Combattantes au front, coupables en civil : la dérive orthodoxe qui punit les soldates israéliennes

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Combattantes au front, coupables en civil : la dérive orthodoxe qui punit les soldates israéliennes

ISRAËL · ARMÉE

Jeans et débardeur le jour de la démob : trois soldates israéliennes condamnées à l'amende pour « tenue indécente »

Après deux ans de service militaire, elles venaient chercher leur libération. Elles en sont reparties avec une amende de 1 200 shekels l'équivalent de leur dernière solde. Le scandale enflamme l'opinion israélienne.

Lundi matin, dans un camp de base de Tsahal. Quatre jeunes femmes arrivent en civil pour accomplir le dernier geste symbolique de leur service : la coupure du ceinturon.
Elles portent un jean, un débardeur, une veste. Rien d'extravagant. Mais au lieu de la libération attendue, c'est un tribunal disciplinaire qui les attend.

Sur les quatre soldates venues se faire démobiliser, trois ont été traduites en justice au motif de leur tenue vestimentaire. Chacune a écopé d'une amende de 1 200 shekels. Israel Hayom Une somme qui, selon la mère de l'une d'elles, correspond exactement à la dernière paie de sa fille celle qui était destinée à financer le voyage traditionnel de l'après-armée.

C'est cette mère, Shira Kuperman, qui a mis le feu aux poudres en publiant un post virulent sur Facebook. Elle y décrit une officière supérieure transformant ce moment de fête en « procès-spectacle », humiliant les jeunes femmes avec des formules condescendantes : « Je suis déçue de toi », ou encore « Si je pouvais, la sanction serait… »

Tsahal a répondu que « l'incident s'est déroulé dans une base de formation de la Military Police, consacrée à la discipline et à l'éducation militaire », et que « l'apparence des commandantes constitue une violation des règlements en vigueur » Maariv  précisant que la possibilité de faire appel reste ouverte.

La question que tout le monde se pose, posée par la mère elle-même, est simple et cinglante : des soldats hommes venus en tenue similaire auraient-ils subi le même sort ?

Ce n'est pas un cas isolé. La Lobby des femmes en Israël gère depuis plusieurs années une ligne d'assistance dédiée aux soldates victimes de règles de "modestie imposées" de façon abusive Mako, avec des dizaines de plaintes documentées.

Deux ans de service, des sacrifices, des missions. Et pour finir, une amende et une humiliation. Tsahal a un sérieux problème à régler pas avec les jeans, mais avec l'égalité.

La réaction politique est immédiate et forte

Des députées de la Knesset ont vivement réagi, qualifiant la sanction de « punition sans autorité légale » et avertissant contre ce qu'elles appellent « une révolution conservatrice et religieuse qui s'infiltre rampante dans les rangs de l'armée ». La députée Naama Lazimi a déclaré : « Sanctionner des soldates le jour de leur libération à cause de leur tenue civile, c'est de la folie et rien de moins qu'une régression rétrograde qu'il faut stopper. » Israel Hayom

Ce n'est pas un incident isolé c'est un phénomène documenté

Depuis plusieurs années, le Réseau des Femmes en Israël documente des dizaines de témoignages de soldates soumises à des règles de « modestie » absurdes : interdiction de porter des chemises blanches, interdiction de retirer leur soutien-gorge, voire interdiction de fumer en présence de soldats pour ne pas constituer une « tentation féminine » pour les soldats religieux.

Parmi les cas signalés : des monitrices de sport physique interdites de démontrer des exercices sur leur propre corps en présence de soldats religieux ; l'obligation de porter un short par-dessus un collant lors des entraînements ; l'interdiction des chemises blanches, au motif qu'elles pourraient être transparentes. Mako

Une tension structurelle entre féminisation et orthodoxisation de l'armée

Depuis que la Cour suprême israélienne a ordonné en 1995 l'intégration des femmes dans toutes les unités, la montée en puissance des soldats religieux qui exigent des accommodements comme des quartiers séparés et des règles de modestie imposées aux femmes  a généré une colère croissante dans la société israélienne laïque. 

En 2002, Tsahal avait adopté une « Ordonnance d'intégration correcte » encadrant le service mixte, mais les soldates se sont rapidement plaintes que ce texte était détourné pour restreindre leurs opportunités. En 2016, une nouvelle ordonnance a réaffirmé le droit des femmes à servir, tout en permettant aux soldats religieux de demander à être affectés dans des unités exclusivement masculines.

Le contexte paradoxal : des femmes en première ligne, sanctionnées en jeans

En 2025, environ 8 500 soldates servaient dans des rôles de combat à Tsahal  une hausse de près de 240 % par rapport à 2015 représentant 21,2 % des troupes de combat. The Times of Israel Des femmes qui combattent, mais qui ne peuvent pas choisir leur tenue civile le jour de leur démobilisation.

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