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"Israël a des cartes que le monde sous-estime"

Wiz vendu 32 milliards à Google : les frères Costica face à face. L'exit du siècle 

Deux frères, une trajectoire familiale hors norme. Yinon Costica est cofondateur et vice-président produit de Wiz, la start-up de cybersécurité vendue cette année à Google pour 32 milliards de dollars.
Son frère Yotav a quitté la direction des fonds communs de placement de la société Mor pour créer AFO, le family office chargé de gérer les fruits de cet exit historique. Les deux hommes se sont retrouvés face à face lors de la conférence de la croissance organisée par le quotidien économique Calcalist et la banque Mizrahi Tefahot.

La modératrice ouvre d'emblée sur l'énigme familiale : comment élève-t-on des enfants pareils ?

Yinon : «Nous étions des précurseurs. Nous préparions nos propres repas au micro-ondes, mais nous avons grandi dans une famille qui valorisait le travail acharné, l'éducation et l'excellence. Notre mère a immigré de France à l'âge de 21 ans ; ingénieure de profession, son attachement à la technologie et sa fierté d'être en Israël nous ont inculqué le désir de construire quelque chose ici.»

Yotav : «Grandir aux côtés de Yinon n'était pas facile. Chez nous, les notes devaient être quasi parfaites. La discipline et le sens des responsabilités étaient omniprésents, mais on ne nous a jamais appris à courir après l'argent ou une carrière. On nous a appris à faire ce que nous aimons, à nous épanouir et à nous soutenir mutuellement.»

"Comme un enfant dans un magasin de bonbons"

Depuis que Wiz a intégré l'écosystème Google, Yinon Costica ne cache pas son enthousiasme. «La connexion avec Google est stupéfiante. C'est la sensation d'un enfant dans un magasin de bonbons.» Wiz, qui s'est d'abord imposée dans la sécurisation des environnements cloud, a amorcé son virage lors de la révolution de l'intelligence artificielle. «Nous avons compris que l'étape suivante était d'aider les entreprises à sécuriser ce qu'elles développent avec l'IA, mais aussi à les protéger contre des attaquants qui utilisent eux-mêmes l'IA

L'intégration à Google n'a pas signifié la dissolution : Wiz conserve son autonomie opérationnelle et continue de protéger l'ensemble des clouds et des modèles, toutes plateformes confondues. Mais l'accès aux équipes qui développent les modèles eux-mêmes change la donne. «Nous avons désormais accès à la recherche, aux ressources d'ingénierie, et la capacité d'influencer l'avenir des modèles que nous utilisons tous. C'est une période extrêmement excitante.»

L'IA, moteur de croissance ou machine à licenciements ?

La conférence n'a pas esquivé la question qui agite tout le secteur technologique israélien : l'IA va-t-elle détruire des emplois ? La gouverneure de la Banque d'Israël avait estimé plus tôt dans la journée que 30 % des salariés de la high-tech pourraient être mis sur le carreau.
Yinon Costica prend de la hauteur. «Quand on parle de licenciements, il faut se souvenir qu'il s'agit de personnes. Chaque personne licenciée a l'impression que son monde s'effondre. Mais parallèlement aux entreprises qui réduisent leurs effectifs, il y a une quantité massive de start-ups en pleine croissance. Des entreprises qui comptent dix personnes aujourd'hui en auront cent ou mille dans un an.»

Sa conviction va plus loin : chaque entreprise, des banques aux hôpitaux en passant par les caisses maladie, peut se reconstruire autour de l'IA.
«Une entreprise qui investira correctement dans une stratégie IA peut devenir un leader technologique en l'espace d'un an. Cela efface aussi les écarts. Si une entreprise n'y pense pas encore, elle est déjà en retard.»

Sur la question du recrutement, son parti pris est tranché : «Dans mon équipe, il y a surtout des juniors. Je crois vraiment dans les jeunes talents. L'unité 8200 repose sur des jeunes qui génèrent des révolutions technologiques à chaque promotion, tous les trois ans. Je recommande à tout le monde de faire pareil.»

Yotav : "Les opportunités sont folles"

Son frère, depuis le poste d'observation du family office, lit différemment les mêmes signaux. Les marchés boursiers traversent une zone de turbulences, les valeurs logicielles chutent, mais Yotav Costica refuse le catastrophisme. «En bourse, il faut être optimiste. Les titres parlent d'effondrement des entreprises technologiques, mais dans chaque crise il y a des opportunités. Pendant le Covid, ceux qui se sont focalisés uniquement sur ce qui fermait ont raté la révolution du travail à distance.»

Sa thèse de fond : les géants de la tech s'apprêtent à investir mille milliards de dollars dans des data centers. Cet argent va irriguer les semi-conducteurs, l'énergie et de nombreux secteurs connexes. «L'IA est le moteur de croissance le plus puissant depuis l'invention d'Internet. Il y a ici des opportunités folles.»

Interrogé sur la correction boursière des dernières semaines, Yotav relativise : «Quand un peu d'air sort du marché, c'est un processus sain. On ne peut pas regarder une seule semaine, il faut regarder les tendances de long terme. La Bourse israélienne elle-même s'est transformée : d'une place dominée par la pharma et les produits chimiques, elle est devenue bien plus pertinente dans l'univers de l'IA, avec de plus en plus de sociétés de semi-conducteurs intégrées à l'écosystème mondial

Un family office, un nouveau défi

Quitter un poste de direction dans la gestion d'actifs pour gérer les fortunes issues de l'exit Wiz n'était pas une évidence. «Ne me jalousez pas. C'est aussi une start-up. On commence de zéro et on construit une infrastructure.»
L'ambition d'AFO dépasse la simple conservation du capital : ouvrir des portes aux jeunes start-ups israéliennes, s'exposer à de nouveaux secteurs, des industries de défense à l'énergie. «Israël est un endroit très intéressant pour investir. C'est un défi immense et une responsabilité énorme.»

Yinon, lui, préfère rester concentré sur le produit et laisse volontiers son frère gérer l'argent. «J'étais content qu'il s'en occupe et pas moi. Il nous a été difficile de le convaincre de quitter son poste précédent.» Mais sur le fond, les deux frères convergent : Israël a des cartes à jouer que beaucoup sous-estiment encore, et le moment d'y croire, c'est maintenant.

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