Philadelphie rejoue la Nuit de cristal : des militants appellent à chasser les restaurants juifs de la ville

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À Philadelphie, des militants anti-israéliens appellent à boycotter six restaurants juifs le 8 novembre, veille de l'anniversaire de la Nuit de cristal. L'ADL, l'AJC et la Fédération juive dénoncent un antisémitisme assumé.

Philadelphie : des militants anti-israéliens organisent un boycott à vélo de restaurants juifs à la veille de la Nuit de cristal

Par Claudine Douillet

Des militants anti-israéliens de Philadelphie appellent à cibler six restaurants juifs ou liés à Israël le dimanche 8 novembre, à la veille de l'anniversaire de la Nuit de cristal. Les principales organisations juives de la ville dénoncent une campagne antisémite et exigent une condamnation claire des autorités.

Une affiche qui désigne nommément les commerces juifs

Le rendez-vous est fixé à Rittenhouse Square, l'un des quartiers les plus fréquentés du centre de Philadelphie. Selon le Jerusalem Post, trois collectifs militants, Philly Bike On Your Left, Boycott CookNSolo et Philly Solidarity Calendar, ont diffusé sur Instagram une affiche annonçant une balade à vélo destinée à faire pression sur des établissements juifs ou associés à Israël.

Le visuel ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Un vélo y apparaît, entouré de symboles d'interdiction rouges barrant six noms : Mac Mart, K'Far Cafe, Huda, Goldie, Dizengoff et Schlesinger's. Le texte proclame qu'il ne faut plus faire affaire avec les « sionistes » et que ces adresses doivent disparaître de la ville.

Le message accompagnant la publication va plus loin. Les organisateurs y qualifient les propriétaires de ces restaurants d'êtres « répugnants » et promettent de déployer un maximum de drapeaux sur les vélos en signe de solidarité avec les Palestiniens.

CookNSolo, une cible désignée

Le nom de l'un des collectifs organisateurs, Boycott CookNSolo, éclaire la logique de l'opération. CookNSolo est le groupe de restauration fondé par le chef israélo-américain Michael Solomonov, figure de la gastronomie de Philadelphie, à qui appartiennent notamment Dizengoff, K'Far et Goldie. Depuis le 7 octobre 2023, ses établissements font régulièrement l'objet de manifestations hostiles.

La méthode change pourtant de nature. Il ne s'agit plus d'un appel abstrait au boycott d'Israël, mais d'une liste de commerces locaux, désignés par leur nom, et présentés comme indésirables dans leur propre ville en raison de l'identité ou des convictions supposées de leurs propriétaires.

Le choix du 8 novembre n'a rien d'anodin

La date retenue concentre l'indignation. Le 8 novembre tombe à la veille du 9 novembre, anniversaire de la Nuit de cristal. Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1938, des foules organisées par le régime nazi ont saccagé des milliers de commerces juifs, incendié des synagogues et dévasté des foyers en Allemagne et en Autriche. Près de 30 000 hommes juifs ont alors été arrêtés et déportés vers les camps de concentration.

Les vitrines brisées des magasins juifs sont restées le symbole de ce pogrom, considéré par les historiens comme un tournant vers la Shoah. Quatre-vingt-huit ans plus tard, voir des restaurants juifs désignés à la vindicte publique à cette date précise a provoqué un choc dans la communauté juive américaine.

Un front commun des organisations juives

L'ADL de Philadelphie, l'American Jewish Committee Philadelphie et Sud du New Jersey, la Fédération juive du Grand Philadelphie et StandWithUs ont publié une déclaration commune. Leur verdict est sans détour : « C'est de l'antisémitisme. C'est la haine des Juifs, purement et simplement. »

Les quatre organisations estiment que marquer des commerces pour les chasser de la ville revient à intimider et à exclure les Juifs de la vie économique et civique de Philadelphie. Elles rappellent qu'aucune entreprise ne devrait être visée en raison de l'origine, de l'héritage ou des opinions politiques supposées de ses propriétaires, et mettent en garde contre la banalisation d'une telle haine.

Les élus sommés de réagir

Le texte interpelle directement la maire de Philadelphie Cherelle Parker, le gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro et le procureur Larry Krasner. Les signataires leur demandent de condamner la campagne sans la moindre équivoque, en jugeant que le silence n'est pas une option lorsque des membres de la communauté sont désignés comme indésirables.

Ils réclament également que la police de Philadelphie assure la sécurité des restaurants visés, de leurs employés et de leurs clients. Enfin, ils appellent les habitants de toutes confessions à répondre au boycott par un afflux de clientèle et une solidarité visible, en venant manger en famille ou entre collègues dans ces établissements.

Stop Antisemitism dénonce une campagne « grotesque »

L'organisation de vigilance Stop Antisemitism a elle aussi réagi sur X, qualifiant l'initiative de grotesque. Sa directrice exécutive, Liora Rez, a déclaré au Jerusalem Post que s'en prendre aux restaurants juifs à la veille de la Nuit de cristal constitue une démonstration glaçante d'antisémitisme. Elle souligne que déguiser la haine des Juifs en militantisme ne la rend pas moins haineuse et que viser des Juifs dans leur gagne-pain relève de la discrimination, non de la politique.

Une inquiétude qui dépasse Philadelphie

L'affaire s'inscrit dans un climat tendu pour les Juifs américains. Ces derniers mois, plusieurs villes ont vu se multiplier les campagnes de désinvestissement visant Israël, tandis que les actes antisémites restent à un niveau historiquement élevé selon les organisations communautaires.

À Philadelphie, ville où la communauté juive est implantée depuis l'époque coloniale, le glissement est frappant. Le discours prétendument antisioniste ne vise plus un État lointain mais des restaurateurs du quartier, leurs serveurs et leurs clients. C'est précisément ce passage du slogan politique à la désignation de commerçants juifs que les organisations dénoncent comme un écho direct de 1938.

La réaction des autorités locales d'ici dimanche sera scrutée de près. Pour la communauté juive de Philadelphie, le silence des élus serait perçu comme un aveu de faiblesse face à une campagne qui assume ouvertement de vouloir rayer des commerces juifs du paysage urbain.

Source : The Jerusalem Post, 4 novembre 2026
https://www.jpost.com/diaspora/antisemitism/article-913855

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