Le piège du pétrole vénézuélien : le destin funeste des pays qui sortent du pétrodollar

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Le piège du pétrole vénézuélien : le destin funeste des pays qui sortent du pétrodollar

Il possède plus de pétrole que l’Arabie saoudite. Assez, sur le papier, pour financer un État prospère pendant des décennies. Et pourtant, le Venezuela s’est effondré.

Pas par manque de ressources, mais parce que son pétrole est devenu un piège : trop lourd pour être rentable, trop stratégique pour être ignoré, trop encombrant pour être laissé libre.

Derrière le récit officiel de la corruption et des sanctions se cache une réalité plus dérangeante, où géologie, industrie et monnaie mondiale se heurtent frontalement.

Car lorsque l’on observe le sort réservé aux pays qui ont tenté de s’affranchir du pétrodollar, une question s’impose : le Venezuela est-il un accident… ou un avertissement ?

Venezuela 2026 : comment les plus grandes réserves de pétrole au monde ont mené à un fiasco économique total

Le Venezuela, autrefois l’un des pays les plus riches d’Amérique latine grâce à son or noir, est aujourd’hui devenu un symbole mondial de chaos économique, énergétique et géopolitique. Avec 303 milliards de barils de réserves prouvées, selon les chiffres consolidés de l’OPEP et de l’Agence internationale de l’énergie, le pays devance officiellement l’Arabie saoudite et concentre environ 17 à 19 % des réserves mondiales. Ce chiffre, à lui seul, devrait faire du Venezuela un acteur central de l’économie mondiale de l’énergie.

Pourtant, en janvier 2026, la production nationale oscille péniblement entre 860 000 et 1 million de barils par jour, contre plus de 3 millions dans les années 1990.
Un effondrement historique.
Comment un pays assis sur la plus grande réserve pétrolière de la planète a-t-il pu sombrer aussi bas ? L’explication est moins simple – et moins idéologique – qu’on ne le prétend.

Elle se situe à l’intersection d’une géologie ingrate, d’une destruction industrielle méthodique, de sanctions internationales et d’un bouleversement géopolitique mondial.

303 milliards de barils… mais une réalité géologique brutale

Le Venezuela détient bien les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, principalement concentrées dans la ceinture de l’Orénoque.
Mais ce chiffre, martelé depuis des années, masque une réalité rarement expliquée au grand public. La quasi-totalité de ce pétrole est extra-lourd, voire bitumineux, avec une densité extrêmement faible, proche du bitume. Il ne s’agit pas d’un brut léger facile à extraire et à raffiner comme en Arabie saoudite, mais d’un hydrocarbure parmi les plus complexes au monde.

Ce pétrole ne peut pas être exporté tel quel. Il doit impérativement être dilué avec des hydrocarbures légers ou transformé dans des unités industrielles très spécifiques.
Or, le Venezuela ne produit plus suffisamment de diluants, ses raffineries sont délabrées, ses unités d’upgrading sont partiellement ou totalement à l’arrêt, et les sanctions internationales bloquent l’accès aux produits et technologies nécessaires.

Dans ces conditions, un paradoxe brutal s’impose : dans de nombreux cas, le coût de raffinage et de transformation du pétrole vénézuélien dépasse le prix auquel il est vendu sur le marché.

Des réserves “prouvées” qui ne sont pas toutes exploitables

C’est un point central, rarement assumé dans le débat public.
Des cabinets indépendants comme Rystad Energy estiment que, dans les conditions techniques, financières et politiques actuelles, les réserves réellement exploitables pourraient n’atteindre que quelques dizaines de milliards de barils, loin des 303 milliards officiellement affichés.
Relancer une production à hauteur de 3 millions de barils par jour supposerait des investissements colossaux, compris entre 100 et 180 milliards de dollars, un montant hors d’atteinte pour un État exsangue, privé d’accès aux marchés financiers internationaux.

PDVSA : l’autodestruction d’un fleuron industriel

À cette contrainte géologique s’ajoute l’effondrement interne de PDVSA, autrefois fleuron industriel du pays.
Depuis le début des années 2000, la compagnie nationale a été progressivement vidée de ses compétences, minée par la corruption, le clientélisme et les détournements massifs.

Les purges internes, notamment après la grève de 2002-2003, ont provoqué la fuite de milliers d’ingénieurs et de cadres expérimentés. Les infrastructures pétrolières, souvent âgées de plus de quarante ans, souffrent d’un manque chronique de maintenance. Explosions, incendies, arrêts non planifiés et fuites se sont multipliés.
Le Venezuela n’a pas seulement perdu sa capacité de production, il a perdu son capital humain industriel, irremplaçable à court terme.

Sanctions américaines : le verrouillage d’un effondrement déjà engagé

Les sanctions américaines, imposées à partir de 2017 puis renforcées, ont joué un rôle décisif mais souvent mal interprété. Elles n’ont pas créé le problème, elles l’ont verrouillé.
En coupant PDVSA de l’accès aux financements, aux technologies et aux diluants indispensables, elles ont figé un déclin déjà engagé et transformé une crise structurelle en asphyxie totale. Depuis, le pays est contraint de vendre son pétrole avec des décotes massives, via des montages logistiques complexes et coûteux.

Dédollarisation : une contrainte, pas une révolution idéologique

C’est dans ce contexte qu’apparaît la question de la dédollarisation. Contrairement à un récit désormais répandu, le Venezuela n’a pas quitté le dollar par choix idéologique. Il en a été progressivement exclu.
Privé d’accès au système financier occidental, le pays a dû accepter des paiements en yuans, en euros, en roubles, voire en cryptomonnaies, principalement dans le cadre de ses échanges avec la Chine.
Cette dernière absorbe aujourd’hui la majorité des exportations vénézuéliennes, souvent à prix cassés. Il ne s’agit pas d’un projet stratégique de rupture avec le pétrodollar, mais d’une économie de survie sous sanctions.

Le Venezuela a bien sollicité son adhésion aux BRICS et s’inscrit dans la rhétorique d’un monde multipolaire. Mais il n’en est pas membre. Sa candidature a été bloquée, notamment par le Brésil, et il reste en marge des mécanismes financiers centraux de cette coalition. Là encore, la réalité est moins spectaculaire que le récit.

Le pétrodollar : un système fissuré, mais toujours dominant

Le système du pétrodollar, issu des arrangements stratégiques des années 1970 entre Washington et Riyad, continue de structurer l’essentiel du commerce énergétique mondial.
Le dollar demeure la monnaie dominante dans environ 80 % des transactions pétrolières. Des fissures apparaissent, certes : la Russie, l’Iran, la Chine développent des circuits alternatifs, des systèmes de paiement parallèles émergent, des règlements bilatéraux en monnaies locales se multiplient. Mais le Venezuela n’est pas le moteur de cette transition. Il en est l’un des symptômes les plus visibles, et sans doute l’un des plus tragiques.

Saddam, Kadhafi : des parallèles souvent simplifiés

Les parallèles souvent établis avec l’Irak de Saddam Hussein ou la Libye de Mouammar Kadhafi relèvent davantage de la lecture géopolitique que de la démonstration historique stricte. Ces régimes ont effectivement évoqué des alternatives monétaires au dollar, perçues comme des menaces stratégiques. Mais aucune preuve formelle ne permet d’affirmer que ces choix furent la cause unique des interventions militaires. Les réduire à un automatisme affaiblit l’analyse plus qu’elle ne l’éclaire.

Drogue, terrorisme, démocratie : des récits périphériques

Quant aux justifications avancées autour de la drogue, du terrorisme ou de la démocratie, elles masquent plus qu’elles n’expliquent.
Le Venezuela est un corridor logistique secondaire du trafic de cocaïne, loin derrière les routes colombiennes et mexicaines. Il n’est pas un producteur majeur.
Les accusations de narcoterrorisme contre le régime reposent sur des dossiers contestés, et les critères démocratiques sont appliqués de manière sélective par les grandes puissances.
Des données de l’ONU estiment qu’environ 5 % de la cocaïne colombienne transite par le territoire vénézuélien vers les marchés internationaux

Sortir du pétrodollar : la liste des pays qui n’en sont jamais sortis indemnes

L’histoire contemporaine offre une régularité troublante.
Chaque État ayant tenté, par choix stratégique ou par contrainte politique, de s’extraire du système du pétrodollar a vu sa trajectoire brutalement se dégrader.

L’Irak de Saddam Hussein avait annoncé en 2000 la vente de son pétrole en euros ; trois ans plus tard, le pays était envahi, son régime renversé, son économie détruite et ses exportations énergétiques rapidement réintégrées dans le circuit dollar.

La Libye de Mouammar Kadhafi portait un projet de dinar-or africain destiné aux échanges pétroliers ; le pays a été pulvérisé en 2011 et n’a jamais retrouvé d’État fonctionnel.

L’Iran, exclu du dollar depuis plus d’une décennie, survit sous sanctions permanentes, coupé des marchés financiers et contraint à une économie de contournement.
La Russie, après avoir accéléré ses ventes d’énergie hors dollar à partir de 2022, a vu s’abattre sur elle le plus vaste régime de sanctions économiques jamais imposé à une grande puissance.

Le Venezuela, enfin, expulsé de facto du système dollar, s’est enfoncé dans un effondrement économique, industriel et monétaire sans précédent.
Aucun de ces pays n’a connu une transition paisible vers un commerce énergétique affranchi du dollar.
Aucun. Il ne s’agit pas de prouver une causalité mécanique, mais de constater une constante stratégique : sortir du pétrodollar n’a jamais été toléré comme un simple choix monétaire. Chaque tentative a déclenché, sous des formes différentes, une réponse d’une violence économique, politique ou militaire telle qu’elle a dissuadé toute imitation. Ce n’est pas une théorie ; c’est un inventaire. Et à ce stade, la répétition n’a plus rien d’un hasard.

Un pays piégé par son propre pétrole

Le Venezuela de 2026 n’est donc ni une simple victime impériale, ni un martyr de la dédollarisation. Il est le produit d’un piège total, où se conjuguent une géologie défavorable, une destruction industrielle interne, des sanctions externes et une marginalisation géopolitique accélérée. Ce pays n’est pas pauvre parce qu’on lui a volé son pétrole. Il est pauvre parce que son pétrole est devenu, dans les conditions actuelles, un fardeau plus qu’une richesse.

Le Venezuela ne signe pas la fin du pétrodollar. Il en révèle la face sombre : ce qui arrive lorsqu’un État perd simultanément le contrôle de sa monnaie, de son industrie et de la réalité physique de ses ressources. Et c’est précisément pour cela que son cas mérite d’être observé avec lucidité, sans slogans, sans mythes, et sans simplifications confortables.

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