Judée-Samarie : Eisenkot alerte sur "le bord de l'anarchie " et la perte de contrôle de Tsahal

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Judée-Samarie : Eisenkot alerte sur "le bord de l'anarchie " et la perte de contrôle de Tsahal

Le président du parti Yashar, Gadi Eisenkot, a averti ce lundi matin que la Judée-Samarie se trouvait « au bord de l'anarchie », rendant responsable le Premier ministre Benjamin Netanyahu d'avoir, selon lui, sacrifié l'autorité de Tsahal sur le territoire aux exigences de sa coalition.

Un avertissement lancé depuis la tribune de la conférence Ynet-INSS

C'est lors de la Conférence sur la sécurité nationale, organisée conjointement par Ynet, Yedioth Ahronoth et l'Institut d'études de sécurité nationale (INSS), que Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major devenu chef de file de l'opposition, a livré ce lundi matin l'un de ses réquisitoires les plus directs contre la gestion sécuritaire de la Judée-Samarie. Interrogé par la journaliste politique Moran Azulay, il a déclaré redouter une perte de contrôle du territoire, décrivant une réalité qu'il juge « extrêmement chargée, au bord de l'anarchie », et ce malgré les efforts continus de Tsahal et du Shin Bet pour contrecarrer le terrorisme.

L'ancien chef d'état-major a directement mis en cause le Premier ministre Benjamin Netanyahu, ainsi que le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. Selon lui, Netanyahu aurait, pour des raisons de nécessités coalitionnaires, démantelé de fait l'organisation qui a gouverné la Judée-Samarie pendant des décennies, à savoir Tsahal en tant qu'autorité souveraine sur le terrain.
Il a rappelé que l'administration civile du territoire avait été confiée à Bezalel Smotrich, tandis que la responsabilité policière était revenue à Itamar Ben Gvir. Pour Eisenkot, cette répartition des compétences se traduit aujourd'hui par une perte de contrôle qu'il qualifie de totale, une capacité amoindrie à contrer efficacement le terrorisme, et une application défaillante de la loi et de l'ordre sur le territoire.

Une répartition des compétences ancrée dans les accords de coalition

Il convient de rappeler que cette architecture administrative n'est pas née d'une décision improvisée. Elle découle des accords de coalition conclus fin 2022 entre le Likoud, le Sionisme religieux et Otzma Yehudit, qui ont attribué à Bezalel Smotrich, au sein du ministère de la Défense, l'autorité sur l'administration civile en Judée-Samarie, et créé pour Itamar Ben Gvir un ministère de la Sécurité nationale englobant la police, y compris le district de Judée-Samarie.

Les partisans de cette organisation la présentent comme la mise en œuvre légitime d'un accord politique validé démocratiquement. Ses détracteurs, dont Eisenkot, estiment qu'elle a fragilisé la chaîne de commandement unifiée que Tsahal exerçait auparavant sur le territoire.

Eisenkot a prévenu que des jours très difficiles se profilaient, sauf correction immédiate de cette organisation. Il a appelé le Premier ministre à restituer à Tsahal l'autorité qu'elle exerçait pendant des décennies, et le ministre de la Sécurité nationale à permettre à l'armée de prendre les mesures administratives nécessaires pour écarter les acteurs du terrorisme comme les auteurs de violences commises par des Israéliens.
Selon lui, la clé réside dans la capacité de Tsahal et du Shin Bet à contrer le terrorisme tout en séparant les populations civiles des filières violentes. Il a par ailleurs dénoncé ce qu'il perçoit comme un manque de soutien du gouvernement envers les commandants de Tsahal, allant jusqu'à évoquer des attaques verbales à leur encontre relayées par des porte-voix proches du Premier ministre.

Une conférence dominée par la question de la cohésion interne

La prise de parole d'Eisenkot s'inscrit dans un contexte plus large. Une étude de l'INSS présentée le même jour lors de la conférence a révélé que les conflits violents entre groupes au sein de la société israélienne figurent désormais parmi les menaces jugées les plus graves par l'opinion publique, à égalité avec le risque d'un Iran doté de l'arme nucléaire, chacun recueillant 39 % des réponses lors du sondage de juillet. L'érosion du caractère démocratique d'Israël arrive en troisième position avec 31 %. L'étude souligne également une évolution notable concernant la confiance dans le soutien américain à Israël, la proportion de sondés jugeant probable une perte de ce soutien étant passée de 13 % en février à 26 % en juillet.

Ces données replacent les propos d'Eisenkot dans une préoccupation partagée plus largement par la population, au-delà des clivages partisans, quant à la cohésion interne du pays.

Un discours à resituer dans le contexte électoral

Fondateur du parti Yashar en 2025, Gadi Eisenkot a dirigé Tsahal de 2015 à 2019 avant de rejoindre le gouvernement d'union nationale au lendemain du 7 octobre 2023, poste qu'il a quitté en juin 2024 en signe de protestation contre la gestion de la guerre par Netanyahu.

À l'approche des élections prévues avant le 27 octobre 2026, les sondages le placent au coude-à-coude avec le Likoud, ce qui confère à ses interventions publiques une dimension électorale assumée.

Lors de cette même conférence, il a également abordé d'autres sujets sensibles, notamment l'enrôlement des ultra-orthodoxes dans Tsahal, qu'il conditionne à l'obtention d'une majorité sioniste au Parlement, ainsi que le dossier palestinien, sur lequel il a réaffirmé son rejet de toute création d'un État palestinien tout en critiquant le plan porté par Bezalel Smotrich visant à démanteler l'Autorité palestinienne.

Une polémique parallèle autour d'une vidéo générée par IA

La journée a également été marquée par une controverse distincte, évoquée en marge de son intervention. Une vidéo générée par intelligence artificielle, publiée sur les comptes du Premier ministre, a suscité de vives critiques après que certains y ont vu une allusion au fils d'Eisenkot, tombé à Gaza pendant la guerre. Interrogé à ce sujet, Eisenkot a exprimé son indignation sans pour autant détailler d'accusation nominative précise, renvoyant la responsabilité à l'entourage du Premier ministre.

Ce qu'il faut retenir

Les déclarations de Gadi Eisenkot traduisent une inquiétude réelle, partagée au sein de larges pans de l'opinion publique israélienne, quant à la stabilité sécuritaire de la Judée-Samarie. Elles s'inscrivent toutefois dans un contexte électoral où l'ancien chef d'état-major se positionne en principal rival de Benjamin Netanyahu. La répartition des compétences qu'il dénonce résulte d'accords de coalition conclus démocratiquement, et son évaluation de leurs conséquences sur le terrain reste, à ce stade, une lecture politique parmi d'autres, que les prochains mois et les résultats électoraux permettront de confronter aux faits.

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