La rançon, l'échec de Fofana

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Article d'Elsa Vigoureux, paru dans Nouvel Observateur

Toujours pareil. Youssouf Fofana a refusé ce mercredi encore d'assister à l'audience. La présidente, comme chaque matin depuis plusieurs jours, a envoyé un huissier pour dresser le même constat que d'habitude. Ses deux avocats commis d'office depuis le début de cette semaine font donc acte de présence à l'audience, écoutent les débats sans les animer. Les co-accusés de Youssouf Fofana, eux, ne se plaignent pas de son absence, qui a le mérite de les mettre à l'abri de ses provocations intempestives.

La Cour a entendu dans la matinée un dernier expert sur les questions de téléphonie. Il s'agissait cette fois d'analyser certains messages vocaux, pour indiquer si les échantillons correspondaient bien à la même voix que celle de Youssouf Fofana dans  une interview accordée à LCI alors qu'il était en fuite en Côte d'Ivoire. L'expert a expliqué à la barre qu'il avait conclu son rapport par l'affirmative. Youssouf Fofana était bien l'auteur de ces messages.

La présidente Nadia Ajjan a ensuite interrogé les accusés, Samir A.A, Yahia K, Jérôme R., Jean-Christophe G., et Nabil M., sur de la question des négociations avec la famille Halimi. Certains d'entre eux, qui n'avaient que très peu entendu la voix d'Ilan Halimi, avaient été bousculés la veille par l'écoute à l'audience de la cassette audio où l'on entendait la victime demander de l'aide. Tous ont assuré ce mercredi qu'ils n'étaient pas au courant du contenu et de la teneur des échanges avec la famille Halimi.

A l'exception de Samir A.A, qui avait appris que la famille ne cédait pas à la demande de rançon quand Youssouf Fofana lui expliquait qu'Ilan Halimi ne serait pas libéré dans les délais prévus. Les autres avaient bien compris que Youssouf Fofana négociait, puisque c'est à lui qu'ils envoyaient les clichés par internet. Mais ils ont assuré n'avoir jamais été tenus informés de l'évolution des échanges. Sur insistance de l'avocat général, tous ont reconnu avoir conscience de la violence des photos prises pendant la séquestration. Ils savaient bien qu'elles étaient ensuite envoyées à la famille, et ne s'imaginaient pas non plus que Youssouf Fofana demandait gentiment à cette dernière d'accéder à ses demandes.

Dans l'après-midi, la cour a entendu l'ancien employé d'un cybercafé du 10ème arrondissement de la capitale, où Youssouf Fofana avait envoyé un message le 2 février 2006. Date à partir de laquelle les échanges avec la famille s'étaient multiplié. Et avaient conduit les enquêteurs à mobiliser la police judiciaire pour mettre en place des surveillances physiques autour des publiphones et cybercafés utilisés par Youssouf Fofana. Le 2 février, le ravisseur d'Ilan Halimi s'était rendu dans un cybercafé du 14ème arrondissement où la police avait au préalable installé une discrète caméra vidéo. Fofana était filmé alors qu'il venait d'envoyer ce message à la famille d'Ilan: « pas de flic au rdv 13h30 devant kfc châtelet je serai avec un blouson en cuir noir ramener tout les sous. Lui il est dans une voiture a proximité on ira ensemble le voir vous me donnerai le sac (sic) ».

Un peu plus tard, d'un autre cybercafé, Fofana rédigeait un autre mail à partir d'une nouvelle adresse : « au rdv il y avait les flics, tu t es foutu de ma gueule. Maintenant tu vas paye comment et ou je veux, sinon je lui coupe un doigts ce soit et je l envoie par la poste. J attends ta réponse avant 16h30 (sic) ». Enfin, du cybercafé de la rue du Faubourg du Temple, dans le 10ème arrondissement, Fofana écrivait : « il y aura plus aucun rdv apres ce que j ai vu. Si vous etes prêt a paye demain matin comme je veux et ou je veux je vous envoie une partie des instructions. Si vous voulez pas, des ce soir je lui coupe un index et vous l envoie en début de semaine prochaine. J attends votre réponse avant 18h. »

A la barre ce mercredi, l'ancien employé de ce dernier cybercafé a raconté que ce 2 février 2006, une trentaine de fonctionnaires de police ont débarqué. Ils cherchaient quelqu'un, a-t-il continué. Ils lui ont montré la photo, celle de Youssouf Fofana. L'employé a reconnu le client, leur a montré le poste qu'il occupait. Les policiers ont mis le matériel sous scellé. Et l'employé leur a dit que Youssouf Fofana avait demandé un verre d'eau. Qu'il avait payé sa note, 50 centimes d'euros, et qu'il était parti.

La présidente a ensuite interrogé Alhassane D., intermédiaire désigné par Youssouf Fofana pour opérer le transfert de la rançon vers la Côte d'Ivoire.
Le 6 février 2006, Fofana, qui était en Côte d'Ivoire, avait fixé deux rendez-vous au père d'Ilan Halimi, place de Clichy, pour récupérer l'argent. Didier Halimi ne s'y rendait pas. Fofana lui demandait finalement de se rendre à Bruxelles, où un complice l'y attendait pour réceptionner la somme.

Alhassane D. a redit devant la cour ce qu'il avait confié au juge d'instruction en mai 2006. Le 6 février 2006, il déclare avoir en effet reçu un appel de Côte d'Ivoire d'une personne anonyme qui refuse de lui donner un numéro où la rappeler. L'interlocuteur lui demandait d'opérer une « compensation d'argent », pour la somme de 100 000 euros. Lorsqu'Alhassane D. a entendu ce chiffre, il a confié s'être inquiété, mais n'avoir pas refusé de procéder au transfert. Et à la barre ce mercredi, il a confirmé avoir hésité et donc traîné avant de mettre en œuvre l'opération. Alhassane D. a insisté pour obtenir le numéro de téléphone de celui que Fofana présentait comme « son ami qui avait de l'argent et qui se trouvait place de Clichy ». Alhassane D. a déclaré au magistrat en mai 2006 qu'il avait tout de suite pensé à une histoire de faux billets compte tenu du montant, et qu'en conséquence il avait donc demandé à Didier Halimi de se rendre à Bruxelles pour rencontrer un autre correspondant qui avait un détecteur de faux billets. A la cour ce mercredi, Alhassane D. a indiqué qu'il n'y avait en fait pas une telle machine à Bruxelles. Il pensait que devoir se déplacer, pour la personne détentrice de l'argent, serait dissuasif. Il a ajouté que l'opération lui avait semblé suspecte dès qu'avait été évoqué un rendez-vous place de Clichy pour 100 000 euros, alors que certains de ses clients lui demandent un reçu pour 50 euros donnés de la main à la main.
Alhassane D. a expliqué au juge que Didier Halimi avait refusé de se rendre à Bruxelles. C'est alors qu'il avait rappelé Fofana pour le lui dire, et l'informer par la même occasion qu'il arrêtait tout.
Jeudi, l'audience sera consacrée à la dernière journée de vie d'Ilan Halimi.

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