L'organisation Hind Rajab traque les soldats de Tsahal à l'étranger : nouvelle plainte

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Amsterdam : la Fondation Hind Rajab vise un soldat israélo-américain du bataillon Netzah Yehuda

Par Claudine Douillet

Une organisation qui traque les militaires israéliens en voyage vient de déposer plainte devant la justice néerlandaise contre un jeune soldat de Tsahal. Son dossier ne repose pas sur un travail d’enquête : il repose sur les vidéos que le soldat a lui-même publiées.

Une plainte déposée à La Haye contre « N.H. »

La Fondation Hind Rajab, une organisation pro-palestinienne basée en Belgique, a saisi le parquet national des Pays-Bas d’une plainte pénale contre un jeune Israélien qui a aussi la nationalité américaine. Elle ne le désigne que par ses initiales, N.H., et affirme qu’il séjourne actuellement à Amsterdam. Elle l’accuse de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide, commis pendant les combats dans la bande de Gaza. Selon elle, il a servi au sein du bataillon 97, plus connu sous le nom de Netzah Yehuda, rattaché à la brigade Kfir. Ce bataillon a été créé pour permettre aux jeunes religieux de servir dans un cadre adapté à leur pratique.

Beit Hanoun au cœur du dossier

La plainte porte sur les opérations du bataillon à Beit Hanoun, au nord de l’enclave. Elle cite un raid mené en avril 2024 contre des écoles qui abritaient des déplacés, puis la détention d’hommes contraints de se déshabiller. Ces images sont devenues familières depuis le début de la guerre. L’armée israélienne explique généralement cette pratique par la nécessité de vérifier que les personnes interpellées ne portent ni explosifs ni armes. La fondation attribue aussi au soldat un rôle dans la démolition d’immeubles d’habitation de la ville, entre janvier et juillet 2025.

Des preuves venues de son propre compte Instagram

Le dossier repose sur des séquences que le soldat aurait publiées sur Instagram. La fondation dit les avoir authentifiées puis géolocalisées. Le jeune homme aurait effacé l’essentiel de ces contenus après la divulgation de son nom en ligne, mais l’organisation les avait déjà archivés. C’est sa méthode depuis le début : elle collecte ce que les militaires montrent eux-mêmes sur les réseaux sociaux, puis le transforme en dossier judiciaire. Les ordres du chef d’état-major interdisent pourtant de diffuser des images opérationnelles et limitent les photos en uniforme ou prises en zone de combat, justement pour réduire l’exposition des soldats à des poursuites à l’étranger. Faute de contrôles réels, ces consignes restent largement ignorées, et chaque publication devient une pièce à conviction potentielle.

Le passeport américain ne protège pas

Walla met en avant un enseignement de l’affaire : ni la double nationalité ni le fait de voyager hors de l’uniforme ne mettent un soldat à l’abri. Ce type de plainte s’appuie sur la compétence universelle. Ce principe permet à certains États de poursuivre des crimes internationaux commis hors de leur territoire, en général lorsque le suspect s’y trouve. C’est pour cette raison que la fondation insiste sur la présence du soldat à Amsterdam : sans elle, la justice néerlandaise n’aurait guère de prise.

Beaucoup de bruit, peu de procédures

À ce stade, aucune enquête, aucune convocation et aucune arrestation n’ont été signalées. Une plainte ne vaut ni acceptation des accusations ni ouverture de poursuites, et la plupart de celles que dépose la fondation restent sans réponse. En Grèce, sa plainte a été rejetée parce que les faits ont été commis hors du pays. Elle a fait appel, comme elle l’avait déjà fait ailleurs sans plus de succès. Les précédents montrent pourtant que le harcèlement judiciaire a des effets concrets. En juin 2025, la fondation avait déjà visé aux Pays-Bas un officier de l’armée de l’air venu pour un salon technologique. En juillet 2025, deux soldats de la brigade Givati avaient été interrogés en Belgique pendant le festival Tomorrowland, puis relâchés. Le parquet fédéral belge avait ensuite transmis leur dossier à la Cour pénale internationale. Les deux hommes avaient quitté le pays. Pour les militaires concernés, chaque voyage devient un calcul de risques.

Un fondateur proche du Hezbollah

L’organisation est dirigée par Dyab Abou Jahjah, militant belgo-libanais originaire du district de Bint Jbeil, dans le sud du Liban, bastion du Hezbollah. Il a confié au New York Times avoir suivi un entraînement militaire au sein du mouvement chiite et s’en dit fier. Il est interdit d’entrée au Royaume-Uni et aux États-Unis, et figure sur la liste américaine d’interdiction de vol, y compris pour le survol du territoire. Ce profil nourrit en Israël l’idée que la fondation mène moins un combat juridique qu’une campagne politique, dont l’objectif est de rendre infréquentables à l’étranger ceux qui ont servi à Gaza.

Un dossier pour le prochain gouvernement

L’affaire tombe alors que les négociations de coalition se poursuivent à Jérusalem. Elle pose une question de fond au futur exécutif : comment protéger juridiquement les centaines de milliers de soldats et de réservistes qui voyagent chaque année, tout en faisant enfin respecter les consignes de discrétion numérique que l’armée a elle-même édictées.

(Walla) https://www.walla.co.il/news/world/383960333

Pour les précédents : (The Jerusalem Post) https://www.jpost.com/diaspora/antisemitism/article-862884 et (Ynet) https://www.ynetnews.com/article/c9ul77gii

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