Israël : le chef des “Shomerim”, Haim Rotter, accusé de viols en série sur mineurs -vidéo-

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Israël : le chef des “Shomerim”, Haim Rotter, accusé de viols en série sur mineurs

L’équipe qui a fait tomber Haim Rotter a été démasquée – et les confrontations difficiles : « Le gars a encore été violé devant vous »

Il se croyait intouchable, protégé par le silence, sanctifié par son uniforme. Pendant des années, Chaim Rotter, figure emblématique des milices ultra-orthodoxes de Bnei Brak, a dirigé l’organisation “Shomerim” en homme de pouvoir, respecté, craint, adulé. Derrière l’image d’un gardien de l’ordre communautaire, se cachait un prédateur sexuel présumé, dont l’emprise glaçante aurait brisé des dizaines de jeunes vies. Enquête exclusive sur une chute vertigineuse, un système de manipulation et d’omerta, et sur ces enquêteurs venus, parfois de sa propre communauté, pour faire tomber l’un des leurs. Un récit de courage, de honte et de justice en marche, au cœur d’une société qui refuse désormais de détourner les yeux.

Une affaire explosive se dévoile : Chaim Rotter, président de l’organisation « Shomerim » de Bnei Brak, est inculpé pour des infractions sexuelles graves après le dépôt de 16 plaintes et la collecte de plus de 80 témoignages. Pour la première fois, une équipe spéciale, incluant deux enquêteurs ultra‑orthodoxes, livre la méthode utilisée pour terroriser les victimes et les discréditer.

 

Une enquête construite sur la confiance, selon les enquêteurs

L’enquête débute de façon inattendue : un simple tweet sur Twitter fournit un indice suffisamment fort pour activer le Bureau d’enquête de la région de Dan, dirigé par la cheffe de police Hila Ben Baruch Sinaï. Elle établit une stratégie claire : isoler les victimes pour les enquêter loin de Bnei Brak, en raison de la peur que Rotter entretenait des liens étroits avec des officiers de police. Pour renforcer la crédibilité du dispositif, le commandant du district crée une équipe spéciale, recrutement exceptionnel intégré d’enquêteurs Haredi  .

La première plainte arrive à la veille d’une attaque israélienne contre l’Iran, alors que Rotter est à l’étranger. Une ordonnance de silence est immédiatement instaurée, permettant d’en recevoir cinq plaintes supplémentaires tout en maîtrisant la diffusion médiatique  .

Plaintes affluentes : le maillage s’intensifie

Les dénonciations se multiplient. Yaakov Meir, policier de Bnei Brak, témoigne des pressions subies et des soutiens reçus : « il y a eu des réactions, des tentatives et des pressions (…) un barrage a cédé. » Les victimes se sentent soutenues malgré l’impact social du statut de Rotter  .

Confrontations fortes en salle d’interrogatoire

Dans une pièce froide, un homme victime de viol revit l’irréparable : « ses mouvements, ses yeux, ses gestes – tout indique qu’il souffre de stress post‑traumatique, et nous devons tout faire pour que la confrontation ait lieu ». La confrontation revient à la major Shira Hershkowitz Rusk, en charge du lien avec la communauté  .

La crainte d’un réseau structuré est confirmée : trois à cinq personnes liées à Rotter sont arrêtées pour intimidation et menaces. L’équipe évoque des appels téléphoniques « très difficiles » destinés à faire taire les plaignants  .

Shira rappelle le contexte : « victimes de viols entre garçons, au sein de la population Haredi. Certaines familles ignorent même que leurs proches ont été blessés »  .

Récits poignants : les victimes témoignent

Plusieurs témoignages décrivent des agressions humiliantes et violentes : l’un relate comment Rotter l’a entraîné dans des buissons, a enlevé son pantalon et l’a contraint. Face à l’interrogatoire, Rotter répond : « Une histoire vraie est racontée simplement ». “Tu as commencé à me toucher, j’ai repoussé…” ; un autre dit : « Il me voyait comme une proie. » Ces récits révèlent un climat de violence psychologique et sexuelle constant.

Un schéma identique sur plus de 80 témoignages

L’équipe perçoit une méthode récurrente : séduction verbale ou situationnelle, discussions sexuelles explicites, déplacement vers une voiture ou un lieu isolé, puis viol ou acte indécent malgré le refus initial des victimes. Très souvent, Rotter s’appuie sur son statut et sa réputation dans Shomerim  .

Le personnage face aux enquêteurs

Rotter apparaît en salle comme suffisant, colle à une image de dominance. « Il essaie de montrer qu’on ne lui met pas la pression ». Son regard transmet un message aux victimes, parfois un simple : « Pourquoi toi ? » qui suffit à fragiliser les plaignants  .

Conséquences psychiques et accompagnement

Les interrogatoires, souvent en yiddish, déclenchent une tempête émotionnelle. Les victimes s’effondrent, épuisées. L’équipe recourt à des centres d’aide ultra‑orthodoxes, disponibles même la nuit, pour protéger et soutenir ces hommes dans un environnement qui ignore souvent leur souffrance  .

Acte d’accusation et perspectives judiciaires

Les poursuites formelles portent sur quatre chefs d’accusation distincts, concernant quatre victimes, dont un mineur de 15 ans au moment des faits  . Rotter est inculpé de viol, actes indécents, exploitation de son autorité, abus de pouvoir.
Le parquet ne retient qu’une partie des 16 plaintes vers l’acte d’inculpation officiel, mais souligne l’apport de toutes les victimes, mentionnant que leur courage contribue à briser un nouveau tabou, comme Kachaim Walder avant lui  .

La défense ne lâche rien

Les avocats de Rotter, Me Raanan Amosi et Me Moran Saadon, dénoncent une enquête biaisée : selon eux, tout a été fait pour incriminer leur client, alors qu’il n’a « commis aucune infraction pénale », et les actes décrits auraient été consentis et légaux  .

L’enquête est loin d’être close

Le processus est toujours en cours. Les enquêteurs encouragent toutes les victimes à se manifester, promettent d’aller où qu’elles soient pour les prendre en charge. Ils affirment : « La honte, la peur et l’anxiété ne devraient pas vous concerner. Jamais. »  .

Un système d’abus enraciné et une autorité incontestée

À mesure que les témoignages affluent, un constat glaçant s’impose aux enquêteurs : Chaim Rotter n’agissait pas en solitaire, mais dans un environnement structuré où sa parole faisait loi. En poste depuis plus de quinze ans à la tête de “Shomerim”, une milice urbaine ultra-orthodoxe censée protéger les habitants de Bnei Brak, il disposait d’un ascendant incontesté sur les jeunes membres qu’il recrutait.

Plusieurs victimes ont été approchées alors qu’elles étaient volontaires dans l’organisation, souvent âgées de 15 à 18 ans, vulnérables et impressionnées par le prestige du chef. « Il me faisait sentir spécial, indispensable », confie l’un d’eux.

Mais ce lien de dépendance s’est rapidement mué en silence contraint. Certains témoignages évoquent des agressions sur des adolescents de 12 et 13 ans, survenues dans des véhicules de patrouille ou dans des bâtiments appartenant à la communauté, sans surveillance, ni contrôle. L’un des enquêteurs évoque « un système où la hiérarchie religieuse et communautaire a involontairement protégé l’agresseur en créant une muraille de silence ».

Un rayonnement qui dépasse Bnei Brak : la piste internationale

La gravité du dossier a poussé les autorités à sortir du cadre local.
Une plainte a été recueillie aux États-Unis, où une victime résidant désormais en diaspora a accepté de parler, avec l’appui du FBI et des services consulaires.

Cette démarche inédite a permis d’illustrer l’ampleur du système mis en place par Rotter, dont l’influence semble s’être exportée hors d’Israël.

Parallèlement, les policiers ont interpellé plusieurs proches collaborateurs, soupçonnés d’avoir tenté d’intimider ou de soudoyer les victimes pour qu’elles se rétractent.
L’un d’eux, Yoel Yosef, a été maintenu en détention prolongée après avoir, selon les enquêteurs, participé activement à la stratégie de dissuasion.

« Ce n’était pas un homme seul, mais un cercle de silence, avec des visages, des voix, des pressions, et parfois même des bénédictions de façade », confie une source policière.

L’onde de choc provoquée dans les cercles religieux est telle que plusieurs rabbins ont accepté de coopérer en recevant discrètement les enquêteurs à domicile, « pour comprendre ce qui se jouait réellement derrière la façade de la sainteté ».

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