Argentine: l'Iran accusé dans l'enquête sur l'attentat anti-juif de l'AMIA

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BUENOS AIRES - La justice argentine a officiellement accusé mercredi, douze ans après les faits, l'Iran et le mouvement chiite libanais Hezbollah d'être responsables d'un attentat contre une association juive qui avait fait 85 morts et 300 blessés à Buenos Aires en 1994. La décision de commettre l'attentat contre l'Association mutuelle israélite argentine (AMIA) "a été prise par les plus hautes autorités de la république islamique d'Iran, qui a chargé le Hezbollah de réaliser l'attaque", a déclaré Alberto Nisman, le chef d'une équipe de procureurs chargés de cette enquête.

Ces magistrats ont réclamé un mandat d'arrêt international à l'encontre des plus hautes autorités du gouvernement iranien de l'époque, dont le président Ali Rafsandjani. Soutenue par Israël et les Etats-Unis, l'AMIA assure depuis longtemps que l'Iran a organisé l'attentat et en a confié la réalisation à des membres du Hezbollah libanais. Ces accusations, fondées sur des renseignements des services secrets argentins, américains et israéliens, ont toujours été rejetées par Téhéran et le Hezbolah. Un magistrat argentin, le juge Juan Jose Galeano, qui mena l'enquête pendant neuf ans, avait désigné comme chef d'opération Moshen Rabbani, conseiller culturel de l'ambassade d'Iran à Buenos Aires, avant de se voir retirer l'affaire à cause d'irrégularités.

Cette accusation provoqua de fortes tensions entre Buenos Aires et Téhéran, qui arrivèrent à leur comble en 2003 lorsque, sur mandat argentin, la justice britannique arrêta l'ex-ambassadeur iranien en Argentine Hadi Soleimanpour, avant de juger les preuves insuffisantes et de le remettre en liberté. En 2004, dix ans après les faits, le procès de l'attentat de l'AMIA, débuté en 2001, s'était achevé dans un climat de frustration avec la relaxe des cinq Argentins poursuivis pour avoir fourni un soutien logistique. Selon l'enquête officielle quelque 300 kg d'explosifs dissimulés dans une voiture ont été utilisés dans cet attentat, qui a partiellement détruit le siège de l'AMIA dans le centre de Buenos Aires.

Les auteurs de cet attentat, le plus meurtrier qu'ait connu l'Argentine, n'ont jamais été retrouvés et aucune condamnation n'a jamais été prononcée dans le cadre d'une enquête ouverte il y a douze ans et qui a donné lieu à de nombreuses accusations d'irrégularités. La justice avait accusé en novembre 2005 un Libanais de 21 ans, membre du Hezbollah, Ibrahim Hussein Berro, d'en être l'auteur. Mais la procédure était restée au point mort, faute de preuves et à la suite de nombreuses irrégularités judiciaires.

Le procureur Niesman est toutefois revenu mercredi à la charge en accusant à nouveau ce Libanais d'être bien l'auteur matériel de l'attentat en dépit des dénégations de la famille Berro. Les gouvernements argentins successifs, à commencer par celui de l'ex-président Carlos Memen, au pouvoir au moment des faits, ont été sévèrement critiqués pour l'absence de progrès dans l'enquête. Le président Nestor Kirchner avait pour la première fois reconnu en 2005 la "responsabilité de l'Etat" dans les carences de la justice.

La communauté juive argentine, la plus importante d'Amérique latine avec quelque 300.000 personnes, réclame chaque 18 juillet, à l'occasion de l'anniversaire de l'attentat de l'AMIA, que justice soit faite, y compris pour un autre attentat, commis deux auparavant contre l'ambassade d'Israël et qui avait fait 22 morts. Là encore, les auteurs n'ont jamais été retrouvés. La communauté juive argentine estime d'ailleurs que si l'enquête avait été correctement menée en 1992, l'attentat contre l'AMIA aurait probablement pu être évitée.

 

 

 

 

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