Vendeur de falafels de 76 ans roué de coups à Haïfa : un suspect arrêté, la piste raciste examinée

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Haïfa : George Abou Shkara, vendeur de falafels de 76 ans, roué de coups à l’aube. Un suspect de 25 ans est arrêté, la police examine un mobile raciste.

Par Claudine Douillet

Il était 4 h 43 du matin. George Abou Shkara marchait, comme chaque jour, vers son stand de falafels quand deux hommes l’ont pris en chasse. Une semaine plus tard, la police de Haïfa tient un suspect et n’écarte plus un mobile ethnique.

Une agression sans un mot, sans une demande

George Abou Shkara a 76 ans et tient depuis des années un stand de falafels à Wadi Nisnas. Ce vieux quartier arabe du bas de Haïfa est souvent présenté comme la vitrine de la coexistence dans la ville. Ce samedi matin, avant l’aube, deux hommes qu’il estime âgés d’une trentaine d’années l’ont poursuivi et rattrapé près de son commerce. L’un d’eux l’a frappé deux fois à la tête avec un bâton. Une fois le vieil homme à terre, les deux agresseurs ont continué à le frapper. Ils ne lui ont réclamé ni argent ni rien d’autre. Il ne les connaissait pas. C’est cette gratuité qui a d’abord frappé le quartier.

Un premier suspect relâché, un second identifié par les caméras

L’enquête a d’abord connu un faux départ. En début de semaine, la police a arrêté un habitant de Neve Yossef âgé de 40 ans. Il a nié toute implication, et son avocat a plaidé l’erreur sur la personne. Sa garde à vue, d’abord prolongée de trois jours, s’est terminée par sa libération. Jeudi 5 novembre, les enquêteurs ont arrêté un second suspect, Ido S., 25 ans, habitant d’un quartier du Carmel. Les images des caméras de surveillance, diffusées à toutes les patrouilles, ont permis de l’identifier. Au tribunal d’instance de Haïfa, l’avocat de la défense publique Fadi Assad a demandé sa remise en liberté. Le juge Ofer Shoval a estimé qu’il existait des soupçons raisonnables et des motifs de détention, et a prolongé sa garde à vue de quatre jours.

L’ivresse, et peut-être la haine

À l’audience, la représentante de la police a avancé deux éléments. Selon les premières constatations, le suspect était ivre, et l’appartenance ethnique des protagonistes pourrait avoir joué un rôle. Dans le quartier, l’idée d’une agression raciste circulait déjà depuis plusieurs jours. Les enquêteurs restent prudents : les circonstances exactes et le mobile ne sont pas établis. Mais le simple fait que la police évoque cette piste devant un juge en dit long sur la gravité qu’elle accorde au dossier.

Un vieil homme qui ne peut plus travailler

Soigné à l’hôpital Rambam, George Abou Shkara a pu rentrer chez lui. Il garde pourtant des séquelles. Il souffre d’une jambe, marche difficilement et ne peut plus tenir son stand. Ce sont désormais son fils et sa fille qui font tourner le commerce familial. Pour un homme qui ouvrait boutique avant le lever du jour à 76 ans, la blessure est aussi celle d’une vie de travail brutalement suspendue.

Haïfa, ville mixte sous tension

L’affaire touche un point sensible. Haïfa, où Juifs et Arabes vivent côte à côte, se veut un modèle de vie commune. Chaque agression soupçonnée d’être raciste y résonne bien au-delà du fait divers. L’enquête devra dire si ce déchaînement de violence contre un vieillard était l’œuvre d’hommes ivres, ou celle de la haine. Dans les deux cas, la réponse judiciaire sera regardée de près, des deux côtés de la ville.

(Walla) https://www.walla.co.il/news/law/383960376

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