ROCH HACHANA Recherche d’une définition du judaïsme de Claude Layani

Culture, Judaïsme, Le sens de nos fêtes juives - le - par .
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La religion fondation de l'identité juive

 

ROCH HACHANA Recherche d’une définition du judaïsme

Entre les pensées graves et sévères qu'éveille en nous la fête Roch-Hachana, il en est une qui s'impose à nous avec une force particulière: c'est le problème de notre identité juive.

C'est le problème majeur, c'est lui, qui se trouve au fond de la crise que traverse le judaïsme ici comme partout ailleurs, donc même en Israël.

De tous les problèmes qui préoccupent le monde juif, le plus obsédant est sans conteste la recherche d'une exacte définition du judaïsme, d'une définition qui engloberait tous ceux qui s'en réclament quelle que soit la divergence de leurs conceptions à cet égard.

Cela apparaît nettement à travers l'intérêt considérable suscité par les médias actuellement. Cette élection a fait éclater au grand jour les clivages et les interrogations pouvant exister au sein de nos communautés.

Elle a fait résurgir le malaise qui existait entre les diverses sensibilités.
Elle a placé au coeur du débat la question "que signifie aujourd'hui d'être juif.

Ainsi donc, la question est souvent posée mais la réponse et non moins souvent éludée. Il faudra bien en vérité, qu'un jour nous formulions une réponse claire.

Cette réponse, on peut le présumer pour être applicable à tous, devra nécessairement se dépouiller de toute raideur et se présenter sous la forme du meilleur compromis possible entre des principes trop tranchés.

A quel titre des juifs, pris en bloc et si diversifiés entre eux, se sentent-ils frères, au sens propre du terme, c'est-à-dire membres d'une seule et même famille, la grande famille d'Israël.

Sûrement pas en raison d'un destin commun si tragique qu'il ait pu être. Certes, les deuils unissent plus que les triomphes et créent des liens étroits entre les membres d'une société persécutée.

L'antisémitisme, pour l'énoncer explicitement, est un accident de l'Histoire que nous devons nous refuser à considérer comme une donnée permanente du judaïsme.

Nous devons nous refuser à fournir le moindre semblant de réalité à cette boutade: "Le judaïsme n'est ni un peuple, ni une religion, c'est un malheur".

Ramener le judaïsme à un effet de l'antisémitisme c'est dénaturer son essence profonde qui est une source de vie et une aspiration au bonheur.

L'antisémitisme n'est qu'un critère négatif. Une religion ne se définit pas par sa résistance à l'hostilité extérieure mais par la diffusion des plus hautes valeurs et du plus grand idéal.

En vérité, le seul critère valable de l'appartenance au judaïsme, c'est le judaïsme lui-même dans son acceptation la plus vraie, la religion juive.

Est juif quiconque se rattache à la religion juive, plus ou moins intensivement mais d'une manière concrète et consciente, avec la volonté de transmettre intact à la postérité le patrimoine authentique.

Transmission, authenticité, ce sont là deux termes corrélatifs, l'un appelle l'autre logiquement, nécessairement. Car on ne peut transmettre que des idées -forces.

La plus dynamique est, indéniablement l'idée religieuse en ce qu'elle enserre l'individu de toutes parts ; en ce qu'elle détermine sa sensibilité, sa morale, sa philosophie ; qu'elle met en jeu tous les ressorts et toutes les ressources du croyant, qu'elle conditionne sa destinée terrestre et céleste.

Plus que tout autre conviction, la religion exige adhésion totale et certitude absolue. Il faudra donc que les données initiales soient fermes et solides, surtout s'il s'agit de l'appartenance au judaïsme - c'est-à-dire à un particularisme en conflit avec d'autres environnements.

L'on comprend dès lors que le judaïsme à transmettre ne saurait se réduite à une attitude velléitaire ou à un acte de piété filiale, non plus qu'à une vague solidarité ou à une spiritualité confortable. Cela implique un acte de foi, de fidèlité .

Une chose est sûre, nous sommes entrés dans une ère nouvelle de l'Histoire juive. Ce qui caractérise le temps présent, c'est le sens de l'unité juive et de la solidarité avec Israël.

En cette soirée de Roch-Hachana, voyons ce qui nous distingue et ce qui nous unit. Vérifions où nous en sommes dans notre recherche d'une manière d'être qui serait à la fois authentiquement juive et non étrangère au monde.

Exprimer en des termes actuels le patrimoine du peuple juif, traduire dans les mots d'aujourd'hui les valeurs de l'amour d'Israël et de l'universalisme, de la fidèlité et de la tolérance, de l'image de soi et du respect de l'autre - et faire en sorte que ce message là soit transmis à la génération suivante, non pas parce qu'on lui en imposera le devoir, mais parce qu'elle le jugera digne d'être assumé: une telle tâche ne saurait être accomplie que par des hommes et des femmes libres de leurs choix, dont l'appartenance juive refléte moins une condition subie qu'un acte de volonté.

Il est vrai que le peuple juif a toujours été très divers, qu'en son sein se sont toujours multipliés les courants de pensée. Cependant, force est de constater que le souci d'unité l'a généralement emporté

Dans le Temple de Jérusalem, un objet particulier était chargé de signification. Il est, au cours des âges, devenu un des symboles du peuple juif, la menora, le chandelier à sept branches.

Nos Sages se sont interrogés sur sa conception: pourquoi sept branches divergentes, toutes s'élevant à partir de la branche centrale ? Tout se passe, remarquent-ils, comme si apparaissaient ici, à la fois une volonté de division et un souci d'unité !

C'est précisément dans cette observation que réside le message: le peuple juif est pluriel, ses choix le sont aussi, qui conduisent parfois ses membres dans des directions opposées.

Cependant il ne s'agit jamais que de divergences qui maintiennent attaché au même corps, à un fût central, en même temps sens et support.

La claire conscience que chacun est indissociable de l'autre, incompréhensible sans l'autre, a scellé l'unité du peuple juif au cours des âges.

Faite de tolérance, d'acceptation de l'autre, d'ouverture à son propos et du refus des anathèmes, elle a permis aux communautés en exil de survivre à l'usure du temps et aux épreuves de l'Histoire.

Il incombe à notre génération d'inventer la formule magique qui nous permettra à tous de nous reconnaître enfants d'un même peuple, serviteurs d'un même idéal.

Une seule réalité compte: la grande communauté d'Israël, fondée sur la Torah, l'alliance, le messianisme ; maintenue vivace et fortement soudée autour de ses prières, de ses traditions, ne formant qu'un seul faisceau "agoudat a'hat, faisceau de forces au service de D.ieu et de l'humanité selon la formule qui se trouve dans la amida des grandes fêtes de Tichri .

Souhaitons que 5776 soit l'année du dialogue et de la réconciliation, loin des passions aveugles, des fanatismes outranciers, des vociférations et des cris. Face aux grandes épreuves de l'Histoire, la sérénité et la lucidité sont la marque d'un véritable courage.

Je veux vous souhaiter une bonne et heureuse année. Puisse l'Eternel vous inscrire dans le livre de la vie et du mérite, lechana tova tikatévou amen

Claude Layani

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