2019 : banalisation de l’antisémitisme. Quelle riposte ?

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Il y a 77 ans, l’étoile jaune...

Il y a 77 ans, le dimanche 7 juin 1942, le port de l’étoile jaune entrait en vigueur pour les Juifs

Il y a 77 ans, le dimanche 7 juin 1942, le port de l’étoile jaune entrait en vigueur pour les Juifs

 

Il y a 77 ans, le dimanche 7 juin 1942, le port de l’étoile jaune entrait en vigueur pour les Juifs, français et étrangers de zone occupée, dès l’âge de six ans. Face à la montée de l'antisémitisme en France, n’oublions pas !

L’étoile jaune a été imposée par la 8e ordonnance allemande du 29 mai 1942. Cet « insigne » distinctif, sera distribué avec la contribution active de la police de l'Etat français de Vichy que l’on retrouvera le 16 juillet 1942, lors de la rafle du Vél d’Hiv.

L’étoile facilitera le repérage des « indésirables », leur arrestation et leur déportation.
En zone sud, après l’invasion allemande du 11 novembre 1942, Vichy s’opposa à l’étoile mais la mention « Juif », à l’encre rouge, sera imposée sur les papiers d’identité et les cartes d’alimentation. Un dispositif déjà en vigueur à Paris depuis le 10 décembre 1941.

L’étoile jaune marque une nouvelle étape dans l’irréparable après le recensement de septembre 1940 et le fichier des Juifs, l'exclusion sociale par les statuts des Juifs en octobre 1940 et juin 1941, l'exclusion économique par la loi d’aryanisation des biens juifs de juillet 1941, et le premier convoi de déportation du 27 mars 1942.

Dans ce contexte implacable d’élimination, des stratégies de survie émergeront : refus du recensement, passages clandestins de la ligne de démarcation, placements d'enfants, conversions, réseaux de sauvetage, actions des Justes. L’étoile jaune, marqueur discriminatoire, deviendra aussi un enjeu de refus. Certains décideront de ne pas la porter en dépit des risques de dénonciation, comme le Pr Robert Debré, le poète Max Jacob ou la future journaliste Françoise Giroud.

Des gestes de solidarité apparaîtront : une quarantaine de personnes seront arrêtées pour défaut d'étoile, ou pour avoir porté des étoiles fantaisistes avec des inscriptions comme "zazou", "swing", "potache", "papou ».
Des protestations seront lancées par les autorités catholiques et protestantes, tandis que les dirigeants de l'Union générale des israélites de France (UGIF) appelaient à "porter l'insigne dignement et ostensiblement".

Replié en zone libre à Lyon, le Consistoire israélite réagira seulement en interne, fin juin 1942, dans l'espoir - déçu - d'un transfert inter-zones des familles juives françaises.
En vain, des demandes d’exemption seront formulées pour les amputés de guerre, l’Ordre des médecins et les pompiers de Paris.

Les mesures d’exemption, prévues pour plus de 9.800 étrangers issus de pays belligérants, alliés ou neutres, permettront à quelques uns d’en profiter : le 25 août 1942, une liste de seulement 26 exemptions sera publiée par la SS de Paris. Ces mesures individuelles concernaient des proches du maréchal Pétain : l’épouse de l’ambassadeur de Vichy à Paris, Jeanne de Brinon, née Franck ; et deux filles des banquiers Louis et Edgar Stern, la marquise de Chasseloup- Laubat, et la comtesse d’Aramon.

Pétain réclamera en vain, des exemptions pour les veuves de Bergson et de Fernad Widal, l'épouse du général Billotte, née Catherine Nathan, et le pianiste Konstantinoff, chargé de la programmation musicale de Radio Paris.

D’autres exemptions seront accordées pour « de pressants motifs économiques » à des cadres d’entreprises au service des allemands, à des agents du contre- espionnage, à des Juifs « travaillant avec la police anti-juive », à des intermédiaires chargés du pillage des oeuvres d’art, et à quelques rares cas de mariages mixtes.

Un seul sous-préfet, Louis Tuaillon, en poste à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées- Atlantiques) écrira en mai 1943 un courrier de protestation au chef de la Sûreté allemande à propos des Juifs évacués de la côte Basque mis dans l’obligation de porter l’étoile jaune.

Nommé préfet du Lot-et-Garonne, puis à Limoges et Marseille, il sera arrêté par la Gestapo en juin 1944 et déporté. Libéré en mai 1945, réintégré dans la préfectorale à Metz, il mourra en 1947 d'une crise cardiaque.

Quant à Maurice Papon, alors secrétaire général de la préfecture de Gironde - condamné en 1998 pour complicité de crimes contre l'humanité à dix ans de réclusion criminelle - il affirmera à la 68e journée de son procès avoir accordé pas moins de 1.182 dérogations au port de l'étoile. La partie civile contestera ce chiffre, évoquant seulement 11 dérogations...

Aucun commentateur, aucun historien n'a mis en doute les affirmations de Papon, alors que seules les autorités allemandes disposaient du pouvoir d'exemption de l'étoile...

2019 : banalisation de l’antisémitisme. Quelle riposte ?

77 ans après l’étoile jaune, les actes antisémites connaissent en France une croissance inégalée : 541 actes recensés en 2018 (+ 74 % par rapport à 2017). L’année 2019 n’est pas terminée mais une nouvelle flambée est à craindre. Rappel des faits les plus significatifs :

Rien qu’en février, à Paris, « juden » est tagué sur la vitrine d’un restaurant Bagelstein, et des croix gammées sur le portrait de Simone Veil à la mairie du 13e...

L’arbre-souvenir d’Ilan Halimi, assassiné en 2006, est scié avant l’anniversaire de sa mort à Sainte-Geneviève-des-Bois...

Pas moins de 96 tombes sont profanées dans un cimetière juif alsacien...

La parole antisémite se libère avec les injures lancées à l’encontre de l’Académicien Alain Finkielkraut, à une manifestation de « gilets jaunes », le 16 février. Jugement le 12 juillet...

En mars, une ancienne synagogue près de Haguenau, est souillée de croix gammée...
En avril, un couple est agressé à son domicile d’Aubervilliers (93) et deux ans après la défenestration de Sarah Halimi, les avocats de son assassin plaident la maladie mentale, ce qui peut conduire à un non-lieu...

En mai, la stèle du jardin-mémorial des enfants juifs du Vél d’Hiv est vandalisée dans le 15e arrondissement.

Face à la banalisation de l’antisémitisme, la riposte reste faible : une proposition de loi contre la cyber-haine sera examinée par l'Assemblée à partir de la mi-juin.

Objectif : créer un parquet spécialisé et obliger les plateformes numériques à supprimer sous 24 heures les contenus sanctionnés, sur le modèle d’une loi allemande de 2017.

Ce dispositif entend renforcer la loi de 1881 sur la liberté de la presse.
Quant à l’antisionisme, doit-il être condamné au même titre que l’antisémitisme ?
Si le président Macron, sitôt élu, a bien déclaré en juillet 2017 que "L’antisionisme est LA forme réinventée de l’antisémitisme », le gouvernement prône prudemment un débat au Parlement.

Une proposition de loi initiée en février par quelques députés est mort-née, la libre opinion politique ne pouvant être pénalisée en France.
Critiquer un gouvernement relève de la liberté d’opinion mais se déclarer hostile à l’Etat d’Israël, ou vouloir sa destruction comme le souhaite l’Iran et les islamistes, relève de la haine pour un Etat de droit, indépendant depuis 1948.

A défaut d’arsenal juridique, le glissement sémantique permet aux plus virulents de masquer leur haine des juifs, en toute impunité !

Thierry Noël-Guitelman etoilejaune-anniversaire.blogspot.com

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