L'Armée juive : Toulouse est la capitale de la résistance juive rappelle Maurice Lugassy

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L'Armée juive, Toulouse capitale de la résistance juive rappelle Maurice Lugassy

Maurice Lugassy, coordinateur régional du Mémorial de la Shoah, met en lumière dans un nouveau livre les combattants de l’Armée juive, une organisation de résistance née à Toulouse dont l’existence reste méconnue.

L’Armée juive, seule organisation de résistance juive à avoir constitué des maquis et des corps francs dans les villes, est née en 1940 à Toulouse, d’abord sous le nom la Main forte.

Deux couples en sont à l’origine, Ariane Scriabine-Fixman et David Knout et Abraham Polonski, ingénieur électricien à l’Onia et sa femme Génia.

Dès la défaite, ils se sont demandé comment agir.
Depuis Toulouse, ils vont d’abord porter assistance et organiser l’évasion de jeunes juifs internés dans les camps de la région, vont fabriquer de faux papiers et créer un chemin sécurisé depuis Toulouse pour faire passer des enfants juifs vers l’Espagne.

On estime leur nombre à 400. Ces enfants étaient ensuite accueillis à Barcelone dans une maison financée par une organisation américaine, le Joint (American Jewish Joint Distribution Committee).

À partir de 1943, l’Armée juive va aussi fédérer d’autres organisations juives dont l’Œuvre de secours aux enfants (OSE) et les Éclaireurs israélites de France. En 1944, elle va se dissoudre dans les Forces françaises de l’intérieur et devenir l’Organisation juive de combat (OJC). L’AJ a compté au total entre 1 600 à 1900 membres dans la France entière.

Quand l’organisation prend-elle une tournure militaire ?

Dès le début, en plus de vouloir porter assistance aux juifs, les fondateurs ont l’idée de lutter pour la création d’un État hébreu et de résister par les armes à l’occupant nazi et au régime de Vichy.

Les groupes armés se sont mis en place fin 1942. L’organisation a pris alors le nom d’Armée juive, créé des maquis dans la Montagne noire, dans le Tarn, mais aussi des groupes de guérilla urbaine, à l’image des FTP-MOI, à Nice, Grenoble, Paris et Toulouse. Dans ces villes, ils ciblaient des délateurs de juifs et de collaborationnistes à éliminer.

Quel rôle avait Toulouse dans l’organisation de l’Armée juive ?

C’est à Toulouse qu’était le noyau dur de l’Armée juive, sous la direction d’Abraham Polonski et Aron Lucien Lubin, un autre ingénieur à l’Onia arrivé dans le groupe en 1942.

Dans leur témoignage, Jacques Lazarus et David Knout ont toujours présenté Toulouse comme « la capitale de la résistance juive ».

Durant toute l’occupation, l’AJ a eu ses bureaux clandestins au 2 rue du Rempart Saint-Étienne, face au commissariat central qui était aux 17 et 19. La façade était un magasin d’électricité où travaillait un ancien soldat français de l’armée du Levant, Albert Cohen, dit « Bébé », car il mesurait 1,56 m.

Dans l’arrière-salle de la boutique, on fabriquait des faux papiers, on réunissait de jeunes juifs qui voulaient se battre. Alfred Nakache venait les chercher pour les préparer physiquement dans son gymnase de la rue Féral. Ils étaient formés aux armes par « Bébé », Jacques Lazarus et Raoul Léons, d’anciens militaires de carrière qui avaient été exclus de l’armée en raison des lois antijuives de Vichy.

L’Armée juive, ses membres et son action sont largement méconnus. Pourquoi ?

L’existence de l’Armée juive est en effet méconnue et a été passée sous silence.
Il existe d’abord très peu de traces dans les archives des préfectures et des départements.
Pour ce livre, j’ai travaillé à partir du fonds Lucien Lublin et de témoignages conservés au Mémorial de la Shoah que j’ai recoupés avec les rares documents officiels.

Par ailleurs, l’Armée juive ne rentre pas dans la construction d’un roman national d’une résistance unie dans laquelle les gaullistes ont dominé, les communistes étaient tolérés et les autres voix n’ont pas été entendues.

Après la guerre, les membres de l’Armée juive sont retombés dans l’anonymat. Knout et Lazarus ont participé à des colloques organisés par Monique-Lise Cohen, ancienne bibliothécaire à Toulouse, qui a vraiment mis en lumière l’AJ dont son père était membre.

Mais la plupart des résistants juifs se sont tus. Je fais l’hypothèse que face à l’ampleur de la Shoah, leur réussite leur est apparue très minime. Ils n’avaient pas de sentiment de fierté mais plutôt le sentiment de ne pas en avoir fait assez.

Votre ouvrage est-il un moyen de réparer ce passage sous silence ?

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