Adin Steinsaltz, génie et traducteur du Talmud

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Adin-Steinsaltz

Adin Steinsaltz, génie et traducteur du Talmud, par Norbert Cohen

C'est inédit : le premier volume du Talmud de Babylone est publié ce mois-ci en italien, et les autres suivront au fil des années.

Le traité de Rosh Hashana sera présenté officiellement au président de la République Sergio Mattarella le 5 avril, 5 ans après le début de cette vaste entreprise financée principalement par l’Etat. Le « projet Talmud » a en effet commencé en 2011 avec un accord signé par les représentants du gouvernement de la péninsule, du Conseil national de la recherche, de l’Union des communautés juives italiennes et du Collège rabbinique.

L'exécutif a alloué 5 millions d’euros à cette oeuvre titanesque.

Des dizaines de rabbins, traducteurs, linguistes, philologues, historiens... y ont déjà travaillé.

Le rabbin Adin Steinsaltz

Le rabbin Adin Steinsaltz

Leur modèle et inspirateur : le rabbin israélien Adin Steinsaltz, l'un des plus grands maîtres de sa génération.
Il est né en 1937 à Jérusalem dans une famille non pratiquante et... communiste.
Son père, Abraham, fut même l'un des rares habitants de l'ancienne Palestine mandataire volontaires aux côtés des républicains espagnols qui se battaient contre Franco pendant la guerre civile qui a précédé le second conflit mondial.

L'athée Adin Steinsaltz a notamment étudié les mathématiques, la physique et la chimie à l'Université hébraïque.
Puis, il a fait « techouva », un brusque engagement religieux sous l'influence du Rabbi de Loubavitch, dont il est devenu le disciple. Comment cet homme sans instruction sainte au cours de ses jeunes années a pu devenir l'un des Juifs contemporains les plus érudits en matière talmudique, au point de s'atteler à des travaux de traductions extraordinaires et successifs ? Et jamais réalisés tout au long de l'histoire juive ! Le mystère reste entier. Mais il est évident que les facultés intellectuelles d'Adin Steinsaltz dépassent l'entendement.

Il a d'abord traduit, avec son équipe, l'ensemble des 2 Talmud - de Babylone et de Jérusalem - de l'hébreu ancien et de l'araméen vers l'hébreu moderne.

Des milliers de pages terminées en 2010. Puis il a dirigé des traductions vers l'anglais, l'espagnol, le russe et le français. Une oeuvre entreprise depuis près de 50 ans et encore inachevée, pour laquelle il a reçu d'innombrables distinctions et médailles, principalement en Israël et aux Etats-Unis.

Il a aussi publié un commentaire personnel du texte sacré, en... 45 volumes ! Il n'est donc pas étonnant que certains rabbins et experts le considèrent comme un génie digne de Maïmonide ou de Rachi. Avant Adin Steinsaltz, le Talmud, autrement dit la compilation de discussions infinies autour de la Torah (la fameuse « loi orale », coeur vivant du judaïsme), était inaccessible pour les non-initiés. Aujourd'hui, des millions d'êtres humains peuvent le lire dans leur langue maternelle.

Malgré une pensée forcément profonde et nuancée, le traducteur a des idées relativement tranchées sur le conflit israélo-palestinien. Lorsqu'on lui demande s’il n’est pas immoral de maintenir un contrôle juif sur la Judée-Samarie sans donner des droits politiques complets aux Arabes qui y vivent, il conteste cette idée  : les Palestiniens, selon lui, ont des droits et depuis qu’Israël a pris le contrôle de ce territoire, leur situation s’est considérablement améliorée à ses yeux.

En outre, il remarque que le mot « occupation » est impropre, dans la mesure où la Judée-Samarie n'a jamais appartenu à une nation quelconque. Il est moins conservateur sur le plan du pouvoir spirituel, puisqu'il estime "qu'Israël n'a pas besoin de grands rabbins"

Norbert Cohen

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