Italie : La cartographie des Juifs et Israéliens , quel était l'objectif final de ce fichage ?

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Italie : La cartographie des Juifs et Israéliens , quel était l'objectif final de ce fichage ?

Un document appelant à signaler l'arrivée de juifs et d'Israéliens dans les sites touristiques italiens a semé la panique avant d'être retiré de la circulation. Un Israélien installé à Venise depuis quarante ans témoigne d'un climat qui s'est durci depuis le 7 octobre.
Un document appelant à répertorier les touristes juifs sème la panique en Italie

L'affaire a électrisé la communauté juive d'Italie en quelques heures. Un document, largement relayé sur les réseaux sociaux dans tout le pays, invitait les internautes à signaler l'arrivée de juifs et d'Israéliens dans les sites touristiques, les hôtels et les commerces, dans le but déclaré de « cartographier le tourisme sioniste ». Le texte a depuis été retiré de la circulation, mais l'onde de choc, elle, n'est pas retombée.

Un texte retiré mais des dégâts déjà faits

Le document a circulé massivement sur les réseaux sociaux italiens avant que la communauté juive du pays n'alerte les autorités. Il a fini par disparaître de la toile, mais pas avant d'avoir atteint un large public. Son objectif affiché ne se limitait pas aux touristes de passage : il appelait également à signaler les juifs italiens eux-mêmes, ainsi que toute personne entretenant un lien quelconque avec des « sionistes ». Cette extension du champ de surveillance, des visiteurs de passage aux résidents permanents, a nourri une inquiétude particulièrement vive au sein de la communauté juive locale, qui a vu dans ce texte bien plus qu'un simple incident isolé.

Le témoignage d'un Israélien installé à Venise

Shlomi Dovi, un Israélien installé en Italie depuis quarante ans à Venise, a accepté de raconter la genèse de cette affaire. Selon lui, l'idée avait déjà commencé à circuler avant la publication du document lui-même. « Cela flottait dans l'air que l'on allait commencer à repérer les Israéliens et les juifs, qu'ils soient sionistes ou simplement favorables à Israël », explique-t-il. Il décrit un phénomène qui s'est amplifié progressivement, comparable à une boule de neige gagnant en ampleur au fil de sa diffusion à travers le pays. C'est finalement l'intervention de la communauté juive auprès des autorités italiennes qui a permis, selon ses informations, d'obtenir le retrait du document.

Le quotidien change pour les Israéliens sur place

Pour Dovi, la vie quotidienne s'en trouve concrètement affectée. Interrogé sur le fait de savoir s'il est devenu plus difficile d'être israélien en Italie aujourd'hui, sa réponse ne laisse guère de place au doute. Il évoque la nécessité de gommer certains signes distinctifs, l'inconfort ressenti à l'idée de parler hébreu dans la rue, et la crainte que la moindre question anodine sur son origine ne déclenche une réaction hostile. Selon lui, il suffit qu'un document officiel révèle qu'une personne est née en Israël pour que des critiques surgissent presque immédiatement.

Un basculement daté après le 7 octobre

Installé en Italie depuis quatre décennies, Shlomi Dovi situe précisément le moment où l'atmosphère a changé : les deux dernières années. Le soutien à la cause palestinienne, raconte-t-il, s'est intensifié dans les mois qui ont suivi le 7 octobre. Il décrit une première phase marquée par une empathie généralisée envers Israël après les attaques, rapidement suivie par une mobilisation croissante de la base militante propalestinienne, qui a commencé à organiser des manifestations à travers le pays.

Des recommandations de prudence pour les visiteurs

Interrogé sur les précautions à prendre pour les Israéliens qui envisagent de se rendre en Italie, Dovi recommande sans détour d'éviter les manifestations. Mais c'est surtout la logique interne du document qui l'inquiète le plus. Il souligne que le texte organisait une classification par catégories, un système structuré permettant de signaler des individus, de vérifier ces signalements, puis d'identifier qui serait habilité à agir dans une étape ultérieure. C'est précisément cette architecture, comparable selon lui aux pratiques de fichage des années 1930, qui donne au document une gravité dépassant le simple canular ou l'initiative isolée de quelques militants.

Une comparaison historique qui pèse lourd

La référence aux années trente, évoquée directement par Shlomi Dovi, n'est pas anodine dans le contexte européen. Elle renvoie aux mécanismes de recensement et de marquage qui avaient précédé, sur le continent, des persécutions à grande échelle. Ce parallèle explique en grande partie l'ampleur de l'émotion suscitée au sein de la communauté juive italienne, bien au-delà du cercle des personnes directement visées par le document. Ce que Dovi décrit n'est pas seulement une succession de signalements individuels, mais un système à trois étages : le repérage, la vérification, puis une phase d'action dont la nature reste, à ce stade, inconnue.

Une inconnue qui alimente les craintes

C'est précisément cette zone d'ombre sur les intentions finales des auteurs du document qui nourrit aujourd'hui les craintes les plus vives. Ni Shlomi Dovi ni la communauté juive d'Italie ne savent avec certitude ce que visait la troisième étape de ce dispositif de signalement. Cette incertitude, plus que le document lui-même, semble être devenue la principale source d'inquiétude pour les Israéliens et les juifs vivant en Italie ou envisageant de s'y rendre.

Les autorités saisies, la vigilance maintenue

Le retrait du document des réseaux sociaux, obtenu après l'intervention des instances communautaires juives auprès des autorités italiennes, met un terme à sa diffusion active. Il ne dissipe pas pour autant le malaise qu'il a laissé derrière lui. Pour les Israéliens installés en Italie comme pour ceux qui envisagent d'y voyager, l'épisode agit comme un signal d'alerte sur l'évolution du climat social depuis le 7 octobre 2023, et sur la vitesse à laquelle un texte anonyme peut, en quelques jours, transformer le rapport quotidien à une identité nationale ou religieuse.

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