BA MIKLAT - BAT-YAM — Épisode 2 bis

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BA MIKLAT - BAT-YAM — Épisode 2 bis

BA MIKLAT - BAT-YAM — Épisode 2 bis

7h27, 8h30, 9h30, 10h38 10h53. Et on recommence.

Cinq alertes depuis ce matin.
On compte maintenant. C'est devenu une façon de mesurer le temps pas en heures, pas en jours, en alertes.

Celle de 10h53, je sors de l'appartement. Les voisins sont déjà dans le couloir, vissés à leurs portables, ce rectangle lumineux qui est devenu à la fois notre lien avec le monde et notre baromètre d'angoisse. Certains ne lèvent même pas les yeux quand j'ouvre la porte.

Je décide de descendre. Trois étages jusqu'au miklat. Le stress et le sport en même temps je me dis que ça doit faire quelque chose de bien à l'organisme. On se raconte ce qu'on peut.

Je m'arrête sur les marches du miklat, juste à l'entrée. Pas à l'intérieur il faut que je reste connectée. Le smartphone capte encore là. C'est mon compromis : un pied dans l'abri, un œil sur l'écran.

Les explosions arrivent.

Impressionnantes. Le genre qui fait que le corps répond avant la tête  une contraction, une seconde suspendue. Je suis presque certaine que c'est tombé sur Bat Yam. Encore.

C'est là que je remarque l'homme.

Il se tient devant l'ascenseur, porte fermée, intérieur éteint. En panne aujourd'hui. Il regarde la porte comme si elle allait changer d'avis, puis se tourne vers moi.

— Comment on fait pour monter au cinquième ?

Je le regarde. Un battement. Et je lui montre les escaliers le geste le plus sobre que j'aie fait de la journée.

— Je me suis fait opérer du genou il y a cinq mois, dit-il. C'est compliqué.

— Pas le choix.

Je le dis sans méchanceté. C'est juste vrai. Pas le choix est devenu la phrase la plus honnête de cet immeuble.

Je remonte la première. Il me suit, lentement, une main sur la rambarde. Au deuxième étage, un voisin qui le connaît le voit arriver et lance, avec ce ton mi-moqueur mi-affectueux qu'ont les gens qui traversent les mêmes choses :

— Super ! Tu fais ta rééducation !

L'homme au genou sourit malgré lui.

— Pas le choix.

Il arrivera au cinquième. Mais je ne suis pas certaine qu'il redescende à la prochaine alerte. Et personne ne lui en voudra.

Dans cet immeuble, pas de pièce sécurisée individuelle. Pas de mamad chez soi, ce luxe des constructions récentes. Ici, il y a les cages d'escalier et le miklat plusieurs étages plus bas. C'est tout.

Alors les personnes âgées ne descendent pas. Elles ne peuvent pas même quand l'ascenseur fonctionne, même quand les jambes suivent encore à peu près. L'aller-retour est trop. Alors elles se postent dans la cage d'escalier, dos au mur porteur, parce qu'on leur a dit que les murs porteurs résistent.

Je les regarde et je ne dis rien.

Parce que pour avoir vu des images d'immeubles soufflés, je n'ai honnêtement jamais remarqué que les escaliers étaient restés debout, eux. Ce que je sais, c'est qu'un missile ne fait pas dans le détail. Que tout s'effondre. Que les vieux bâtiments  ceux qui font le charme de cette ville, ces façades fatiguées et belles de Bat Yam tombent d'un seul coup, sans négocier.

Mais voilà. Il y a ce qu'on sait et ce qu'on peut faire avec ce qu'on a.

Et ce qu'on a, c'est un mur porteur et des Téhilim.

Le missile est finalement tombé à l'embranchement du périphérique à la sortie de Bat-Yam

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