Shin Bet à Paris : David Zini reçu par la DGSI et la DGSE en pleine crise des émeutes

Actualités, International, Israël - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest
Shin Bet à Paris : David Zini reçu par la DGSI et la DGSE en pleine crise des émeutes

Par Claudine Douillet

Le chef du Shin Bet, David Zini, s'est rendu à Paris pour rencontrer les dirigeants de la DGSI et de la DGSE. Révélée mercredi 21 octobre par la radio publique israélienne Kan, cette visite intervient dans la foulée des émeutes qui ont secoué la France le 17 octobre, et alors que les relations diplomatiques entre Paris et Jérusalem traversent une zone de fortes turbulences. Selon les médias israéliens, les discussions ont porté sur le terrorisme et l'islam radical.

Une visite révélée par la radio publique israélienne

C'est Kan qui a levé le voile mercredi soir. Officiellement, il s'agit d'une visite de travail, programmée de longue date. Mais selon la radio publique, l'actualité française s'est imposée à l'ordre du jour : les échanges ont aussi porté sur les défis sécuritaires auxquels la France est confrontée depuis le week-end dernier.

David Zini a été reçu par de hauts responsables de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), l'équivalent français du Shin Bet, puis par des dirigeants de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), surnommée « la Boîte », homologue du Mossad. Le quotidien Maariv, sous la plume de son correspondant militaire Avi Ashkenazi, qualifie ce déplacement d'inhabituel et affirme que les événements survenus en France en ont constitué le cœur.

Le Shin Bet, lui, s'en tient au silence. Interrogé, le service a refusé de commenter, rappelant qu'il ne communique jamais sur l'agenda de son directeur. Aucune précision officielle n'a été donnée ni sur le contenu des entretiens, ni sur d'éventuelles décisions communes.

La France sous le choc après la journée du 17 octobre

Pour comprendre le poids de cette visite, il faut revenir à samedi dernier. Ce jour là, la mobilisation contre la vie chère et la dégradation des services publics a rassemblé environ 550 000 personnes dans le pays, dont 110 000 à Paris, selon le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez. La journée a dégénéré en affrontements, incendies et pillages à Paris, Lyon, Marseille et dans de nombreuses autres villes. Des mairies ont même été saccagées. Laurent Nuñez a pointé la responsabilité de l'ultragauche et de délinquants venus piller les commerces.

Dimanche soir, Emmanuel Macron s'est adressé aux Français depuis l'Élysée. « Rien ne le justifie. Rien ne l'explique. Rien ne l'excuse », a martelé le chef de l'État. Le bilan communiqué par le ministère de l'Intérieur est lourd : 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés, dont sept grièvement. Une nouvelle journée de grève interprofessionnelle est déjà annoncée pour le jeudi 5 novembre.

Le renseignement français face à ses failles

Un passage de l'allocution présidentielle éclaire directement la venue du patron du Shin Bet. Emmanuel Macron a demandé au gouvernement, et en premier lieu à Laurent Nuñez, de tirer toutes les leçons de ces violences en matière de renseignement et d'anticipation. Autrement dit, l'Élysée reconnaît que les services n'ont pas vu venir l'ampleur des débordements.

C'est précisément sur ce terrain que l'expertise israélienne est reconnue. Maariv rappelle que l'appareil sécuritaire israélien, Shin Bet en tête, dispose d'une longue expérience dans la prévention des attentats et dans la collecte de renseignement au sein d'une population civile. Israël possède également une connaissance approfondie des cellules islamistes actives à travers le monde. Une expérience qui intéresse directement des services français confrontés à la fois aux violences urbaines, à la menace terroriste et à la montée de l'islam radical.

Une coopération sécuritaire qui résiste à la crise diplomatique

Le contexte politique rend cette rencontre d'autant plus remarquable. Le 8 septembre, la France et onze autres pays ont annoncé leur intention de restreindre le commerce des produits issus des implantations israéliennes en Judée-Samarie. Paris, Londres et Ottawa veulent aller plus loin avec une interdiction nationale. Le Quai d'Orsay assure qu'il ne s'agit pas d'un boycott d'Israël, qui reste selon lui un partenaire économique de la France. Mais à Jérusalem, la mesure a été vécue comme un nouveau coup porté à la relation bilatérale.

Elle s'ajoute à l'épisode d'Eurosatory, en juin dernier, lorsque Paris a interdit aux industriels israéliens d'exposer leurs systèmes offensifs au grand salon de la défense. Le ministère israélien de la Défense avait alors dénoncé une décision « honteuse ».

Malgré ces tensions, le lien entre services de renseignement n'a pas été rompu. « La coopération entre les organismes de sécurité se poursuit malgré la crise diplomatique. Les services de sécurité savent travailler ensemble », a confié à Maariv une source sécuritaire israélienne. Une réalité ancienne : quelles que soient les brouilles entre chancelleries, les services européens et israéliens n'ont jamais cessé d'échanger sur la menace terroriste.

David Zini, un chef du Shin Bet aux racines françaises

Le choix de David Zini pour ce déplacement n'a rien d'anodin sur le plan symbolique. Né en 1974 à Jérusalem, ce général issu des unités d'élite, ancien commandant de la brigade Commando, dirige le Shin Bet depuis le 5 octobre 2025. Il a succédé à Ronen Bar au terme d'un long bras de fer entre Benyamin Netanyahou et les institutions judiciaires, et sa nomination avait suscité une vive controverse en Israël.

Son histoire familiale le relie directement à la France. Fils d'immigrés venus de France, il est le petit-fils du rabbin Meïr Zini, qui a exercé à Tiaret en Algérie avant de devenir rabbin de la synagogue de la rue Sainte-Isaure, dans le 18e arrondissement de Paris. Le patron du renseignement intérieur israélien connaît donc la France de l'intérieur, et notamment sa communauté juive.

Une visite suivie de près par les Juifs de France

Pour la communauté juive française, cette visite résonne particulièrement. Chaque épisode de violences urbaines ravive l'inquiétude sur la sécurité des synagogues, des écoles et des commerces juifs. Selon i24NEWS, Jérusalem réfléchit d'ailleurs à un plan d'accueil des Juifs de France à la suite de ces émeutes.

Ni Paris ni Jérusalem n'ont communiqué sur les résultats de ces entretiens. Mais le message est clair : à l'heure où la France cherche à combler les failles de son renseignement, le dialogue entre la DGSI, la DGSE et le Shin Bet reste ouvert, bien au-delà des désaccords politiques.

Sources : Kan, Maariv, Hamechadesh, i24NEWS, déclarations du ministère de l'Intérieur et de l'Élysée.

POUR S'INSCRIRE A LA NEWSLETTER D'ALLIANCE ET AVOIR ACCES AUX INFORMATIONS EN UN COUP D'OEIL CLIQUEZ ICI :https://alliance-magazine.com/?p=subscribe&id=1

 

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi