Tsahal recrute sa diaspora : Israël veut 700 Juifs de France et des États-Unis dans son armée

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Tsahal recrute la diaspora : Israël veut 700 Juifs de France et des États-Unis dans son armée

Israël envisage de recruter les Juifs de la diaspora pour Tsahal : une idée explosive entre nécessité et polémique

Face à une pénurie de soldats évaluée entre 10 000 et 12 000 recrues manquantes, l’armée israélienne explore une piste sensible : ouvrir davantage ses rangs aux Juifs de la diaspora, en particulier de France et des États-Unis. L’initiative, encore à l’étude, repose sur des filières existantes de volontariat et d’aliyah. Mais déjà, le spectre des critiques politiques s’agite, en Israël comme à l’étranger, notamment en France où La France Insoumise (LFI) annonce son opposition à toute forme de « recrutement étranger » pour Tsahal.

Une idée née de la crise du recrutement interne

La révélation est venue de la radio militaire Galei Tsahal (KAN) : l’état-major israélien examine la possibilité d’intégrer 600 à 700 jeunes Juifs de diaspora chaque année afin d’amortir la pénurie chronique de troupes.

Le contexte est brûlant : Israël a reconnu récemment 14 600 cas de désertion ou d’évasion au service, sur fond de débat explosif autour des exemptions accordées aux haredim. Dans ce climat de fracture sociale, le recrutement international apparaît comme une bouée de secours opérationnelle, mais aussi comme un sujet hautement inflammable.

Ce qui existe déjà : des filières rodées

Contrairement à l’image d’un plan improvisé, Israël dispose déjà de programmes structurés permettant l’engagement de jeunes Juifs de l’étranger. Le projet ne ferait qu’amplifier ces dispositifs.

Mahal : filière officielle du ministère de la Défense permettant à des non-citoyens de servir 18 mois (ou 21 avec oulpan).

Garin Tzabar : programme des scouts israéliens qui accompagne les « soldats isolés » de l’aliyah à l’intégration dans Tsahal.

Nefesh B’Nefesh / FIDF Lone Soldiers : réseau d’aide sociale et logistique pour ces recrues venues de l’étranger.

Sar-El : volontariat civil sur bases, non combattant, qui libère des soldats d’active pour d’autres missions.

Ces structures, déjà en place, constituent les tuyaux immédiats pour absorber une montée en charge.

Comment cela pourrait s’organiser concrètement

Un plan « diaspora » s’appuierait sur trois canaux :

Mahal renforcé, avec élargissement des quotas et formations linguistiques.

Aliyah accélérée, via Garin Tzabar ou NBN, pour transformer les volontaires en citoyens-soldats.

Sar-El élargi, permettant d’appuyer l’armée sans entrer dans les rangs combattants.

En pratique, un volontaire français passerait par une pré-sélection administrative en Israël, éviterait tout « bureau de recrutement » sur sol français (juridiquement impossible), suivrait une préparation à Michvé Alon (oulpan militaire), puis rejoindrait une unité. Le délai moyen serait d’environ quatre mois entre la demande et l’incorporation.

Les lignes rouges et les critiques

En Israël même, des voix religieuses comme celles du mouvement Tzohar mettent en garde : « La diaspora ne doit pas remplacer l’effort des citoyens israéliens ». Le risque d’une fracture symbolique entre Israéliens et Juifs de l’étranger est pris au sérieux.

En France, LFI n’a pas déposé de texte de loi spécifique, mais le parti a promis de combattre toute « ingérence militaire étrangère ». Le droit français n’interdit pas à un civil de servir dans une armée étrangère, sauf cas de mercenariat. Mais l’argument politique est évident : Israël sera accusé de recruter sur le sol français.

Une feuille de route réaliste

Pour que l’initiative voie le jour sans déflagration diplomatique, Israël devrait :

Communiquer avec précision : parler d’« ouverture des parcours existants », non de « recrutement international ».

Multiplier les capacités de formation : doubler les places à Michvé Alon.

Renforcer l’accompagnement social : logement, soutien financier, droits spécifiques aux soldats isolés.

Contourner l’écueil juridique : toute procédure de sélection doit rester basée en Israël.

La diaspora au front

L’histoire israélienne est marquée par la participation directe de la diaspora à la défense du pays :

1948, la guerre d’indépendance. Plus de 3 500 volontaires étrangers, les Machalnikim, venus de 43 pays (dont 800 des États-Unis, 500 d’Afrique du Sud, et plusieurs centaines d’Europe), ont combattu aux côtés de la Haganah. Pilotes, médecins, ingénieurs : beaucoup ont joué un rôle décisif dans la victoire.

Les années 1960-1970. Des volontaires venus du monde entier participent ponctuellement aux guerres, notamment lors de la guerre des Six Jours et de Kippour.

Aujourd’hui. Le statut de “soldat isolé” est institutionnalisé : on estime qu’entre 7 000 et 8 000 soldats en service actif sont issus de la diaspora, bénéficiant d’un accompagnement spécifique.

Ce projet de recrutement ne ferait donc que réactiver une tradition ancienne : celle d’un État juif défendu, depuis ses origines, par les enfants de la diaspora.

Un projet possible, mais explosif

Le projet de recruter 600 à 700 Juifs de la diaspora chaque année n’est ni utopique ni illégal. Les structures existent, les besoins sont criants, et l’argument de solidarité du peuple juif avec l’État d’Israël est puissant. Mais l’initiative ne survivra politiquement qu’à condition d’être finement cadrée et bien présentée.

Car au fond, cette question dépasse la logistique militaire : elle touche à l’essence de l’identité israélienne et à la relation organique entre Israël et la diaspora. Faire de la solidarité juive mondiale une force militaire pourrait apparaître comme une évidence historique, mais aussi comme un test politique majeur dans un monde où chaque geste d’Israël est scruté et contesté.

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