Un nouveau lieu de mémoire à Berlin, pour les homosexuels victimes du nazisme

Antisémitisme/Racisme - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

BERLIN ,le 28/05/08 - Berlin s'est enrichi mardi d'un nouveau lieu de mémoire: un monument pour les "Triangles roses", ces milliers d'homosexuels déportés ou torturés par les nazis, y a été inauguré non loin du Mémorial de l'Holocauste, qui commémore le massacre des juifs d'Europe.

A l'ombre des arbres du grand parc du Tiergarten, tout près de la Porte de Brandebourg, ce cube de béton de cinq mètres de haut est percé d'une fenêtre oblique à travers laquelle les passants peuvent regarder une vidéo mettant en scène un baiser entre deux hommes.

Le gouvernement allemand, qui a investi 600.000 euros dans ce projet, entend rendre hommage à une catégorie de victimes du nazisme largement ignorée de la mémoire collective après 1945, a souligné lors de la cérémonie d'inauguration, devant plusieurs centaines d'invités, le maire de la capitale Klaus Wowereit, lui-même homosexuel déclaré.

A l'époque nazie, plus de 50.000 personnes ont été condamnées du fait de leur orientation sexuelle, en vertu d'un article du code pénal abrogé seulement en 1969 - l'homosexualité n'étant totalement dépénalisée en Allemagne que depuis 1994.

Selon les estimations, entre 5.000 et 15.000 homosexuels ont été déportés dans les camps de concentration, où ils n'étaient pas assassinés immédiatement, mais où la grande majorité d'entre eux, contraints de porter un triangle rose qui les plaçait au plus bas de la hiérarchie des camps, est morte d'épuisement et de mauvais traitements.

Cette politique, que les nazis n'appliquèrent qu'aux Allemands - par volonté de "purifier" la race aryenne - a également donné lieu à des expérimentations médicales sur les déportés gays, soumis à des injections hormonales, voire des lobotomies ou des castrations.

La mémoire de ces atrocités ne peut plus aujourd'hui se transmettre par témoignage direct: Pierre Seel, un Français d'Alsace, annexée au Reich, qui fut longtemps le dernier survivant des victimes homosexuelles du nazisme, est mort en novembre 2005.

Déporté en mai 1941 à l'âge de 17 ans, il avait raconté, dans un livre-témoignage paru en 1994, comment son premier amour, Jo, 18 ans, avait été dévoré vivant par des chiens devant les prisonniers rassemblés.

"Nous voulions souligner que les différents groupes de victimes ont subi les mêmes atrocités, et qu'il n'y a pas de hiérarchie entre celles et ceux qui ont subi la terreur du régime nazi", ont expliqué dans la presse allemande les deux artistes scandinaves auteurs du projet, Ingar Dragset et Michael Elmgreen.

Car la mémoire des crimes commis sous le régime d'Hitler, à Berlin, est entretenue de manière parcellaire, si bien que la capitale est devenue l'une des villes d'Europe les plus riches en monuments commémoratifs.

Le plus imposant d'entre eux est le Mémorial de l'Holocauste, composé de 2.711 stèles de béton anthracite et dédié aux quelque six millions de victimes juives du nazisme.

Depuis janvier dernier, un autobus en béton rappelle de son côté le destin des milliers de malades mentaux et handicapés, "euthanasiés" au nom de l'eugénisme nazi.

Et la capitale doit encore se doter d'un monument aux tziganes assassinés entre 1933 et 1945.

En novembre dernier, l'influent hebdomadaire Der Spiegel avait brocardé avec ironie "l'inflation du souvenir" dont semble prise la capitale allemande.

Déjà très prisée des touristes pour son passé de ville divisée entre Est et Ouest, Berlin doit également accueillir dans les années à venir un centre de mémoire évoquant les souffrances des civils allemands expulsés d'Europe de l'Est après 1945, voire un monument... en souvenir de la Réunification en 1990.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi