Trump affaibli, Netanyahou sans majorité, Israël sevré de ses 3,8 milliards

Actualités, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
midterms-2026-trump-netanyahou-fin-aide-israel.jpg

Midterms 2026 : Trump sanctionné, Netanyahou sans majorité, Israël entre dans l'ère du sevrage

Par Claudine Douillet

L'Amérique a basculé le 3 novembre. En une seule nuit, les démocrates ont repris la Chambre des représentants et le Sénat, le Michigan a envoyé à Washington un critique déclaré d'Israël, et le matin même du scrutin Donald Trump annonçait la fin de l'aide militaire annuelle de 3,8 milliards de dollars à l'État hébreu. Une semaine plus tôt, Benyamin Netanyahou sortait des urnes sans majorité. Deux démocraties alliées viennent de voter à sept jours d'intervalle, et ce qui se dessine dépasse le simple changement de majorité : c'est la nature même de l'alliance qui change.

Une déroute républicaine d'une ampleur historique

La vague annoncée a bien eu lieu, et elle a dépassé les prévisions. Les démocrates ont arraché au moins sept sièges de sénateurs, y compris dans des bastions réputés imprenables comme le Kansas, l'Iowa, le Texas, l'Ohio, la Caroline du Nord et la Caroline du Sud. Au Texas, James Talarico a battu Ken Paxton. Dans le Maine, la sénatrice républicaine sortante Susan Collins a été défaite par Troy Jackson. À la Chambre, l'opposition a déjà repris plus de vingt-cinq circonscriptions aux républicains, davantage qu'en 2008, ce qui en fait sa plus large victoire depuis les années 1990.

Le vice-président JD Vance a désigné un coupable : la guerre contre l'Iran, conduite cette année aux côtés d'Israël. Le message est limpide. Dans le camp même de Trump, le soutien militaire à Israël est désormais présenté comme un fardeau électoral. Pour Jérusalem, c'est la première alerte, et la plus grave.

Le Michigan, laboratoire d'une rupture

Le symbole de la nuit s'appelle Abdul El-Sayed. Ce médecin de 42 ans, fils d'immigrés égyptiens et ancien responsable de la santé publique à Detroit, devient le premier sénateur musulman de l'histoire des États-Unis. Il a battu le républicain Mike Rogers, ancien agent du FBI, avec environ 52 % des voix contre 46 %, alors que son adversaire et ses soutiens avaient dépensé une fois et demie plus que lui.

Rogers avait fait campagne sur les positions d'El-Sayed concernant Israël et l'Iran, ses déclarations sur le 11 septembre et sa proximité avec le streamer d'extrême gauche Hasan Piker, connu pour ses outrances contre l'État juif. Donald Trump l'a qualifié à plusieurs reprises de « jihadiste ». Fait inédit, Haley Stevens, la démocrate pro-israélienne qu'El-Sayed avait battue de justesse aux primaires d'août, a appelé à voter pour le candidat républicain deux jours avant le scrutin, dénonçant la « haine » véhiculée par la campagne de son ancien rival. Cela n'a rien changé.

La leçon est là. Dans un État pivot que Trump avait remporté en 2024, l'hostilité affichée envers Israël n'est plus un handicap électoral. Elle est devenue, pour une partie de l'électorat démocrate, un argument.

De New York à Detroit, une même trajectoire

Ce basculement a commencé il y a tout juste un an, le 4 novembre 2025, avec l'élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York, la ville qui abrite la plus grande communauté juive du monde hors d'Israël. Premier maire musulman de la ville, il avait promis de faire arrêter Benyamin Netanyahou s'il posait le pied à New York. Dès son premier jour en fonctions, il a abrogé l'usage de la définition de l'antisémitisme de l'IHRA et levé les restrictions municipales visant le boycott d'Israël.

Ce qui passait alors pour une singularité new-yorkaise s'est révélé être un précédent. En juillet dernier, un amendement visant à couper l'aide à Israël a été rejeté à la Chambre, mais près de la moitié des élus démocrates l'avaient voté. De la mairie de New York au Sénat de Washington, la ligne est continue. L'aile progressiste du parti démocrate n'est plus marginale : elle vient de prouver qu'elle sait gagner.

L'aide de 3,8 milliards sacrifiée le jour du vote

C'est dans ce contexte que Donald Trump a lâché sa bombe, le matin même des élections, sur le plateau de Fox News. Il a affirmé avoir conclu « il y a des mois » un accord avec Netanyahou pour mettre fin à l'aide annuelle d'environ 4 milliards de dollars d'ici la fin de l'année, ajoutant qu'Israël était devenu un pays prospère qui n'en avait plus besoin. Il a justifié sa décision par la nécessité de priver les démocrates d'un argument de campagne, citant nommément El-Sayed. Israël pourra continuer d'acheter des armes américaines, mais en les payant.

Cette aide repose sur le mémorandum signé en 2016 sous Barack Obama : 38 milliards de dollars sur dix ans, de 2019 à 2028, dont 3,3 milliards par an de financements militaires destinés à l'achat d'équipements fabriqués aux États-Unis. Netanyahou avait lui-même déclaré, en janvier puis en mai, vouloir ramener ce soutien à zéro, mais progressivement, sur dix ans. Trump transforme un sevrage programmé en coupure brutale.

En Israël, la surprise est totale. Des sources sécuritaires disent avoir découvert l'information par les médias. De hauts responsables économiques cités par Ynet estiment que renoncer à deux années d'aide représente un manque à gagner d'environ 8 milliards de dollars, qui retomberont sur le contribuable israélien. Gadi Eisenkot a dénoncé un Premier ministre incapable de dire la vérité aux citoyens, Yaïr Golan a parlé d'un échec majeur. Le cabinet de Netanyahou n'a pas commenté. Plusieurs experts américains doutent toutefois que la coupure puisse intervenir dès décembre : l'argent est voté par le Congrès, et les programmes de défense antimissile et anti-drones ne se basculent pas du jour au lendemain vers un régime d'achat.

Netanyahou, vainqueur sans victoire

Cette annonce tombe au pire moment pour le Premier ministre. Aux législatives du 27 octobre, le Likoud est resté le premier parti avec 27 sièges, mais il en perd neuf. Le parti Yashar de Gadi Eisenkot obtient 21 sièges et la liste de Naftali Bennett 12. Le bloc de Netanyahou tombe à 53 députés, contre 68 dans la Knesset sortante, loin des 61 nécessaires. L'opposition en compte 48. Les partis arabes, avec un record de 19 sièges, deviennent arbitres de toute majorité alternative.

Netanyahou a fait de sa relation personnelle avec Trump le cœur de sa stratégie. Une semaine après un scrutin sans vainqueur, ce même Trump lui retire l'aide américaine et perd le Congrès. Le pari d'une alliance fondée sur un homme plutôt que sur un consensus bipartisan vient de montrer sa limite.

Ce que la double élection annonce

Les deux années qui viennent dessinent déjà leur logique. Trump entre dans la phase du président affaibli, face à un Congrès démocrate qui détient les cordons de la bourse. Le paradoxe est cruel : c'est désormais une majorité dont l'aile la plus dynamique veut conditionner, voire supprimer, l'aide à Israël qui décidera du sort des financements encore en cours, dont le Dôme de fer. Le soutien à Israël, longtemps pilier du consensus américain, est désormais attaqué des deux côtés, par l'isolationnisme du camp MAGA à droite et par la gauche progressiste.

Pour Israël, la conséquence est claire. Le temps du protégé est terminé, celui du partenaire qui paie commence, plus tôt que prévu. Cela suppose de financer seul une part plus lourde de sa défense en pleine sortie de guerre, d'accélérer l'industrie d'armement nationale et de négocier avec Washington des coopérations de recherche plutôt que des subventions. Cela suppose surtout de reconstruire un lien avec les démocrates américains, que le gouvernement sortant a délaissé.

Quel que soit le futur Premier ministre, il héritera d'une Amérique où le soutien à Israël n'est plus acquis par principe et doit à nouveau se gagner. L'indépendance militaire dont Netanyahou rêvait à l'horizon d'une décennie va s'imposer à Israël dans l'urgence. Elle peut devenir une force. Elle sera d'abord un choc.

Fin de l'aide de 3,8 milliards : Trump lâche Israël le jour où il perd le Congrès

Élections américaines et israéliennes : Trump sanctionné, Netanyahou affaibli, l'alliance change de nature

De Mamdani à El-Sayed : comment l'Amérique démocrate a tourné le dos à Israël en un an

Sources :

NBC News, résultats des midterms : https://www.nbcwashington.com/elections/election-day-after-2026-midterms-congress-results-live-updates/4177248/

Al Jazeera, bilan des midterms : https://www.aljazeera.com/news/2026/11/4/democrats-win-control-of-house-and-senate-key-us-midterms-takeaways

CBS News, victoire d'El-Sayed : https://www.cbsnews.com/news/michigan-2026-senate-el-sayed-rogers/

The Detroit News, El-Sayed contre Rogers : https://www.detroitnews.com/story/news/politics/elections/2026/11/03/michigan-senate-election-results-abdul-el-sayed-mike-rogers/92466965007/

The Hill, Trump et la fin de l'aide : https://thehill.com/homenews/administration/6191387-trump-netanyahu-end-us-aid

ABC News, réactions d'Eisenkot : https://abcnews.com/Politics/trump-israel-aid-end-year-citing-political-reasons/story?id=137809564

CNN, réactions en Israël : https://edition.cnn.com/2026/11/03/politics/trump-us-aid-israel

Ynet News, accord Trump-Netanyahou : https://www.ynetnews.com/article/sjvjpppagl

Al Jazeera, faisabilité de la coupure : https://www.aljazeera.com/news/2026/11/3/trump-announces-that-us-will-stop-paying-israel-after-year-end

The Times of Israel, résultats des législatives : https://www.timesofisrael.com/with-85-of-votes-counted-netanyahu-bloc-has-53-seats-eisenkots-48-arab-parties-surge-to-19/

The Jerusalem Post, Mamdani maire de New York : https://jpost.com/jerusalem-report/article-886044

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi