Steve Witkoff, le deuil comme boussole morale

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Steve Witkoff, le deuil comme boussole morale

Steve Witkoff, le deuil comme boussole morale

Un témoignage rare, sans mise en scène

À Miami, lors de la conférence annuelle de la communauté israélo-américaine, Steve Witkoff ne cherche ni l’effet ni la compassion. Il parle calmement, sans emphase, et pose d’emblée un fait que personne ne conteste : il fait partie de ceux qui ont perdu un enfant. Aucun détail inutile, aucune dramatisation. Juste une réalité irréversible, posée comme un socle pour comprendre son engagement.

La perte d’un fils, une fracture définitive

Son fils aîné, Andrew, est décédé à l’âge de 22 ans, il y a plus de dix ans, à la suite d’une overdose accidentelle liée aux opioïdes. Un drame personnel ancien, documenté par la presse américaine, que Witkoff n’a jamais utilisé comme un argument public. Il l’évoque aujourd’hui non pour susciter l’émotion, mais pour expliquer ce qui a rendu la question des otages israéliens immédiatement intime pour lui.

Il parle du « terrible club de ceux qui ont perdu un enfant ». La formule est dure, presque clinique. Elle dit la rupture, l’entrée dans un monde où le temps ne répare rien, où l’on vit avec une absence qui ne se comble jamais.

Les familles d’otages, une douleur reconnue

Lorsque Witkoff décrit son travail sur le dossier des otages, il ne se présente pas comme un négociateur détaché. Il évoque des appels quotidiens, des conversations répétées avec certaines familles, notamment la famille Alexander. Il parle de frustration, d’attentes brisées, de promesses faites puis retirées par le Hamas. Il reconnaît que l’incertitude est ce qu’il y a de plus destructeur : ne pas savoir, attendre, espérer malgré soi.

Il admet aussi une chose rarement dite par des responsables de ce niveau : lui-même a connu le découragement, parfois le désespoir. Mais il précise aussitôt qu’il n’a jamais voulu laisser transparaître ces sentiments devant les familles. Parce qu’il sait ce que signifie, pour un parent, sentir que ceux qui vous entourent baissent les bras.

Un engagement guidé par la mémoire, pas par le symbole

La phrase qui a le plus marqué son intervention — « j’ai senti mon enfant poser ses mains sur mes épaules et me guider » — n’a rien d’une déclaration mystique. Witkoff ne parle ni de visions ni de signes. Il décrit une expérience intérieure familière à de nombreux parents endeuillés : la sensation que l’enfant disparu continue d’imposer une exigence morale, une manière d’agir, une limite à ne pas franchir.

Dans ce cadre, « être guidé » ne signifie pas recevoir un message, mais se comporter comme on aurait voulu qu’on se comporte pour soi. Faire pour les autres ce que l’on sait, dans sa chair, indispensable quand tout s’effondre.

La politique à l’épreuve de l’humain

Witkoff rappelle que la question des otages tenait particulièrement à cœur au président Donald Trump. Il évoque un moment précis : la libération de vingt otages vivants et leur venue à la Maison Blanche. Il décrit un président ému, conscient que ces retrouvailles représentaient plus qu’un succès politique. « C’est le plus grand jour pour moi à la Maison Blanche », lui aurait confié Trump, les larmes aux yeux.

Mais là encore, Witkoff refuse la glorification. Il insiste surtout sur la complexité des négociations, sur les revirements constants du Hamas, sur la difficulté de maintenir l’espoir sans mentir. Il explique que la diplomatie, dans ces moments-là, n’est jamais abstraite : elle se mesure aux visages, aux silences, aux attentes des familles.

Un homme façonné par l’épreuve

Steve Witkoff ne prétend pas que sa douleur lui donne raison. Il dit simplement qu’elle l’a rendu incapable de traiter la question des otages comme un dossier parmi d’autres. Son engagement n’est pas idéologique, encore moins sentimental au sens médiatique du terme. Il est structuré par une expérience radicale : celle de la perte définitive.

Ce qu’il donne à voir à Miami, ce n’est pas un homme qui se raconte, mais un responsable qui assume que certaines décisions ne se prennent pas hors-sol. Que la politique, parfois, se fait aussi avec ce que l’on a perdu. Et que, dans certains combats, la mémoire d’un enfant disparu peut devenir non pas un refuge, mais une boussole.

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