S&P maintient la note A d’Israël sans publier un mot d’explication

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S&P maintient la note A d’Israël sans publier un mot d’explication

Par Claudine Douillet

Israël garde sa note, mais pas la parole de S&P. L’agence américaine a terminé vendredi sa revue d’Israël sans rien publier. Ses deux concurrentes, elles, se sont déjà exprimées sur le risque que fait peser la paralysie politique.

Une confirmation silencieuse

S&P a achevé vendredi 6 novembre sa revue semestrielle de l’économie israélienne. Elle maintient la note souveraine à A, avec une perspective stable. Rien ne change donc, mais aucun rapport n’a été publié. Sur sa liste officielle, Israël apparaît simplement avec la mention « revue semestrielle, aucune mise à jour publiée ». Interrogée par Calcalist, l’agence explique que lorsque son examen conclut que les facteurs déterminants de la note n’ont pas bougé, elle ne publie pas toujours de rapport public. La revue d’Israël n’est pas allée jusqu’au comité de notation, l’étape qui précède toute décision.

Ce que dit la règle européenne

Ce silence n’enfreint aucune règle. Le droit européen impose aux agences de réexaminer les notes souveraines au moins tous les six mois, selon un calendrier fixé à l’avance. Toute modification de la note ou de la perspective doit être rendue publique, après 21 h, heure de Londres. Lorsqu’elle confirme une note, l’agence peut choisir de publier ou non un rapport. Ce vendredi, S&P a pourtant pris la peine de motiver ses décisions sur la Pologne, Andorre, le Burkina Faso, l’Ouganda ou encore la région italienne de Campanie. Le contraste n’est pas passé inaperçu à Tel-Aviv.

Pourquoi une note compte

La note souveraine mesure la capacité d’un État à rembourser ses dettes. Elle conditionne le taux auquel Israël emprunte sur les marchés et, par ricochet, le coût du crédit pour les banques, les entreprises et les ménages. Celle d’Israël reste deux crans sous son niveau d’avant guerre. S&P l’avait abaissée à A+ en avril 2024, puis à A en octobre 2024. En novembre 2025, l’agence avait relevé la perspective de négative à stable, en invoquant le cessez-le-feu à Gaza, et l’avait confirmée en mai 2026. Son principal sujet d’inquiétude reste le poids de la défense : elle s’attend à des dépenses militaires supérieures à 7 % du PIB en 2026, durablement élevées ensuite. C’est plus que n’importe quel membre de l’OTAN.

Moody’s et Fitch, plus bavardes et plus inquiètes

Les deux autres grandes agences n’ont pas changé leur note après le scrutin du 27 octobre, mais elles ont toutes deux publié un commentaire. Moody’s, qui note Israël Baa1 avec perspective stable, estime que l’élection n’aura pas d’effet immédiat, car les grands partis ont des politiques économiques, budgétaires et sécuritaires assez proches.
Son risque principal est institutionnel. Si la prochaine coalition continue de fragiliser l’indépendance de la justice, l’agence pourrait abaisser son évaluation de la solidité des institutions israéliennes. Fitch, qui note Israël A avec perspective négative, est plus sévère.
Elle prévoit des coalitions instables et des gouvernements de transition, comme pendant les cinq élections de 2019 à 2022.
Elle juge improbable l’adoption du budget 2027 avant d’éventuelles nouvelles élections. Dans ce cas, l’État fonctionnerait avec un budget de continuation, qui reconduit chaque mois une fraction du budget précédent et bride la dépense. Fitch prévient qu’une baisse du déficit obtenue de cette façon ne serait pas un assainissement, mais le symptôme d’une paralysie. Seules des mesures durables pour renforcer les finances publiques pourraient, selon elle, conduire à un relèvement.

Des marchés déjà nerveux

Le contexte explique l’attention portée au moindre signal. Vendredi matin, la Bourse de Tel-Aviv tentait de se reprendre après de fortes baisses, et le dollar franchissait 3,22 shekels. Un haut responsable d’un grand investisseur institutionnel confiait à Israel Hayom que la crise politique, selon lui seulement à ses débuts, avait accéléré les ventes. À cela s’ajoute l’annonce par Donald Trump de la fin de l’aide militaire annuelle américaine, qui s’élève à 3,8 milliards de dollars. Le ministère de la Défense devra trouver d’autres financements. Les pistes évoquées sont toutes coûteuses : redéployer des crédits, couper dans les autres ministères ou s’endetter davantage.

Un sursis, pas un satisfecit

En se taisant, S&P accorde surtout du temps à Israël. Le message implicite est clair : l’agence attend de voir quel gouvernement sortira des négociations, s’il fera voter un budget et comment il financera l’effort de défense sans l’aide de Washington. Les réponses à ces trois questions pèseront lourd lors de la prochaine revue, prévue dans six mois.

(Ynet) https://www.ynet.co.il/economy/article/byunlu3pfx

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