Israël : 50 IA rejouent l’avenir du conflit, statu quo et annexion échouent, un seul plan l’emporte

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Israël : 50 agents d'IA simulent l'avenir du conflit le scénario qui l’emporte pour Israël

Israël : 50 agents d'IA simulent l'avenir du conflit avec les Palestiniens, l'INSS désigne le scénario gagnant

Ni le statu quo, ni l'annexion, ni un accord de paix global. Soumis pendant des mois à une cinquantaine d'agents d'intelligence artificielle, l'avenir du conflit israélo-palestinien désigne une quatrième voie. L'Institut d'études de sécurité nationale de Tel-Aviv publie ses conclusions à six jours des élections législatives du 27 octobre.

Une simulation inédite menée par l'INSS de Tel-Aviv

L'Institut d'études de sécurité nationale (INSS), principal centre de réflexion stratégique d'Israël, rattaché à l'université de Tel-Aviv, a confié l'avenir du conflit israélo-palestinien à une plateforme d'intelligence artificielle. Pendant plusieurs mois, une cinquantaine d'agents IA, chacun chargé d'incarner un acteur réel du dossier, ont pris des décisions, communiqué entre eux et affronté des crises. Chaque scénario a été rejoué des centaines de fois sur un horizon de trois ans, c'est-à-dire jusqu'à la fin de la décennie.

Le 15 octobre, une cinquantaine d'experts israéliens et internationaux se sont réunis lors d'un atelier hybride, mêlant analyse humaine et intelligence artificielle, pour décortiquer les résultats. La synthèse, signée par Udi Dekel et Ofer Guterman, a été publiée en hébreu le 19 octobre puis en anglais le 21 octobre. Les deux auteurs connaissent le dossier de l'intérieur. Général de brigade de réserve, Udi Dekel a dirigé l'équipe israélienne de négociation avec les Palestiniens sous Ehud Olmert lors du processus d'Annapolis, en 2007 et 2008, avant de rejoindre l'INSS dont il a été le directeur général pendant dix ans. Colonel de réserve et docteur en études du Moyen-Orient, Ofer Guterman a été analyste senior au renseignement militaire, notamment auprès du secrétaire militaire du Premier ministre.

Quatre stratégies pour la Judée-Samarie

Les chercheurs ont mis en concurrence quatre options. La première prolonge la gestion du conflit en s'adaptant aux événements. La deuxième, baptisée « plan décisif », reprend l'esprit du plan présenté en 2017 par Bezalel Smotrich : application de la souveraineté israélienne sur la Judée-Samarie, démantèlement de l'Autorité palestinienne et encouragement au départ des Palestiniens. La troisième vise un accord global fondé sur deux États pour deux peuples. La quatrième, défendue par l'INSS depuis 2025, organise une séparation politique, territoriale et démographique progressive au profit d'une entité palestinienne à souveraineté limitée, désignée par l'acronyme anglais PELS.

Le point de départ de l'exercice est assumé. Les auteurs rejettent ce qu'ils décrivent comme une fausse alternative entre deux illusions : celle d'une action unilatérale qui réglerait tout, et celle d'une paix globale conclue d'un seul coup sur l'ensemble des questions de fond.

Le statu quo survit, le terrain se dégrade

Premier enseignement, la gestion du conflit tient pendant trois ans dans la grande majorité des simulations. C'est l'option la plus confortable pour n'importe quel gouvernement, puisqu'elle n'impose aucune décision douloureuse. Mais elle échoue presque toujours à enrayer la dérive : violences en hausse des deux côtés, Autorité palestinienne affaiblie, Hamas renforcé et glissement progressif vers une réalité à un seul État.

Le plan de souveraineté stoppé, mais des faits accomplis

Le plan décisif est interrompu avant son terme dans la plupart des simulations. Trois facteurs le bloquent : la pression américaine et internationale, le refus palestinien d'un découpage en cantons et l'échec des incitations à l'émigration volontaire. Le résultat n'est pas neutre pour autant. Les mesures déjà engagées, application de la souveraineté et effondrement de l'Autorité palestinienne, créent une situation que les agents ne parviennent plus à défaire, même une fois le processus arrêté.

L'accord global, idéal mais hors d'atteinte

Les auteurs estiment qu'un accord global servirait le mieux les intérêts d'Israël à long terme, tout en le jugeant irréalisable aujourd'hui. Il supposerait une responsabilité sécuritaire israélienne prépondérante à l'ouest du Jourdain avec liberté d'action, une Autorité palestinienne détenant le monopole de la force et engagée dans la déradicalisation de sa société, un Hamas incapable de se réarmer, un soutien régional et international qui contraigne les Palestiniens à tenir leurs engagements, et des contreparties économiques et régionales pour Israël. Aucune de ces conditions n'est réunie.

PELS, le scénario qui se démarque

C'est donc la quatrième voie qui sort en tête. Le modèle PELS laisse les clés de la sécurité entre les mains d'Israël, qui conserve sa liberté d'action opérationnelle à l'ouest du Jourdain, tout en renforçant les compétences civiles d'une entité palestinienne démilitarisée. Dans sa version détaillée en mars 2025, l'INSS prévoyait que cette entité couvre d'abord les actuelles zones A et B, avec un transfert possible de 8 % de la zone C au maximum.

Dans la simulation, PELS obtient les meilleurs résultats sur sept critères : la sécurité des citoyens israéliens et leur sentiment de sécurité, une gouvernance palestinienne efficace sans le Hamas, une continuité territoriale permettant à Tsahal de limiter les frictions et d'empêcher la reconstitution d'infrastructures terroristes, la légitimité régionale et internationale, une stabilité intérieure relative en Israël, la capacité à neutraliser les fauteurs de troubles et la création des conditions d'un futur processus politique.

Gaza, le Hamas et le plan Trump en 20 points

L'exercice fait apparaître un lien direct entre Gaza et la Judée-Samarie. Aucun processus avec l'Autorité palestinienne ne peut avancer sans l'application du plan en 20 points présenté par Donald Trump pour stabiliser et reconstruire la bande de Gaza. Cela passe par le désarmement du Hamas, le transfert du contrôle civil au comité technocratique chargé d'administrer l'enclave (NCAG) et des réformes de l'Autorité palestinienne pour qu'elle puisse un jour reprendre la responsabilité de Gaza. Tant que le Hamas n'est ni désarmé ni écarté du pouvoir, préviennent les auteurs, il conserve un droit de veto de fait sur tout processus.

L'Autorité palestinienne, maillon faible

Le principal obstacle reste la fragilité des partenaires. Une faiblesse fonctionnelle, une guerre de succession ou un effondrement de l'Autorité palestinienne suffiraient à faire échouer le modèle et à ouvrir un vide dont profiteraient le Hamas ou d'autres groupes extrémistes. Côté israélien, les coalitions instables, les élections à répétition et la pression de certains partis rendent difficile toute démarche graduelle et continue.

Le message adressé au prochain gouvernement israélien

La publication tombe à six jours des élections législatives du 27 octobre, les premières depuis le massacre du 7 octobre 2023. Les auteurs s'adressent explicitement au prochain gouvernement et lui fixent deux chantiers immédiats : réprimer fermement les violences commises par des extrémistes juifs, parallèlement à la lutte contre le terrorisme palestinien, et renforcer l'Autorité palestinienne plutôt que de précipiter sa chute. Selon eux, la tolérance actuelle envers ces violences affaiblit la revendication israélienne de garder la responsabilité sécuritaire, et leur répression aiderait à alléger la pression internationale tout en associant les États arabes modérés.

L'atelier a aussi mis en avant des passerelles entre les scénarios. Une gestion du conflit dotée de véritables objectifs stratégiques pourrait préparer PELS, qui pourrait à son tour ouvrir la voie à un accord global et à un élargissement des accords d'Abraham. Les auteurs alertent sur la tendance inverse : faute de débat public, le plan décisif avancerait déjà sur le terrain sans que l'opinion israélienne mesure le prix d'une réalité à un seul État, qu'ils décrivent comme la perte du caractère juif et démocratique de l'État, l'isolement international, des dommages économiques et une hausse des départs d'Israéliens.

Une prospective, pas une prophétie

Ces résultats doivent être lus pour ce qu'ils sont. Une simulation ne produit que ce que permettent ses hypothèses et ses critères de réussite. Or le modèle PELS est porté par l'INSS depuis mars 2025, et ce sont ses propres chercheurs qui ont fixé les règles du jeu. L'institut rappelle d'ailleurs que les opinions exprimées n'engagent que leurs auteurs. Reste un constat qui dépasse les clivages et que le prochain gouvernement ne pourra pas ignorer : sur trois ans, ne rien décider n'a rien de neutre.

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