce.
Comme au poker quand le croupier pose les cartes et dit : les jeux sont faits.
Comme une roulette russe dont personne ne connaît l'issue. Où ça tombera. Qui sera là. Qui ne sera plus.

J'éteins les lumières. Je sors. Je redescends au Miklat.

Je reste en retrait, adossée au mur du fond, là où le wifi passe encore — mon dernier lien avec le dehors, avec ce monde qui continue de tourner, indifférent.

En bas, les voisins. La coiffeuse assise sur les marches, les genoux serrés, qui attend. On attend tous. Puis l'explosion massive, sourde, lointaine. Le genre qui fait comprendre, pour qui sait lire ces sons-là, que le missile vient de mourir dans la mer. Cette explosion-là, c'est une bonne nouvelle. Peut-être la seule forme de bonne nouvelle qu'on connaisse ici.

"Ihyé Tov."

Tout ira bien. Le leitmotiv israélien. Trois syllabes contre la peur. Trois syllabes lancées dans le noir d'une cage d'escalier, entre deux respirations retenues.

En remontant, les voix fusent de palier en palier :

"Hag Sameah !"

Dans deux nuits, c'est Pessah. La fête de la liberté. Celle qui célèbre la sortie de l'esclavage, l'arrachement à l'Égypte, l'arrivée — enfin — sur cette terre.

À mon étage, le jeune père avec ses deux fillettes me regarde et dit, les yeux clairs, presque rieurs :

"Tout ira bien. Hag Sameah. On est sortis d'Égypte — on sortira de l'Iran."

Je ris.

Je ris parce que c'est juste. Je ris parce que c'est fou. Je ris parce que rien n'est plus lumineux que l'humour israélien dans l'obscurité.

Il y a quelque chose d'enfantin là-dedans. De presque candide. Et pourtant nous sommes tous, chacun à notre étage, pleinement conscients. Conscients de traverser un moment de l'Histoire. De faire cette histoire. D'en être la chair, le souffle, les témoins.

Nous partageons le même destin — et nous le savons.

Et nous savons aussi, nous, peuple juif, que l'Histoire se répète. Qu'elle tourne sur elle-même comme une boucle temporelle dont on ne trouve pas la sortie. Toujours les mêmes menaces, toujours les mêmes nuits d'alerte, toujours la même question : est-ce que cette fois sera la dernière fois ?

Ce qui nous sauve, c'est notre esprit.

Cet esprit capable d'envisager sa propre vie déchiquetée par un missile et d'oser sourire en disant : "Raté. Prochaine fois."

L'humour israélien est corrosif mais n'est pas une dérobade. Il ne se moque pas du dange il est trop lucide pour ça. Trop conscient de la fragilité de tout. Il se moque de lui-même, avec une légèreté qui n'appartient qu'à ceux qui ont appris à regarder la mort en face et à continuer quand même. C'est de l'autodérision à l'état pur. Une forme rare d'humilité.

Alors oui. Il a raison, le jeune père aux fillettes endormies dans ses bras.

Nous avons traversé le désert. Nous avons traversé la Shoah. Nous sommes encore là.

 Jamais nous ne pourrons nous débarrasser de nos ennemis, mais eux non plus ne pourront se débarrasser de nous. Alors autant rire de cette farce triplement millénaire et avancer, avec cette force invincible qui s’appelle la vie.

Oui avancer.Avec cette chose têtue, irréductible, qui s'appelle la vie.

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