La douloureuse histoire de l'immigration juive en Israël dans les années 1950-1960

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Derrière l'accueil des Juifs séfarades en Israël, une discrimination d'État

L'ouverture d'archives révèle au grand jour l'existence, dans les années 1950 et 1960, d'un plan officiel des autorités israéliennes pour contrôler l'installation des Juifs d'Afrique du Nord.

À la création de l’État d’Israël, sur injonction des dirigeants sionistes historiques –et notamment du premier d’entre eux, David Ben Gourion, le pays imposa une discrimination officielle à l’égard des Juifs originaires d’Afrique du Nord.

Création d'un sous-prolétariat juif

Selon les leaders de l’époque, il s’agissait d’une nécessité impérieuse, face à la situation critique que traversait le pays en création. Sur le plan démographique et pour des raisons sécuritaires, il fallait peupler le désert du Néguev, face à Gaza. Sur le plan économique, des industries devaient être créées pour occuper des immigrants venus du monde entier.

Mais les mesures prises à haut niveau ne furent appliquées qu’aux seuls originaires d’Afrique du Nord; deux générations de Séfarades ont été sacrifiées dans l’intérêt unique des Juifs de l’Est, les Ashkénazes.

Un début de scandale a suivi la diffusion de la série documentaire Salah, voici la Terre d’Israël, réalisée par David Dhéri, Ruth Yuval et Doron Glazer, qui a révélé des décisions gouvernementales incroyables.

Tout a commencé dans les années 1950 dans les villes du sud du Maroc et de la Tunisie, où de nombreux Juifs, très peu touchés par le modernisme importé par le colonialisme, vivaient dans des conditions misérables.

Certains dirigeants israéliens avaient alors un raisonnement étonnant: «Les Juifs de certains villages s’habillaient comme les Arabes, parlaient leur langue, mangeaient comme eux. Ils étaient donc des ennemis, comme les Arabes».

 

Une famille marocaine fraichement débarquée du Maroc en Israël

Une famille marocaine fraichement débarquée du Maroc en Israël

Il est vrai que rien ne distinguait les Juifs des autochtones arabes; on pouvait donc les traiter différemment des Européens, «plus civilisés».

Mais au Maroc, ils avaient leur travail, leurs habitudes et leurs traditions religieuses, dans un pays qui les tolérait. Alors Israël, qui avait besoin de populations pour consolider le pays, n’hésita pas à créer un sous-prolétariat juif.

Israël, qui comptait en 1950 1,3 million d’habitants, lorgnait sur les 200.000 Juifs du sud du Maroc, jugés peu exigeants. Des membres de l’Agence juive, organisme d’État, ont été envoyés pour faire venir ces Juifs, afin de réaliser la prophétie lue chaque année à Pessa'h (Pâque juive), «l’an prochain à Jérusalem». C’était le rêve de tous ceux qui attendent le Messie, mais en particulier celui des Marocains.

La discrimination des Juifs séfarades en Israël dans les années 50

La discrimination des Juifs séfarades en Israël dans les années 50

 

Envoyés dans le désert du Néguev

Les délégués israéliens furent aidés dans leur propagande par les pogroms d’origine arabe en Afrique du nord.

Le 5 août 1934, un pogrom exécuté par une foule musulmane fanatisée déferla sur le quartier juif de Constantine(Algérie), chef-lieu d’un département français du même nom. Pendant toute une journée, la foule avait égorgé et pillé impunément, faisant vingt-sept morts –dont vingt-cinq citoyens français juifs.

Le pogrom de Tripoli (Libye) en 1945 fut le plus violent massacre de Juifs en Afrique: entre les 5 et 7 novembre, plus de 140 Juifs ont été tués.

Une série de pogroms eut également lieu les 7 et 8 juin 1948, au lendemain de la création de l’État d’Israël, dans les villes d'Oujda et de Jerada, au nord-est du Maroc, faisant quarante-deux victimes juives.

Ces attaques contre les Juifs ont facilité le travail des délégués de l’Agence juive, qui ont exploité la peur pour pousser les Juifs du Maroc à émigrer.

Des bateaux d’immigrants ont accosté au port de Haïfa, déversant des dizaines de milliers de candidats désireux de réaliser le rêve sioniste. Mais ils ignoraient le protocole défini en secret par les autorités: les immigrants –femmes, enfants et vieillards– qui s’attendaient à rejoindre Jérusalem, ou à la rigueur Tel-Aviv, ont été entassés dans des camions pour parcourir des centaines de kilomètres jusqu’au désert du Néguev, dans ce qui allait devenir les villes de Yeruham, Netivot, Dimona ou Kyriat Chemona.

Yeruham était à l'origine un camp de transit pour les nombreux Roumains arrivés en 1951, qui se sont installés quelques années après dans les grandes villes du centre pour être remplacés par les Juifs du Maroc, envoyés dans cette zone-frontière pour assurer la sécurité du sud du pays.

Les immigrants étaient transportés en pleine nuit pour éviter la contestation, mais face au désert dans lequel on voulait les parquer, beaucoup ont refusé de descendre des camions, arguant qu’on les avait amenés dans «un camp de la mort».

Ils n’avaient malheureusement pas le choix, sauf à être jetés à terre avec leurs baluchons; ils avaient découvert trop tard qu’on les avait bernés. Au lieu de Jérusalem, ils avaient été envoyés «au bout du monde, à gauche » qui a fait l'objet d'un film en 2004.
Leurs passeports, souvent un simple laissez-passer de voyage, leur furent confisqués pour empêcher tout retour au pays d’origine.

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Jacques Benillouche

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