Hamas "Réalisations": le livret de la honte qualifie le massacre du 7 octobre « d’action nécessaire »

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Hamas "Réalisations": le livret de la honte qualifie le massacre du 7 octobre « d’action nécessaire »

Présenté comme un document historique, le livret « Réalisations » du Hamas est une opération de propagande méthodique.

En s’appuyant sur des chiffres soigneusement sélectionnés, en qualifiant le massacre du 7 octobre d’« action nécessaire », en niant les crimes commis et en transformant la destruction de Gaza en succès stratégique, l’organisation tente d’imposer un récit où la mort devient un outil politique.

Cette brochure ne raconte pas la guerre : elle la justifie, l’édulcore et la revendique, au mépris des victimes israéliennes comme de la population palestinienne.

Jusqu’à susciter une dénonciation rare et frontale venue du camp palestinien lui-même, accusant le Hamas de vendre un suicide collectif comme une victoire nationale.

Structure et nature du livret « Réalisations »

Le livret publié par le Hamas est conçu comme un document structuré, divisé en chapitres, visant à établir une version cohérente et unifiée de la guerre déclenchée après l’attaque du 7 octobre. Il se présente comme un texte de référence destiné à être diffusé largement, aussi bien auprès du public palestinien que des relais internationaux, afin de fixer durablement le cadre narratif du conflit et d’en imposer les termes.

Le document adopte une construction chronologique et thématique, alternant rappels historiques, justification politique de l’attaque, dénégation des crimes reprochés au Hamas et mise en avant de ce que l’organisation qualifie de « réalisations » stratégiques et symboliques.

Une opération présentée comme l’aboutissement d’un récit historique

Le livret inscrit l’attaque du 7 octobre dans une continuité historique longue. Le Hamas y présente l’opération comme l’aboutissement logique d’un processus commencé à l’époque du mandat britannique, poursuivi par la création de l’État d’Israël, la défaite arabe, l’échec du processus d’Oslo et le maintien d’un contrôle israélien présenté comme total sur la vie palestinienne.

Dans ce cadre, le massacre du 7 octobre est décrit comme une action nécessaire, imposée par l’absence d’alternative politique, diplomatique ou internationale, et non comme un acte isolé ou extrême.

Effacement volontaire du registre religieux et idéologique

Le livret se distingue par l’absence quasi totale de références religieuses ou doctrinales pourtant centrales dans l’idéologie historique du Hamas. Le texte ne fait pas référence à la charte fondatrice du mouvement ni à son ancrage islamiste, et ne mobilise pas de justification théologique explicite.

Cette orientation vise à présenter l’organisation avant tout comme un acteur politique et national, engagé dans une lutte contre un projet étatique présenté comme colonial, et non dans un affrontement religieux. Cette omission marque un choix stratégique destiné à élargir l’audience internationale du document.

Une stratégie assumée de renversement du récit des crimes

Le livret développe une ligne constante de contestation des accusations portées contre le Hamas après le 7 octobre. Il nie toute intention de cibler des civils et rejette les accusations de violences sexuelles et de massacres de masse, affirmant que ces éléments relèveraient d’une construction médiatique destinée à délégitimer la « résistance ».

Le texte ne se contente pas de nier les faits mais cherche à les reformuler, en les intégrant dans un récit de confrontation militaire présentée comme inévitable et défensive.

Une offensive présentée comme une victoire politique et symbolique

Le Hamas affirme que l’attaque du 7 octobre a permis de modifier les équilibres régionaux et internationaux. Le livret soutient que l’opération a replacé la question palestinienne au centre de l’agenda mondial et a mis fin à une période de marginalisation politique.

Le document présente également l’offensive comme un moyen de restaurer, selon ses termes, le statut des Palestiniens en tant qu’acteurs initiateurs et non plus comme population passive ou victime permanente.

Guerre cognitive et appel à la mobilisation internationale

Le livret s’inscrit explicitement dans une stratégie de communication globale. Il appelle à une mobilisation politique, juridique et médiatique contre Israël, en réclamant des enquêtes internationales sur la conduite de la guerre et en accusant Israël de mener une guerre de destruction systématique.

Le texte vise à influencer l’opinion publique internationale, les organisations internationales et les mouvements politiques étrangers, en présentant le conflit comme une lutte anticoloniale et en cherchant à délégitimer l’État d’Israël sur la scène mondiale.

Silences et absences dans le document

Le livret ne traite pas de la question de l’avenir de la bande de Gaza après la guerre. Il n’aborde ni la gouvernance du territoire, ni les modalités de reconstruction, ni la responsabilité du Hamas dans les conséquences humaines et matérielles du conflit.

Le document ne contient pas non plus d’évaluation interne des décisions prises par l’organisation ni de réflexion sur le coût payé par la population de Gaza, se concentrant exclusivement sur la justification de l’attaque et la valorisation de ses effets politiques.

Chiffres revendiqués, morts passés sous silence et “réalisations” revendiquées

Le livret s’appuie explicitement sur des données chiffrées présentées comme des preuves de légitimité. Il affirme que 71 à 72 % des Palestiniens soutenaient l’attaque du 7 octobre, selon des sondages menés après le massacre, tandis que seuls 11 % se déclaraient satisfaits de l’Autorité palestinienne avant l’offensive.

Ces chiffres sont utilisés pour présenter l’attaque comme l’expression d’une volonté populaire et non comme une décision imposée par une organisation armée.

Le document revendique également comme « réalisations » le fait d’avoir replacé la question palestinienne au centre de l’agenda international, d’avoir provoqué une crise politique et militaire majeure en Israël et d’avoir entraîné une confrontation régionale de grande ampleur. E

En revanche, le livret ne mentionne pas explicitement le nombre de civils israéliens assassinés, ni le détail des massacres commis le 7 octobre, ni les violences sexuelles documentées, ni le sort des enfants et des familles décimées.

Du côté palestinien, le texte évoque la guerre sans chiffrer précisément le nombre de morts à Gaza, sans distinguer civils et combattants, et sans établir de responsabilité directe du Hamas dans l’effondrement humanitaire du territoire.

La destruction massive, évaluée par des sources internationales à près de 90 % des habitations endommagées ou détruites, est évoquée comme un fait imputable exclusivement à Israël, sans lien avec l’attaque initiale.

Le livret ne fournit aucun chiffre sur les pertes internes du Hamas, ne fait état d’aucune erreur stratégique et ne propose aucune évaluation du coût humain payé par la population de Gaza. Les morts, les destructions et les déplacements de masse sont intégrés dans un récit global présenté comme le prix nécessaire d’une « réussite historique ».

Critique interne palestinienne : “vendre un suicide politique comme un succès national”

Le journaliste et publiciste Akram Attaallah a attaqué la brochure avec virulence, affirmant qu’il s’agit d’une tentative « de vendre un suicide politique comme un succès national ». 

Il ajoute que, malgré le débat en Israël sur la forme que doit prendre l’enquête sur les défaillances du 7 octobre, « pendant qu’Israël met en place des commissions d’enquête et tire des leçons stratégiques, le Hamas présente un récit déconnecté de la destruction à Gaza ». 

Selon lui, « il y a des dizaines de milliers de morts, la destruction d’environ 90 % des maisons, la perte de contrôle sur de larges zones de la bande de Gaza et une population entière qui vit dans des camps de réfugiés ».
Il met en garde contre « une fracture profonde dans la société palestinienne » et conclut : « Celui qui célèbre des réalisations pendant que la réalité s’effondre est déconnecté de la douleur, du sang et de la responsabilité ».

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