“Je vis en enfer” : le cri de Yarden Bibas après la disparition de sa famille par le Hamas -vidéo-

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“Je vis en enfer” : le cri de Yarden Bibas après la disparition de sa famille par le Hamas

"Chaque soir, je cherche mes étoiles"

Il a fallu plus d'un an. Un an de silence, de mots ravalés, de douleur portée seul. Et puis, depuis son nouveau foyer sur le plateau du Golan cette maison qu'il avait choisie pour y construire une vie avec Shiri, Ariel et Kfir Yarden Bibas a enfin parlé. Dans un entretien exclusif diffusé ce samedi soir sur la Chaîne 13, il a livré l'un des témoignages les plus bouleversants depuis le 7 octobre. Non pas sur la captivité. Sur l'après.

"Le pire, c'est aujourd'hui"

Yarden Bibas est rentré de Gaza il y a un an et trois mois. Libéré. Vivant. Et pourtant :
"La captivité ne m'intéresse pas. Ce n'est pas la chose la plus terrible qui me soit arrivée dans la vie, et ce n'était pas l'enfer parce qu'aujourd'hui, sans eux, je suis en enfer." Cette phrase dit tout. Elle dit que la libération n'est pas une délivrance. Que rentrer sans les siens, c'est une autre forme de captivité, invisible, permanente, insupportable.

Il se souvient des instants où il ne voulait pas être libéré, tétanisé à l'idée d'affronter la réalité : "Il y avait des moments où je ne voulais pas sortir, parce que j'avais peur de devoir faire face." La peur de quoi ? De la vérité. De ces trois visages absents.

Le matin du 7 octobre : "J'étais prêt à mourir ce jour-là"

Yarden reconstitue avec une précision terrible les premières minutes de ce samedi matin. Les terroristes percent la porte de la pièce sécurisée. Il regarde Shiri. Une seule question : "On se bat ou on se rend ?" Elle répond : "On se rend." Il ouvre la porte.
Quelque chose en lui murmure qu'il va mourir. Alors il tire "comme un fou" en direction de l'entrée. "J'étais prêt à sacrifier ma vie ce jour-là."

Mais avant de sortir, une dernière chose. Un geste qu'une scène antérieure avait gravé en lui comme une blessure : quelques jours avant le massacre, Shiri lui avait dit, alors qu'il partait travailler après une dispute  comme en vivent tous les couples  : "Yarden, peu importe pour quoi on s'est disputés, peu importe si tu es en colère, tu ne sors pas de cette maison sans me donner un baiser." Il lui avait promis que cela n'arriverait plus.
Et ce matin-là, quand le terroriste lui a ordonné de sortir, il a dit : "Une seconde. Un baiser." Le terroriste a acquiescé. Il les a embrassés tous les trois.

"Les Hamas m'ont dit qu'ils étaient morts. J'ai choisi de ne pas les croire"

Pendant sa captivité, ses geôliers lui annoncent que sa famille n'est plus en vie. Il manque de s'effondrer. Puis quelque chose se réveille en lui  non pas le déni, mais le calcul. Il commence à apprendre leur langue, à étudier leurs intonations, leurs regards, pour déceler le mensonge.
"Il y avait des passages où j'avais l'impression qu'ils mentaient vraiment. Et c'est ce qui m'a maintenu." La conviction que Shiri, Ariel et Kfir étaient vivants quelque part n'était pas une illusion c'était une stratégie de survie.

Shiri : "Elle était les 90 % de ce que j'étais"

À l'hôpital Sheba, à peine libéré, il tombe sur les photographies de la captivité de sa femme et de ses enfants. Il ne reconnaît pas Shiri dans cette image cette image devenue symbole d'une guerre entière. "J'ai pensé qu'il était important que les gens sachent qui elle était vraiment. Parce qu'elle n'est pas cette photo elle est tellement plus que ça."

Il parle d'elle avec une tendresse qui brise la voix : "Je ne savais pas qu'on pouvait aimer quelqu'un à ce point. Quand on dit 'ma moitié', elle était bien plus que ça — elle était les 90 %, et moi les 10. Tout ce que j'ai fait de bien venait d'elle."

Ariel, lui, avait "un caractère très fort". Quand il ne pouvait pas atteindre quelque chose, il cherchait un moyen, puis un autre, et s'il échouait encore, il appelait un ami plus grand pour l'aider. Et Kfir. On n'en saura pas davantage certaines choses ne se disent pas, elles se portent.

"Je tue le temps, et le temps me tue"

Chaque nuit, Yarden Bibas sort et lève les yeux vers le ciel. Il cherche trois étoiles, côte à côte. Il leur dit qu'il les aime. "Je sais que je n'ai aucun droit sur ces étoiles. Mais pour moi, ce sont les miennes. Quand toute la journée je me sens perdu, si pendant une seconde, le soir, je sais ce que je cherche ça me donne un moment de paix. Une seconde où je sens qu'ils sont là."

Le reste du temps, tout est combat. "Quand on me demande comment je vais, c'est ce qui m'énerve le plus parce que ça m'oblige à mentir ou à sourire d'un sourire faux." Il ne dort pas, ou presque : "Aller se coucher, c'est s'endormir, et se réveiller pour un nouveau jour où il faut tout recommencer." La guerre, dit-il, se passe dans sa tête, en permanence. Épuisante. Ininterrompue.

Il cite un vers que Shiri aimait : "Lord, I'm just killing time, time's killing me." "C'est comme ça que je vois ma vie maintenant. Je tue le temps, et le temps me tue. Parce que chaque minute sans eux quelque chose en moi meurt."

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