Arnaque russe en Israël : une rescapée de la Shoah de 85 ans escroquée, sa banque condamnée

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Arnaque russe en Israël : une rescapée de la Shoah de 85 ans escroquée, la Banque postale condamnée à la rembourser

Par Claudine Douillet

Une rescapée de la Shoah de 85 ans a versé environ 49 000 shekels à des escrocs qui lui faisaient croire que son fils allait mourir. Le tribunal des petits litiges condamne la Banque postale israélienne à lui verser 39 900 shekels, le maximum autorisé, pour avoir ignoré des signaux d'alerte évidents.

Un appel, un fils « condamné », un secret absolu

Tout commence par un coup de téléphone. Au bout du fil, des inconnus annoncent à cette octogénaire, rescapée de la Shoah, que son fils souffre d'une grave maladie cérébrale et qu'il pourrait mourir très rapidement. Pour le « sauver », elle doit leur transférer de l'argent. Et surtout n'en parler à personne : ni à sa famille, ni à son fils lui même.

Le piège est d'une cruauté méthodique. La peur de perdre un enfant, l'urgence, l'isolement imposé par le secret : les escrocs privent leur victime de toute possibilité de vérifier. Pendant environ un mois et demi, elle obéit. Au total, près de 49 000 shekels quittent son compte.

Des retraits faits au guichet, sous les yeux des employés

Le détail est capital. Toutes ces opérations ont été effectuées physiquement, face aux employés de la Banque postale israélienne (Bank HaDoar). Pendant des années, cette cliente avait eu un comportement bancaire régulier et modeste. En quelques semaines, elle retire et transfère des sommes importantes, à un rythme sans aucun rapport avec ses habitudes.

Sa fille disposait pourtant d'une procuration sur le compte. La banque s'est contentée de lui envoyer quelques SMS génériques. Personne n'a bloqué les opérations, personne ne l'a appelée, personne n'a interrogé la cliente.

Le juge : comment ces retraits n'ont ils alerté personne ?

Saisi par la victime, le juge Marat Dorfman, du tribunal des petits litiges, lui a donné entièrement raison dans un jugement rendu le 2 novembre, rapporte le site israélien Walla.
Il rappelle que le lien contractuel entre la Banque postale et ses clients impose un devoir de vigilance : gérer leur argent avec compétence et veiller à ce qu'il ne soit pas dilapidé.

Le magistrat s'interroge ouvertement sur l'absence de « drapeaux rouges » chez les employés, alors que des montants élevés étaient retirés en peu de temps, en totale contradiction avec le profil de la cliente. Selon lui, face à une activité aussi anormale et en présence d'une mandataire connue, la banque devait suspendre les opérations, joindre la fille par téléphone en temps réel et l'avertir.

La banque voulait partager la faute avec la victime

La Banque postale a tenté de faire valoir une faute de la victime elle même. Le tribunal a rejeté cet argument. Il condamne l'établissement à verser 39 900 shekels, soit le plafond maximal des petits litiges en Israël, auxquels s'ajoutent 1 000 shekels de frais de justice.

L'arnaque russe, un fléau qui frappe les aînés

Le jugement replace cette affaire dans un phénomène massif, connu en Israël sous le nom d'« arnaque russe ». Selon les données de la police et de la Banque d'Israël présentées à la Knesset, les escroqueries visant des personnes âgées russophones ont bondi de plus de 500 % depuis 2020. Pour la seule année 2024, quelque 100 millions de shekels ont été dérobés de cette façon.

Le scénario varie peu : un proche prétendument malade, accidenté ou arrêté, une urgence financière, l'exigence du silence. Les victimes, souvent seules et âgées, paient pour sauver un enfant qui n'a jamais été en danger.

Un jugement qui engage la responsabilité des banques

Au delà du cas individuel, cette décision envoie un message clair aux établissements bancaires israéliens : face à des opérations manifestement anormales sur le compte d'une personne âgée, un simple SMS ne suffit pas. La banque doit agir.

Pour les familles, la leçon est tout aussi nette. Parler régulièrement de ces arnaques à ses parents âgés, convenir d'un réflexe simple, raccrocher et rappeler directement le proche concerné, et alerter la police au 100 en cas de doute. Aucun véritable médecin, aucun véritable policier n'exige d'argent sous le sceau du secret.

Source : Walla, https://www.walla.co.il/news/israel/383960106

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