Armes américaines : qui va payer les 10 milliards de dollars déjà commandés par Israël ?

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Israël a déjà commandé pour environ 10 milliards de dollars d'armes américaines qu'aucun accord ne finance. Un document du département d'État révélé par le Wall Street Journal pose la question que Donald Trump a éludée en annonçant la fin de l'aide : qui va régler la facture ?

Armes américaines : qui va payer les 10 milliards de dollars déjà commandés par Israël ?

Par Claudine Douillet

Donald Trump veut arrêter l'aide militaire à Israël à la fin de l'année. Mais Tsahal a déjà signé des contrats avec l'industrie américaine bien au-delà de ce que l'aide couvre. Le trou est chiffré : 10 milliards de dollars.

Un trou de 10 milliards révélé par le département d'État

Même si les États-Unis honorent intégralement l'accord d'aide actuel jusqu'en 2028, Israël aura encore besoin d'environ 10 milliards de dollars pour payer des commandes d'armes américaines déjà passées, selon le Wall Street Journal. L'information provient d'une lettre du département d'État au député démocrate du Texas Joaquin Castro.

Ces 10 milliards ne remplacent pas l'aide habituelle, ils s'y ajoutent. Washington s'est déjà engagé à verser près de 7 milliards d'aide militaire sur les deux prochaines années, ce qui correspond au reliquat du mémorandum de 2016. Les commandes israéliennes en cours représentent donc environ 17 milliards au total, dont 10 milliards ne reposent sur aucun financement prévu. Les comptes sont arrêtés au 1er avril, et l'on ignore encore comment ce montant a évolué depuis.

« Même si l'accord court jusqu'à son terme en 2028, il restera 10 milliards au-delà, et la question est de savoir qui les paiera », a résumé Joaquin Castro.

Comment Israël a pu commander au-delà de l'aide

Ce dépassement n'est ni une erreur ni une dérive. Il découle du mécanisme même de l'aide. Le système permet à Israël de s'engager sur des commandes pluriannuelles en s'appuyant sur les allocations d'aide des années suivantes. Un avion de combat se commande des années avant sa livraison et se paie par tranches. Tant que chaque mémorandum succédait au précédent, la question ne se posait pas : l'aide suivante prenait le relais. C'est ce relais que la déclaration de Trump remet en cause.

L'exemple le plus parlant est celui des F-35. Changer de système soulèverait la question du paiement des livraisons futures, comme celle d'un escadron de 25 nouveaux F-35.

Trois façons de payer, aucune tranchée

Le département d'État lui-même reste prudent. Sa lettre indique que les commandes non financées pourraient l'être par une aide américaine supplémentaire, par le budget israélien ou par une combinaison des deux.

Première hypothèse, Washington continue de payer au-delà de 2028. Cela suppose un nouvel accord voté par le Congrès, exactement ce que Trump dit vouloir supprimer. Deuxième hypothèse, Israël paie seul. Remplacer le financement américain par des fonds israéliens transférerait le fardeau sur le budget national, dans un pays dont les dépenses de défense ont explosé depuis le 7 octobre et la guerre contre l'Iran. Troisième hypothèse, un partage, qui reste à négocier.

À Jérusalem, le ministère des Finances découvre l'addition

L'annonce de Trump a pris l'administration israélienne de court. Selon la chaîne 12, le ministère des Finances a appris le projet par la déclaration du président américain. Ses responsables veulent savoir qui paiera les avions de combat prévus par des contrats signés, et si le financement s'arrête en fin d'année ou bascule progressivement vers un nouveau modèle.

Le nouveau modèle ne règle pas l'ancienne facture

Washington et Jérusalem préparent pourtant l'après-aide. Des discussions formelles sur un nouveau mémorandum ont commencé début juin 2026 entre le ministère israélien de la Défense et l'administration américaine, avec pour objectif de renforcer l'avantage militaire qualitatif de Tsahal par l'investissement commun dans la recherche, le développement et la coproduction. Des parlementaires ont rédigé une disposition pour passer du financement à la production conjointe, à intégrer dans la loi annuelle de défense attendue d'ici la fin de l'année.

Le problème est que ce nouveau cadre regarde vers l'avenir. Passer de l'aide directe à la production conjointe ne réglerait pas nécessairement la question du financement des armes déjà commandées dans l'ancien système.

Une contrainte légale que Trump ne peut ignorer

Washington a aussi une obligation juridique. La loi américaine impose à l'administration de préserver l'avantage militaire qualitatif d'Israël sur ses adversaires régionaux, une obligation qu'un arrêt brutal de l'aide compliquerait sérieusement. Laisser Tsahal sans F-35 déjà commandés reviendrait à contredire cette loi.

S'ajoute un argument économique. Ces 10 milliards seront dépensés auprès de Lockheed Martin, Boeing et leurs sous-traitants. Si personne ne paie, ce sont aussi des chaînes de production américaines qui perdent leurs contrats.

Une promesse électorale face aux contrats signés

D'anciens et actuels responsables américains jugent improbable un arrêt immédiat de l'aide, en raison des engagements budgétaires déjà approuvés par le Congrès. Le calendrier progressif sur dix ans proposé par Benyamin Netanyahou en janvier apparaît, chiffres à l'appui, comme le seul réaliste : il laisse le temps d'absorber les commandes en cours.

La déclaration de Trump a fixé une date politique, le jour même des élections de mi-mandat. Les 10 milliards de commandes, eux, imposent leur propre calendrier. Reste à savoir si la facture sera réglée par le contribuable américain, par le contribuable israélien, ou par les deux.

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Israel Hayom (hébreu) · Globes · Ynet News · Jerusalem Post · i24NEWS · Times of Israel

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