Rencontre littéraire : ROZEBUD Autoscopie des images Isabelle Rozenbaum -vidéo-

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Rencontre littéraire : ROZEBUD Autoscopie des images Isabelle Rozenbaum -vidéo-


ROZEBUD Autoscopie des images Isabelle Rozenbaum

Rencontre littéraire : ROZEBUD Autoscopie des images Isabelle Rozenbaum -vidéo-

Rencontre littéraire : ROZEBUD Autoscopie des images Isabelle Rozenbaum -vidéo-


Il y a des livres qui ne se lisent pas ils se vivent. Rozebud, d'Isabelle Rozenbaum, photographe et artiste, est de ceux-là. Un livre-blessure.
Un livre-mémoire. Une plongée vertigineuse dans l'histoire d'une famille juive ashkénaze, hantée par la Shoah, traversée par la résistance, habitée par l'art.
Rencontre avec une femme qui a choisi d'ouvrir, enfin, sa boîte de Pandore.

La forme comme acte

Dès les premières pages, le lecteur est saisi. Isabelle Rozenbaum ne raconte pas sa vie elle se la dit, à la deuxième personne du singulier, ce « tu » intime et déstabilisant emprunté à Roland Barthes. Un choix qui n'est pas anodin.

Claudine Douillet — Pourquoi avoir choisi le « tu » pour vous parler de vous-même ?

Isabelle Rozenbaum — J'ai choisi le « tu » car ce pronom m'a permis une introspection à distance comme de nommer plus clairement les zones sensibles qui résistaient encore.
Avec le « tu », quelque chose me poussait à fouiller mon enfance, à réfléchir plus en profondeur sur les archives de ma famille ainsi qu'à me repositionner face au Désastre.

Le « Désastre » avec sa majuscule chargée d'histoire. C'est ainsi qu'Isabelle Rozenbaum désigne la Shoah tout au long du livre. Pas de détour, pas d'euphémisme : une désignation directe, absolue. Car cette histoire est la sienne non pas vécue, mais transmise, inscrite dans les corps, dans les silences, dans les prénoms mêmes.

Mémoire vive

Ses deux grands-pères ont été déportés. Joseph à Auschwitz, Dachau et Waldlager. Israël, dont elle ne connaîtra l'histoire que par bribes et par rêves. Elle-même se rend un jour à Auschwitz-Birkenau et ce qu'elle y voit la révolte.

Claudine Douillet — Où se situe selon vous la frontière entre devoir de mémoire et voyeurisme ?

Isabelle Rozenbaum — Photographier pour moi est un acte responsable, réfléchi, et bien évidemment, créateur. Oui, constater que des groupes de visiteurs aient plaisir à se prendre en photo devant les baraquements où des femmes et des hommes ont été traités comme des bêtes ou encore sous l'inscription « Arbeit macht frei »  m'a choquée. Auschwitz-Birkenau est devenu un lieu de tourisme de masse, parfois traversé par une forme de Spectacle déconnectée de la véritable réalité : celle de la barbarie pure et simple.

« Les touristes sont comme des fourmis : ils emportent miette par miette mais sans relâche la signification des choses. » Imre Kertész, cité par Isabelle Rozenbaum

Ce jour-là, Isabelle ne photographie pas. Elle marche, elle nomme les morts de sa famille, elle pleure. Puis elle passe sous les barbelés — refusant de rebrousser chemin par où elle était venue. Un geste symbolique, une délivrance. Car dans Rozebud, le corps dit toujours ce que les mots ne peuvent pas.

Claudine Douillet — Le corps est omniprésent dans le livre ; pouce blessé, nausées, saignements dans le train vers Varsovie. Est-ce que le corps est le lieu où la mémoire traumatique se loge ?

Isabelle Rozenbaum — Le corps est le lieu où la mémoire psychique s'inscrit. Ma série photographique, Le Ça, montre les traces encore présentes de ce pouce blessé dès l'enfance, que je ne cesse de ronger et de maltraiter comme ce rappel du Désastre en moi.

 Être soi  contre tout

Ses parents attendaient un garçon. Le prénom était prêt : Israël celui du grand-père paternel déporté. Elle est née fille. On l'a appelée Isabelle. Mais Isabelle vient de l'hébreu Elisheva prénom biblique, prénom juif. L'effacement était illusoire dès la naissance.

Claudine Douillet — Dans le livre, vous refusez très tôt les assignations féminines imposées robes, talons, maquillage. Est-ce que Rozebud est aussi l'histoire d'une construction de soi contre les cases qu'on vous avait destinées dès la naissance ?

Isabelle Rozenbaum — Rozebud est une biofiction qui ne s'érige pas contre les déterminismes, mais qui accepte au contraire la notion de déterminisme ontologique développée par Baruch Spinoza dans l'Éthique : « La liberté est la conscience du fait que tout est déterminé. »
J'ai accepté d'être enfant de survivants de la Shoah et d'en porter l'histoire.
L'écriture de ce livre participe de cette acceptation.
Mon travail artistique est né de cette traversée : l'art en a été la mutation possible.

En vous prénommant Isabelle, dont l'origine est Elisheva prénom hébraïque biblique —, ses parents croyaient l'assimiler. Mais ils lui avaient donné, sans le savoir, une identité aussi profondément juive qu'Israël. Le destin a la mémoire longue.

Claudine Douillet — En vous prénommant Isabelle dont l'origine est Elisheva, prénom hébreu  vous n'échappiez pas à votre destin.

Isabelle Rozenbaum — Lors d'un voyage en Israël, j'ai choisi un « carré magique » calligraphié à la main de 10 x 10. En découvrant la valeur numérique de ces lettres, le nombre 505 est apparu nombre symboliquement associé à un « don de Dieu ». Échappe-t-on vraiment à son destin ? Bien sûr que non, comme l'avait compris Spinoza dans l'Éthique…

L'invisible

Personne ne savait qu'ils étaient deux dans le ventre maternel. Elle est née seule, aux forceps. L'autre n'a pas survécu. Et pourtant, cet « invisible frère jumeau » traverse tout le livre  présence métaphysique, part manquante, voix qui observe l'Artiste dans la deuxième partie du récit.

Claudine Douillet — Vous parlez d'un « invisible frère jumeau ». S'il était né vivant, son prénom aurait été Israël. Et vous, en tant que fille ?

Isabelle Rozenbaum — Mes parents ne savaient pas que nous étions deux dans le ventre maternel. Je suis née seule, au forceps. Ils m'ont appelée Isabelle  un prénom qui contient celui de mon père, Abe, et celui de ma mère, Bella. Je fais référence à un invisible frère jumeau, une « part manquante », une présence métaphysique qui met ce manque en mouvement. Cette notion a donné naissance au projet Image manquante, conçu comme un carré magique composé de 23 séries photographiques.

Isabelle contient Abe et Bella. Le prénom comme palimpseste les parents inscrits dans l'enfant, l'histoire familiale logée dans les syllabes. Et cette « image manquante » qui devient le moteur de toute une œuvre photographique. On ne sort pas indemne de Rozebud.

Être juive et fière

Claudine Douillet — Quel rapport entretenez-vous avec votre identité juive ?

Isabelle Rozenbaum — Je suis juive d'origine ashkénaze  et fière de l'être !
J'habite cette identité dans un sens profondément laïc, étant héritière de la culture et des idées philosophiques de la Mitteleuropa, de penseurs tels que Günther Anders et Hannah Arendt qui incarnent, à mes yeux, cette pensée critique dont je me sens profondément issue.
C'est dans cette filiation précise que je situe mon identité. Sans oublier, évidemment, le gefilte fish !

Le gefilte fish la carpe farcie de sa grand-mère Ruchla, qu'elle détestait jusqu'à ses 18 ans et qui revient comme un fil conducteur tout au long du livre.
La mémoire a ses saveurs.
Et ses contradictions. C'est peut-être cela, aussi, Rozebud : une réconciliation avec ce qu'on a longtemps refusé de soi.

« Peut-être Rosebud est-il quelque chose qu'il désirait et qu'il n'a jamais eu, ou quelque chose qu'il a perdu  mais cela n'aurait pas tout expliqué. »  Orson Welles

Rozebud est publié aux Éditions du Canoë (2026). L'œuvre photographique d'Isabelle Rozenbaum est visible sur d-fiction.fr.

 

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Rozebud sera en librairie à partir du 16 juin.

Une signature à Paris, est prévue le 24 juin à la Librairie La Petite Egypte, 

et le 25 juin à la Galerie-Librairie MAP à Bordeaux, et le 7 juillet à la Librairie du Palais à Arles.

Claudine Douillet Magazine Alliance

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