Israël ce balagan millénaire

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Israel ce balagan millénaire

Le «Balagan» millénaire

il y a un poncif accusateur qui revient inévitablement lorsque l'on parle d'Israël c'est celui de l’expat mondain et hypocrite, qui enchaîne les articles déconnectés de la réalité sur ce bout de terre si compliqué sans jamais quitter sa table en terrasse à Tel-Aviv, «sirotant» des cocktails et se «gavant» de falafels tel un dandy ogresque, faisant dégouliner la sauce sésame sur son clavier et son exemplaire d’Haaretz.

Dans un tout autre registre ce sont également des bloggeurs communautaires pour qui Israël  représente un symbole intouchable,  la terre promise, et sont totalement déconnectés, à leur tour, de la réalité israélienne qui ne peut être bleu et blanc.
Malheur à ceux, qui ont le courage d'exposer toutes les facettes d'un diamant encore mal taillé.

Dans cette cocotte-minute, les tribus de l’Israël moderne jouent des coudes, toutes douées pour la sécession et les disputes parfois majuscules, souvent picrocholines.

Les juifs de l’alyah post-soviétique contre les hassidiques anti-armée, les Ashkénazes rupins à lunettes contre les Séfarades «périphériques» à chaînettes, Druzes pro-Tsahal et Druzes pro-Assad… Sachant qu’à la Knesset, où l'on a récemment vu les islamistes faire du pied aux likoudniks du parti du Likoud,  les antagonismes d’un jour seront les alliances de demain.

En y repensant, les Monty Python nous avaient prévenus. A sa manière, Jonathan Safran Foer aussi, dont un personnage juif israélien constatait que si son peuple avait «gagné la guerre, [il] avait perdu la paix. La paix avec lui-même».

Le pays s’orientalise indéniablement chaque jour un peu plus, que ce soit par les oreilles (la pop mizrahi), les papilles (le piment partout, les guerres du falafel) voire, diront certains, son goût des indétrônables hommes forts («Bibi, le roi d’Israël»), même si la tendance est loin d’être limitée à cette partie du globe.

Même si il est vrai que sur le plan culinaire, on n’a rien contre le pois chiche ni l’alcool, bien au contraire, même si l’on est plus aubergine et arak, peu porté sur les concoctions snobinardes.

Mais pour les besoins de cette chronique et de nos reportages, ce sont des litres de kawa et de chaï qu’on a ingurgités,et quelques schnitzels tièdes engloutis dans les réfectoires des kibboutz.

Sans compter les inénarrables «sandwiches-chakchouka» des stations-service, carburant autant au sans-plomb qu’à l’huile d’olive, dans un territoire confetti changeant tous les dix kilomètres et dont on peut joindre les extrémités en une grosse journée de route (à condition d’être suffisamment caféiné, on y revient).

D’ailleurs, question conduite, l’Israélien est schizophrène : il conduit comme un pilote de Nascar sous coke mais traverse au passage piéton comme un retraité allemand. Allez comprendre.

On s’est surtout demandé comment autant de réalités pouvaient coexister dans ce mouchoir de poche, des paysages martiens où se battent les bergers palestiniens contre une machine kafkaïenne, à la flamboyante Tel-Aviv, à une heure de route, avec ses start-up, ses surfeurs, sa dolce vita entre Berlin et Miami, sans oublier sa labyrinthique gare de bus où s’échouent les oubliés du rêve israélien.

Quant à la ténébreuse Jérusalem, à la fois sublime, bordélique et déchirante, il sera difficile d’oublier ce balagan millénaire qui porte toujours aussi bien son surnom de «bol d’or rempli de scorpions».

Enfin, on repart avec quelques regrets, ces instantanés qu’on n’a pas trouvé l’occasion d’écrire ou ces lieux que l’on n’a pas eu le temps de visiter. Des chasseurs de sangliers musulmans d’Haïfa aux travailleurs agricoles thaï juchés sur les tracteurs des kibboutzniks embourgeoisés. Du «Jesus Village» bricolé sur un bout de jardin par des évangéliques ricains en costume au cœur de la Nazareth arabe à la franchouillarde Netanya, véritable Sarcelles-sur-Mer.

 

N’ayant ni l’âme d’un prophète ni succombé au syndrome de Jérusalem, on évitera de conclure sur une note d’espoir ou une prédiction dystopique. Nul doute qu’il souffle sur ce coin du monde des vents mauvais, comme partout ailleurs, et souvent avec un petit temps d’avance.

On sait aussi que ce lieu névralgique compte toujours de chaque côté de l’intraçable frontière son lot de justes et d’idéalistes, qui ont en partage une endurance bluffante et un sarcasme tranchant. C’est à eux qu’on pensera en montant dans l’avion au moment de dire «yallah, bye».

Inspiré librement d'un article de Libération 

 

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