"Certaines entreprises n'ont plus de raison d'exister" : la tech israélienne face au séisme de l'IA

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"Certaines entreprises n'ont plus de raison d'exister" : la tech israélienne face au séisme de l'IA

 

"Certaines entreprises n'ont plus de raison d'exister" : la tech israélienne sous le choc de l'IA

Monday licencie 620 salariés alors que ses résultats sont excellents. Le vrai coupable ne s'appelle ni la conjoncture ni la concurrence, mais l'intelligence artificielle, qui grignote le nombre d'utilisateurs payants chez les clients et fait vaciller tout le modèle du SaaS. Wix, Adobe et Salesforce l'ont déjà appris à leurs dépens. Des investisseurs israéliens racontent qui sera touché, pourquoi, et comment certains comptent y échapper.

Une décision qui ne colle pas avec les chiffres

620 licenciements, soit un salarié sur cinq. Voilà l'annonce qui a secoué Monday la semaine dernière. Sur le papier, rien ne l'explique. Les revenus grimpent. Les prévisions de profit viennent d'être relevées. Alors pourquoi couper aussi sec dans les effectifs et les bureaux ? Parce que les chiffres ne suffisent plus. Ce que redoutent les investisseurs, ce n'est pas le présent de Monday. C'est son avenir.

Le modèle qui a tout changé, et qui s'effondre

Monday a grandi sur une recette simple : le SaaS, ou logiciel à l'abonnement. Le client paie chaque année, en fonction du nombre d'employés qui utilisent l'outil. Plus une entreprise grossit, plus elle paie. Ce revenu récurrent, prévisible, presque garanti, a longtemps été le graal des investisseurs. Aujourd'hui, il devient un boulet.

L'intelligence artificielle change la donne à la racine. Un outil d'IA fait le travail de plusieurs salariés à la fois. Résultat : les entreprises clientes ont besoin de moins d'utilisateurs, donc paient moins d'abonnements. Le revenu des éditeurs de logiciels fond, presque mécaniquement. Et ce scénario, les investisseurs l'ont déjà vu se répéter. Ils n'attendent plus les preuves, ils anticipent le prochain effondrement, quitte à sanctionner des entreprises qui n'ont pourtant rien à se reprocher.

Le point de bascule a eu lieu il y a quelques mois. OpenAI et Anthropic ont lâché des modèles capables d'écrire du code, d'éplucher des contrats juridiques, de remplacer des tâches entières auparavant confiées à des logiciels hors de prix. La liste des victimes s'est allongée vite : Salesforce, qui avait pourtant inventé le SaaS, Zendesk, Adobe, Intuit, et côté israélien Wix, ZoomInfo, Amdocs.

Licencier ne suffit pas à convaincre le marché

Dans les fonds de capital-risque, une certitude circule : l'histoire ne fait que commencer. Chacun a déjà en tête le nom de la prochaine victime, peu importe qu'elle affiche une croissance flamboyante. Le modèle est fissuré, mieux vaut agir avant que la fissure ne devienne un gouffre.

Wall Street vient de le prouver en 2026 : licencier ne rassure pas automatiquement. Tout dépend de la lecture que fait le marché. Chez Monday, qui a licencié tout en relevant ses prévisions de profit, le geste passe pour une bascule offensive vers une technologie plus rentable, et le titre encaisse plutôt bien. Chez Wix ou Amdocs, où les mêmes coupes sont lues comme une fuite en avant défensive face à des revenus qui s'effritent, l'action continue de plonger.

Trois signaux trahissent les prochaines cibles : un ARR, ce fameux revenu récurrent annuel, qui ralentit sans relâche ; une action qui a déjà perdu 30 à 40 % de sa valeur à cause de la menace IA ; une entreprise qui annonce publiquement son passage d'une facturation par utilisateur à une facturation par consommation d'IA. Sur les marchés, l'index est posé sur le bouton vente. Le moindre signal peut déclencher la panique.

Chez les investisseurs israéliens, l'inquiétude sans la panique

Côté fonds israéliens, on ne panique pas, mais on ne dort pas tranquille non plus. Tous s'accordent sur un point : il existe une façon de flairer les start-up qui traverseront la tempête, et une façon de repérer celles qui vont couler.

Maor Friedman, du fonds F2, pointe le vrai problème de Monday : son positionnement "horizontal", c'est-à-dire transversal à tout l'écosystème tech. Ce sont précisément ces entreprises-là qui ont pris le choc de plein fouet, victimes des outils de programmation assistée par IA. Et le plus frappant, dit-il, c'est que la chute du cours ne reflète aucune dégradation réelle des résultats. C'est de la pure anticipation, un marché "extrêmement bruyant" où la moindre annonce fait tanguer les cours, pendant que des capitaux massifs désertent les géants du cloud pour foncer vers les fabricants de semi-conducteurs.

Trouver le logiciel qui remplace l'humain, pas celui qui l'assiste

Alon Hori, de Team8, décrit un réflexe presque pavlovien : chaque nouveau modèle sorti par Anthropic déclenche la même peur chez les investisseurs, convaincus que telle ou telle fonction vendue par une start-up devient soudain inutile. Mais il y a une échappatoire. Si l'entreprise réussit sa propre mue, si elle utilise l'IA pour muscler son service au lieu de se faire dévorer par elle, son modèle tient encore debout. Sinon, l'effondrement est presque automatique, un réflexe de marché plus qu'un verdict rationnel.

Yaniv Golan, de lool ventures, pousse la logique plus loin. Il ne cherche plus les entreprises qui vendent un logiciel par abonnement, mais celles qui visent carrément à remplacer un poste entier. Son exemple est limpide : un comptable, longtemps épaulé par un logiciel SaaS vendu par Intuit, aujourd'hui fragilisée. Une start-up capable de remplacer ce comptable, purement et simplement, l'intéresse infiniment plus qu'une autre qui se contente de l'assister.

Sa thèse d'investissement tient en une phrase : miser non pas sur les entreprises menacées par l'IA, mais sur celles qui fabriquent la menace. Peu importe si le remplacement n'est pas total. Un service dix fois moins cher grâce à l'IA suffit déjà à surfer sur la vague.

Un basculement dont personne ne connaît l'issue

Golan l'admet sans détour : un changement radical est en cours, et personne ne sait précisément où le marché va se stabiliser. Une chose est sûre selon lui, certaines entreprises n'ont plus de raison d'exister, d'autres doivent se réinventer vite pour trouver leur nouvelle place.

Le cas Monday résume tout, selon Hori. L'entreprise reste solide, croissance forte, marge confortable. Mais le marché lui a collé un point d'interrogation géant, parce que toute sa valorisation reposait sur une hypothèse simple : rester une entreprise SaaS classique, avec des clients fidèles et un taux de pénétration élevé. C'est exactement cette hypothèse que l'IA vient de faire exploser.

Quant à la nouvelle tarification par jetons, que Monday teste déjà sur certains services liés à l'IA, Hori n'y voit qu'une étape de transition, pas une solution. Beaucoup dans le secteur jugent ce modèle bancal, et refusent de jouer les VRP gratuits pour Anthropic ou OpenAI.

La question qui hante tous les couloirs de la tech

Personne, parmi les investisseurs interrogés, n'accepte de désigner nommément la prochaine victime. Mais tous confirment que l'épisode est loin d'être clos. Beaucoup d'entreprises, résume Golan, ne se sont pas organisées à temps, ou n'en avaient tout simplement pas les moyens. Friedman tempère malgré tout : des entreprises continuent de croître, IA ou pas, et celles qui lèvent des fonds en progressant restent leaders de leur catégorie. À l'inverse, conclut-il, quand une entreprise arrête de croître, on lui trouve toujours une excuse, l'intelligence artificielle ou autre chose.

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