Assad, jeux vidéo, drogue et trahisons : l’effondrement d’un régime par l’ego

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Assad, Israël et l’axe iranien : l’ennemi stable devenu suspect

Assad, la chute d’un régime par l’ego et le mépris

Il se croyait indispensable, il a fui en silence.

Jeux vidéo, Captagon, orgueil personnel et trahison des alliances : les derniers jours de Bachar al-Assad révèlent la chute d’un régime non par la force, mais par l’ego. Ennemi « gérable » pour Israël, soupçonné de duplicité par l’Iran, lâché par Moscou et méprisant jusqu’à ses propres soldats, Assad n’a pas été renversé : il s’est effondré.

Un dirigeant absent, enfermé dans son monde

En décembre 2024, de nouveaux témoignages d’initiés, d’officiers et de responsables du renseignement dressent le portrait d’un Bachar al-Assad coupé de toute réalité. Un dirigeant distant, replié sur lui-même, obsédé par les jeux vidéo, incapable d’entendre les signaux d’effondrement de son propre régime. Par orgueil et par aveuglement, il a ruiné à lui seul le pouvoir que sa famille exerçait sur la Syrie depuis plus d’un demi-siècle.

La nuit de la fuite : mensonge d’État et abandon des siens

Dans la nuit du 7 décembre 2024, alors qu’il assure encore ses conseillers de l’imminence de la victoire, Assad embarque en secret à bord d’un avion russe et disparaît. Quelques heures plus tôt, son palais publiait des communiqués affirmant qu’il « remplissait ses devoirs constitutionnels ». La trahison est totale. Pris de court, nombre de ses conseillers doivent fuir le pays dans la panique, par des moyens improvisés, sous les tirs des rebelles célébrant leur victoire.

Drogues, Captagon et déconnexion morale

Les révélations publiées dans The Atlantic jettent une lumière crue sur les dernières années du régime. Tandis que ses soldats survivent avec dix dollars par mois et souffrent de la faim, Assad accumule une fortune colossale en transformant la Syrie en narco-État. Le régime organise la production et le trafic massif de Captagon, surnommé la « drogue de Daech », devenue une source centrale de revenus.

Candy Crush et cercle intime toxique

Des sources proches du palais décrivent un homme isolé, passant de longues heures sur son téléphone à jouer à Candy Crush et à d’autres jeux vidéo. Il s’entoure d’un cercle restreint de personnages jugés douteux, parmi lesquels l’ancienne journaliste Luna al-Shibal. Confidente, maîtresse, organisatrice de rencontres féminines, elle devient une figure centrale de son intimité.

Sa mort dans un mystérieux accident de voiture en juillet 2024 prend une dimension nouvelle. Contrairement aux rumeurs attribuant sa disparition à l’Iran, de nouveaux éléments suggèrent qu’Assad lui-même aurait ordonné son assassinat, la soupçonnant d’être une agente russe et de transmettre des informations sur les activités iraniennes en Syrie.

Israël : l’ennemi familier que Assad a mal compris

L’article révèle un élément clé : la chute d’Assad n’était pas inéluctable. Les États du Golfe, mais aussi Israël, l’ont longtemps considéré comme un ennemi familier, affaibli, gérable. Un dirigeant qui récitait les slogans habituels contre « l’ennemi sioniste », tout en maintenant une frontière stable entre les deux pays.

Après le 7 octobre, Assad adopte une stratégie de silence face à la campagne israélienne menée contre les alliés de l’Iran. Il espère sans doute éviter d’apparaître sur la liste des cibles israéliennes. Mais ce mutisme se retourne contre lui.

Selon Wiam Wahhab, figure politique libanaise proche du régime syrien, ce silence alimente à Téhéran des soupçons lourds de conséquences : l’idée qu’Assad aurait transmis des informations aux Israéliens. D’après The Atlantic, cette crise de confiance interne contribue largement à l’effondrement de l’axe iranien, isolant encore davantage Damas.

Le refus de Trump et l’orgueil personnel comme doctrine

Autre épisode révélateur : le rejet par Assad d’un accord proposé par l’administration Trump, puis Biden, concernant le journaliste américain disparu Austin Tice. Les États-Unis étaient prêts à lever les sanctions et à envoyer le secrétaire d’État Mike Pompeo à Damas en échange d’informations sur son sort.

Assad refuse. Par pur orgueil. Parce que Trump l’avait qualifié d’« animal » des années auparavant. Il préfère préserver une rancune personnelle plutôt que sauver l’économie de son pays.

Poutine se retire, le rideau tombe

À la fin, même Vladimir Poutine, l’homme qui avait sauvé le régime syrien en 2011, perd patience. Lors de leur dernière rencontre à Moscou, il fait clairement comprendre à Assad qu’il ne combattra pas à sa place.

Dans les derniers jours, Assad coupe la communication, ignore les dirigeants étrangers prêts à l’aider, méprise ses conseillers qui l’alertent sur l’avancée des rebelles. Jusqu’à cette scène finale : des officiers russes l’emmènent à l’écart et lui montrent des vidéos. Ce n’est qu’en les regardant qu’il comprend que ses soldats ont cessé de se battre. Que tout est fini.

La dernière phrase d’un régime

Dans les dernières minutes passées à Damas, avant de monter dans la voiture qui le conduit à l’avion, Assad se tourne vers son chauffeur, fidèle de longue date. L’homme le regarde, déçu, et lui demande :

« Vous nous abandonnez vraiment ? »

Assad répond, froidement :

« Et vous ? Vous n’allez pas vous battre ? »

Il ne se considère pas comme un traître. Il est convaincu que c’est son peuple qui l’a trahi, en refusant de mourir pour maintenir son pouvoir.

 

 

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