Plus de 60 ans après, les archives de Bad Arolsen racontent la misère des camps

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BAD AROLSEN, Allemagne , le 21/05/07- Pour les squelettes vivants rescapés des camps de la mort, les camps des personnes déplacées mis en place par les autorités alliées ne constituaient qu'un piètre changement.

Plus de 60 ans après, les archives de la Seconde guerre mondiale conservées à Bad Arolsen (Allemagne) par le Service international de recherches (SIR), une branche du Comité international de la Croix-Rouge, commencent à livrer leurs secrets. L'Associated Press a pu consulter nombre de ces documents, à condition de respecter l'anonymat des victimes et réfugiés.

Après la capitulation de l'Allemagne nazie le 8 mai 1945, des millions de "personnes déplacées" transitèrent par les quelque 2.500 camps gérés par les autorités alliés et l'Administration des Nations unies pour le secours et la reconstruction.

Chargé d'une mission de recensement des déportés français du camp de la mort de Bergen-Belsen, le lieutenant Henri François-Poncet se rendit dans les installations accueillant, à trois kilomètres de là, les rescapés.

Terriblement affaiblis, ils mouraient au rythme de 1.000 à 1.500 par jour. Les corps s'empilaient devant les baraques du camp. "Ils restaient souvent là pendant des jours, les autres prisonniers étant trop faibles pour les emporter", écrit le lieutenant François-Poncet.

"En raison des mauvais traitements par les Allemands, la plupart des personnes déplacées craignent les autorités alliées et s'en méfient", constate pour sa part le lieutenant-colonel britannique C.C. Allan dans un rapport en date de septembre 1945. "Beaucoup ont sombré dans une totale apathie concernant leur avenir".

Les camps étaient sous garde militaire et des couvre-feux étaient imposés. Les rations alimentaires étaient limitées -du café et du pain le plus souvent- tandis que les soins médicaux étaient insuffisants, selon un autre rapport adressé au président américain Harry Truman.

Les gens portaient encore leurs uniformes de camp de concentration et dormaient dans les mêmes baraques insalubres, ouvertes aux vents glacés. Ils pouvaient voir, à travers les fils barbelés, les villageois allemands vaquer normalement à leurs occupations. En certains endroits, les habitants des localités voisines étaient contraints à se rendre dans les camps, aider à enterrer les cadavres ou au moins voir sur place ce qui s'y était passé.

Une maigre consolation pour les rescapés. Les relations, de surcroît, se sont rapidement tendues entre les juifs et les autorités alliées. "Nous apparaissons aujourd'hui traiter les juifs comme les nazis les traitaient, sauf que nous ne les exterminons pas", a souligné l'émissaire présidentiel Earl G. Harrison dans son rapport au président Truman.

Le Service international de recherches, qui gère les volumineuses archives sur la mort, l'esclavage ou l'oppression de 17 millions de juifs, Roms et autres victimes des camps de la mort, conserve également la plus importante documentation au monde sur les camps de personnes déplacées -dont des fiches recensant quelque 3,4 millions de noms.

Le 15 mai, les diplomates de 11 pays se sont mis d'accord pour commencer à distribuer des copies électroniques de documents provenant des archives gardées à Bad Arolsen, afin de les mettre pour la première fois depuis plus d'un demi-siècle à la disposition des chercheurs travaillant sur la Shoah.

Jusqu'à présent, ces archives -30 millions de documents rangés sur 25km d'étagères- n'étaient accessibles qu'aux victimes et à certains membres de leur famille, et étaient utilisées pour chercher des disparus ou étayer des demandes d'indemnisation.

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