Élections en Israël : 810 000 électeurs vivent à l'étranger, un sur neuf selon le Bureau central des statistiques

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Élections en Israël : 810 000 électeurs vivent à l'étranger, un sur neuf selon le Bureau central des statistiques

 

Un électeur israélien sur neuf ne vit pas en Israël. Selon les chiffres publiés par le Bureau central des statistiques à six jours des législatives du 27 octobre, environ 810 000 des 7,3 millions d'inscrits résident à l'étranger. Sans vote par correspondance, ils devront prendre l'avion pour peser sur la 26e Knesset.

Élections en Israël le 27 octobre : 810 000 électeurs, un sur neuf, vivent à l'étranger selon le Bureau central des statistiques. Ils doivent rentrer pour voter.

Par Claudine Douillet

Le chiffre est passé presque inaperçu dans la presse francophone, qui préfère raconter les vols remplis d'Israéliens rentrant glisser leur bulletin dans l'urne. Il est pourtant officiel. Selon les données du Bureau central des statistiques (Lamas) publiées cette semaine et rapportées par Ynet, environ 810 000 Israéliens inscrits sur les listes électorales vivent hors d'Israël. Sur 7,3 millions d'électeurs appelés aux urnes le mardi 27 octobre 2026, cela représente un électeur sur neuf.

Ce scrutin, le premier depuis le massacre du 7 octobre 2023, désignera la 26e Knesset. Il est largement présenté comme un référendum sur le leadership de Benjamin Netanyahou. Dans un paysage où chaque siège compte, cette masse d'électeurs expatriés pèse sur les chiffres, même si la plupart d'entre eux ne voteront pas.

Pas de vote par correspondance pour les Israéliens de l'étranger

Contrairement aux Français établis hors de France, qui votent dans les consulats ou par internet, les Israéliens de l'étranger n'ont pas accès au vote à distance. La loi électorale israélienne réserve le vote hors du territoire à une catégorie très restreinte : les diplomates en poste, leurs familles, certains militaires en mission et quelques émissaires d'institutions nationales. Pour eux, le scrutin a commencé dès le 20 octobre dans les représentations israéliennes à l'étranger.

Tous les autres, qu'ils habitent Paris, Londres, New York ou Berlin, doivent se présenter physiquement le jour du vote dans le bureau où ils sont inscrits en Israël. Concrètement, un électeur installé en France doit acheter un billet d'avion, organiser son séjour et se rendre dans sa ville d'inscription. Ce coût explique pourquoi seule une petite fraction de ces 810 000 inscrits fera effectivement le déplacement.

Un chiffre qui comprend aussi des électeurs fantômes

Le Bureau central des statistiques apporte lui-même une nuance importante. Parmi ces 810 000 personnes figurent probablement des citoyens décédés à l'étranger dont la mort n'a jamais été signalée à l'Autorité de la population et de l'immigration. Le registre électoral israélien conserve en effet tout citoyen tant que son décès n'est pas officiellement déclaré, quelle que soit la durée de son absence du pays.

Le chiffre réel des expatriés vivants et en âge de voter est donc sans doute inférieur. Il reste néanmoins considérable et traduit une réalité souvent sous-estimée : la diaspora israélienne, distincte de la diaspora juive, compte des centaines de milliers de citoyens installés durablement hors d'Israël.

Un taux de participation mécaniquement tiré vers le bas

Cette donnée a une conséquence directe sur la lecture des résultats. Le taux de participation officiel est calculé sur l'ensemble des inscrits, y compris ceux qui vivent à l'étranger et n'ont aucune intention de voter. Plus de 11 % du corps électoral étant hors du pays, la participation affichée apparaît structurellement plus faible qu'elle ne l'est réellement parmi les résidents.

Autrement dit, quand Israël annonce une participation autour de 70 %, la mobilisation des électeurs vivant effectivement dans le pays est nettement supérieure. C'est un biais statistique que les commentateurs oublient presque toujours de rappeler.

Pour mesurer l'enjeu, un siège à la Knesset s'est négocié autour de 40 000 voix lors des derniers scrutins. Quelques milliers de voyageurs mobilisés par un parti peuvent donc suffire à faire basculer un siège, voire à aider une petite formation à franchir le seuil électoral de 3,25 %.

333 000 électeurs de plus en Israël depuis 2022

Les données du Lamas dessinent aussi le portrait de l'électorat résidant en Israël. Depuis les dernières législatives de novembre 2022, le nombre d'électeurs vivant dans le pays a progressé de 5,4 %, soit environ 333 000 personnes supplémentaires.

La répartition par âge montre un électorat relativement jeune : 15,1 % des inscrits résidents ont entre 18 et 24 ans, 27,6 % entre 25 et 39 ans, 31 % entre 40 et 59 ans, et 26,3 % ont 60 ans ou plus.

Un peu plus de 5 millions d'électeurs résidents, soit 77 %, sont juifs, parmi lesquels environ 684 000 ultraorthodoxes. Les électeurs arabes, musulmans, chrétiens et druzes, sont environ 1 159 000, soit 18 %. Environ 346 000 électeurs, soit 5 %, sont classés comme chrétiens non arabes ou sans religion déclarée. Il s'agit pour l'essentiel d'immigrants arrivés au titre de la loi du retour et de membres de leur famille non inscrits comme juifs au registre de la population.

Pourquoi les ultraorthodoxes et les Arabes pèsent moins dans les urnes

Le Bureau central des statistiques souligne un décalage révélateur. Les Arabes représentent 22 % de la population israélienne mais seulement 18 % des électeurs. Cet écart s'explique par une proportion plus élevée d'enfants et de résidents sans droit de vote, notamment à Jérusalem-Est et sur le Golan.

Le même phénomène touche les ultraorthodoxes : 13,9 % de la population, mais 10,5 % des électeurs. La raison est démographique. Avec une natalité très forte, une grande partie de cette population n'a pas encore atteint l'âge de voter. Ce rapport de force électoral évoluera donc mécaniquement dans les prochaines années.

De Metoula à Bnei Brak, une carte électorale contrastée

À l'échelle locale, c'est Metoula, à la frontière libanaise, qui affiche la plus forte proportion d'électeurs : 83,8 % de ses habitants sont inscrits. À l'inverse, Massada, dans le nord du Golan, ferme la marche avec 30,1 %.

Dans la plupart des grandes villes de plus de 100 000 habitants, la proportion d'électeurs oscille entre 70 et 80 %. Bat Yam arrive en tête avec 79,5 %, devant Tel-Aviv-Jaffa (77,4 %), Ramat Gan (77,2 %), Rishon LeZion (76,7 %), Haïfa (76,3 %), Holon (75,6 %) et Beer-Sheva (73,9 %). Trois villes se détachent nettement en bas du classement en raison de la jeunesse de leur population : Jérusalem (39,2 %), Beit Shemesh (47,1 %) et Bnei Brak (50,4 %).

De 506 000 à 7,3 millions d'électeurs en 77 ans

Ces chiffres prennent tout leur relief à l'échelle de l'histoire. Lors de l'élection de la première Knesset en 1949, quand tous les électeurs vivaient en Israël, 506 567 personnes étaient inscrites. Ce nombre a presque doublé dès le scrutin suivant. Après la guerre de Kippour, le pays dépassait les 2 millions d'électeurs, puis atteignait environ 3,4 millions en 1992 et franchissait la barre des 5 millions en 2006.

Aujourd'hui, avec 7,3 millions d'inscrits dont 810 000 hors du pays, Israël voit se dessiner une réalité nouvelle : une communauté de citoyens expatriés suffisamment nombreuse pour peser sur les statistiques nationales, mais privée d'un accès simple au vote. Le débat sur l'ouverture du vote à distance, régulièrement évoqué puis enterré, pourrait revenir au lendemain du 27 octobre.

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