Artiste juive : La seule peinture possible après la Shoah, Colette Brunschwig

Antisémitisme/Racisme, Artistes, Culture - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Artiste après Shoa, Colette Brunschwig

La seule peinture possible après la Shoah : Colette Brunschwig

Colette Brunschwig fut une jeune peintre exposée dès 1953 à la galerie Colette Allendy où elle connut Emanuel Proweller, Poliakov, Yves Klein. A plus de 85 ans elle se revendique comme une créatrice juive.

Elle a croisé la route de Celan, comme elle a côtoyé Levinas, Marcel Schneider, Bolak. Son œuvre s’inscrit dans l’après Shoah en un langage le plus souvent en noir et blanc au bord du néant. Mais l’artiste ne cesse de combattre le chaos et le rien pour la survie des disparus. L’artiste n’oublie jamais les terres noires où ont été exterminés les siens raflés à l'aube par les « Einsatzgruppen », assassins de la première heure. Hommes armés : un bras, une balle, un homme. Cette terre a fini par recouvrir les charniers à ciel ouvert. Les peaux sont devenus écorces.

 

Elles ne sont jamais loin des œuvres de Colette Brunschwig Surgissent des circulations en ce qui tient parfois d’une peinture rupestre comme de celles des graffitis des prisonniers. L’artiste étire des intervalles, relâche ou précipite la tension sans occulter la mort ni appauvrir la vie. Surgissent des crêtes blanches : y vont et viennent des idées noires qui ont empêché le sommeil de l’artiste.

Le « non-savoir » de la peinture vient du souffle, du ventre qui se veut collectif. L’artiste retourne à l’érudition primitive, au calligramme presque abstrait. Si un trait plie c’est pour inscrire une remontée. Si la main contraint l’énergie c’est pour l’allonger. Les formes s’attaquent aux apparences : jaillissent des formes de relief.

Emerge de l'organisation de chaque toile une sauvagerie soudaine de la matière et des graffiti repris en mains pour un affrontement avec le signe humain. Alliances - plutôt qu'identifications - tiennent l'espace ouvert dans un accord volontairement imparfait, une instabilité féconde venu autant de la méditation que de l'acte créateur qu’elle prépare.

Entre attente et jaillissement, l'artiste crée une dispersion de parcelles sauvages, d'amorce dans la poussée et l'attirance qui nous ramène à un principe de vie que les Egyptiens nommaient Ka.
Moment venu chaque élément s’approprie dans le tout et au delà des classifications admises par les écoles ou les mouvements. D’où l’intérêt d’une telle œuvre. L’art est rendu à sa matière et à son geste créateur.

Ce dernier prouve que la créatrice a retenu la « morale » des Propos sur la peinture du maître shintoïste : « Quand l'homme se laisse aveugler par les choses, il se commet avec la poussière. Quand l'homme se laisse dominer par les choses, son cœur se trouble ». Chez elle celui-ci ne se trouble pas ou tout au moins pas dans l’exercice de la peinture : il se domine afin que la peinture ne soit en rien laborieuse et raide et conduise à sa « vérité face aux mensonges de l’Histoire.

 

L’œuvre repose sur une discipline d’existence et de création. Se fondant sur la seule « substance » de son langage et de sa sagesse judaïque elle tente de saisir le multiple et l’Un dans un mouvement interactif. S’abandonnant au geste de la main et du corps l’artiste ne retient du monde que l’élan à la recherche de la simplicité d’abord par effet de trait. La peinture métamorphose soudain le monde non par érection de l’image mais par le retrait : est cela est essentiel et appartient à l’essence de l’art post-Shoah.

Une telle image conserve son souffle et son élan venu du fond des temps comme du fond de la conscience de la créatrice. Le trait que l’artiste contrôle tout en s’y abandonnant reste la fonction première de cette manifestation à la fois de l’esprit et de l’émotion. Ses rides – comme celles si belles du visage de l’artiste - créent un paysage tout sauf trivialement « paysager ». Il s’agit d’entrer dans le monde par delà sa coquille sans - bien sûr - le reproduire mais afin d’en révéler le sens de manière la plus elliptique qui soit.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

L’artiste une grande exposition pour l’été 2015 au Château de Ratilly. Elle vient d’exposer dans trois galeries différentes ces derniers mois à Paris.

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi