Tsahal à Gaza : vaste fraude au carburant et aux fausses factures, 21 arrestations

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Tsahal à Gaza : vaste fraude au carburant et aux fausses factures, 21 arrestations

Par Claudine Douillet

Fraude sur les chantiers de Tsahal à Gaza : 21 suspects arrêtés pour vol de carburant, fausses factures et corruption

Vingt et un suspects ont été arrêtés en Israël dans une vaste enquête pour fraude sur les chantiers militaires de la bande de Gaza. Des entrepreneurs engagés par le ministère de la Défense pendant la guerre sont soupçonnés d'avoir volé du carburant de Tsahal pour des millions de shekels, gonflé leurs travaux et émis de fausses factures, avec la complicité présumée de sous-officiers corrompus.

Une opération coordonnée dans tout le pays

L'enquête est passée cette semaine de la phase secrète à la phase ouverte. Au petit matin, les enquêteurs de l'unité nationale de répression économique Sud de Lahav 433, l'unité d'élite de la police israélienne spécialisée dans la grande criminalité et la corruption, ont mené une opération d'envergure dans plusieurs régions du pays. À leurs côtés, l'unité centrale des enquêtes spéciales de la police militaire (Metsah) et le service d'enquêtes TVA de Beer-Sheva de l'Autorité fiscale. Bilan : 21 interpellations, civils et militaires confondus.

Les suspects ont été présentés mardi 20 octobre au tribunal pour la prolongation de leur détention, rapporte le quotidien israélien Ynet. Parmi eux figurent des dirigeants d'entreprises de travaux publics qui ont opéré dans la bande de Gaza depuis le début de la guerre « Glaives de fer ».

Le mécanisme présumé de la fraude

Selon les éléments de l'enquête secrète, des entrepreneurs venus réaliser des travaux d'infrastructure pour l'armée à Gaza auraient détourné du carburant militaire pour une valeur de plusieurs millions de shekels. Ils auraient également présenté des factures fictives pour des travaux jamais réalisés, ou pour des prestations très inférieures à celles promises sur le terrain.

Les sous-officiers impliqués auraient servi d'intermédiaires entre l'armée et les entrepreneurs sur place. Ils sont soupçonnés d'avoir été achetés. Arrêtés, ils ont été conduits pour interrogatoire à la police militaire, qui a demandé au tribunal militaire la prolongation de leur détention.

La police retient contre les suspects une série d'infractions lourdes : blanchiment d'argent, fausses déclarations, tenue de fausse comptabilité, obtention frauduleuse d'un bien en circonstances aggravantes, fraude et abus de confiance au sein d'une société. Selon les médias israéliens, le préjudice subi par le ministère de la Défense pourrait atteindre plusieurs dizaines de millions de shekels.

Un patron de 74 ans au cœur de l'affaire

L'un des principaux suspects est Ran Rahmani, 74 ans, originaire d'Afoula. Il dirige l'entreprise de travaux « Rahmani », sous contrat avec le ministère de la Défense. Les enquêteurs le soupçonnent d'avoir fourni des engins lourds à l'armée par l'intermédiaire d'un sous-traitant, la société « Sahaf HaDarom », tout en sachant que du carburant facturé n'avait jamais été livré.

Lors de l'audience, l'accusation a fait valoir que ses déclarations à la TVA laissaient apparaître des soupçons de gonflement des montants et de compensations fictives. La police soupçonne aussi l'entreprise Rahmani d'avoir surévalué le volume des travaux effectués à Gaza pour percevoir davantage d'argent public. Son avocat a contesté l'ensemble des faits. Sa détention a été prolongée de trois jours.

Fausses factures et pots de vin présumés

La détention d'Elisha Yifrah a elle aussi été prolongée. Il est soupçonné de ne pas avoir livré le carburant en question, tout en encaissant son paiement et en émettant des factures fictives.

Deux autres suspects occupent une place centrale dans le dossier. Mohammed Amar est le propriétaire de Sahaf HaDarom. Youssef Abou Amar, 61 ans, habitant de Lakiya, était cadre dans une entreprise qui avait remporté un appel d'offres du ministère de la Défense pour des travaux dans la bande de Gaza pendant la guerre. Devant le tribunal, le représentant de la police l'a accusé d'avoir trompé les institutions de l'État en ne déclarant pas le carburant prélevé dans les stocks de Tsahal. Il est également soupçonné d'avoir versé des pots de vin à des sous-officiers sur le terrain.

600 000 shekels et de l'or chez le conseiller fiscal

Le conseiller fiscal de Sahaf HaDarom, Zidan Abou Amar, a également été arrêté. Lors de la perquisition de son domicile, les enquêteurs ont saisi 600 000 shekels en espèces, soit environ 150 000 euros, ainsi que de l'or. Une découverte qui renforce, aux yeux des enquêteurs, le volet blanchiment de l'affaire.

« Ils ont profité du chaos à Gaza »

Le ton de la police est sans ambiguïté. Son représentant a décrit au tribunal une affaire grave de fraude économique portant sur des millions de shekels, menée par des suspects qui auraient utilisé la période de guerre pour s'enrichir massivement aux dépens de l'État. Une source proche de l'enquête résume l'affaire en une phrase : les suspects ont exploité le chaos qui régnait à Gaza pour voler des millions.

Pourquoi les chantiers de Gaza étaient vulnérables

Depuis le 7 octobre 2023, le ministère de la Défense a fait appel à de nombreuses entreprises civiles et à leurs engins lourds pour soutenir les opérations de Tsahal dans la bande de Gaza : ouverture d'axes, travaux d'infrastructure, aménagement de positions militaires. Ces chantiers se déroulent en zone de combat, dans l'urgence, loin des circuits de contrôle habituels. Le carburant, ressource vitale et distribuée en grandes quantités, y est difficile à tracer. C'est précisément cette faille que les suspects auraient exploitée, en s'appuyant sur des complicités internes pour faire disparaître les écarts entre ce qui était facturé et ce qui était réellement livré ou réalisé.

Une armée qui enquête sur ses propres rangs

L'affaire porte un coup à l'image des circuits d'approvisionnement de l'armée en temps de guerre. Mais elle montre aussi que les mécanismes de contrôle fonctionnent. La police militaire a mené l'enquête aux côtés de Lahav 433 et du fisc, y compris contre des sous-officiers de Tsahal. Dans une guerre où chaque shekel du budget de la défense compte, l'État israélien envoie un message clair : profiter de la guerre pour s'enrichir aux dépens des soldats et des contribuables ne restera pas impuni.

L'enquête se poursuit. Tous les suspects sont présumés innocents tant qu'aucune décision de justice définitive n'a été rendue.

21 suspects arrêtés en Israël : vol de carburant de Tsahal, fausses factures et corruption de Sources : Ynet, Ilana Curiel, 20 octobre 2026

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