Tsahal : les jours de réserve devenus monnaie d'échange, Haaretz révèle un marché noir

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Tsahal : les jours de réserve devenus monnaie d'échange, Haaretz révèle un marché noir

 

Les jours de réserve de Tsahal servent de monnaie parallèle pour payer des travaux, des cadeaux et des services civils. C'est ce que révèle le quotidien Haaretz ce jeudi 5 novembre 2026, alors que l'alerte maintenue face à une possible attaque iranienne coûterait à elle seule des centaines de millions de shekels à l'État.

Par Claudine Douillet

Un soudeur rémunéré pour fabriquer des supports d'armes, des officiers récompensés par des cadeaux, des civils payés pour surveiller l'entrée d'un site. Le point commun de ces dépenses ? Elles seraient réglées non pas en shekels, mais en jours de réserve. Selon une enquête publiée par Haaretz, ces journées de service, financées par le contribuable israélien, sont devenues une véritable monnaie d'échange au sein de l'armée.

Un système de troc au cœur de l'armée

Le mécanisme est simple. Chaque jour de réserve inscrit au nom d'un réserviste déclenche le versement d'une compensation par l'État. En attribuant des jours à des personnes qui ne servent pas réellement, ou qui rendent des services sans rapport avec la mission militaire, certaines unités disposent ainsi d'un moyen de paiement hors circuit budgétaire classique.

Haaretz décrit plusieurs usages. Un soudeur aurait été rétribué en jours de réserve pour fabriquer des supports d'armes. Des officiers auraient reçu des cadeaux financés par ce biais. Des civils auraient été payés de la même manière pour garder une entrée. Autant de dépenses qui échappent aux procédures d'achat et de contrôle habituelles.

L'état d'alerte permanent comme couverture

Le quotidien pointe le contexte qui rend ces pratiques possibles. Depuis le 7 octobre 2023, Israël vit en mobilisation quasi continue, avec des fronts ouverts successivement à Gaza, au Liban et face à l'Iran. Dans ce climat, les besoins en effectifs sont justifiés d'avance et les demandes de jours de réserve passent avec peu de vérifications.

L'alerte actuelle, liée à la menace d'une attaque iranienne, durerait depuis au moins trois semaines. À elle seule, elle coûterait des centaines de millions de shekels. Selon Haaretz, le gaspillage ne montre aucun signe de ralentissement.

Une dérive que l'armée elle-même reconnaît

Le problème n'est pas nouveau, et l'état-major ne le nie pas. De hauts responsables de Tsahal ont déjà défendu des réductions du nombre de jours de réserve en expliquant qu'elles étaient nécessaires pour mettre fin aux abus du système et protéger les fonds publics. Ils ont précisé que nombre de demandes visant à freiner ces abus, notamment des cas de réservistes passés de fait au service à plein temps aux frais de l'État, venaient des commandants eux-mêmes.

L'armée avait également annoncé des mesures. Elle a affirmé qu'elle sanctionnerait en interne les unités dépassant leur quota de jours, et a réduit de moitié les jours attribués aux équipes civiles de sécurité de plusieurs localités, après des plaintes sur un usage dispendieux. L'enquête de Haaretz suggère que ces garde-fous n'ont pas suffi.

Un enjeu budgétaire et moral

Le sujet dépasse la question comptable. Les réservistes israéliens ont porté une charge sans précédent depuis plus de trois ans, souvent au prix de leur emploi, de leur entreprise ou de leur vie de famille. Chaque shekel détourné fragilise la confiance de ceux qui servent réellement et la légitimité d'un système fondé sur l'armée de citoyens.

Le gouvernement avait justement tenté de reprendre la main. Tsahal et le ministère des Finances se sont accordés pour ramener en 2026 le service annuel des réservistes combattants de 72 à 60 jours, tout en conservant les primes et avantages financiers accordés pendant la guerre. Un effort de rationalisation que les pratiques décrites par Haaretz viennent contredire sur le terrain.

Quelles suites ?

Les révélations du quotidien devraient relancer la pression sur l'état-major et sur le ministère de la Défense pour renforcer le contrôle de l'attribution des jours de réserve. La question est d'autant plus sensible que la menace iranienne reste d'actualité et que l'armée aura encore besoin, dans les mois à venir, de la mobilisation de ses réservistes. Pour que ce sacrifice reste accepté, chaque jour de service devra correspondre à un service réel.

Source : Haaretz, 5 novembre 2026, https://www.haaretz.com/israel-news/israel-security/2026-11-05/ty-article-magazine/.highlight/inside-the-israeli-armys-black-market-in-reserve-duty-days/000001a1-aae5-dd7a-a3ed-ebe5a1e60000

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