Quel défi pour les Arabes israéliens ?

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Un commentaire de Yaron London, publié le 7 avril 2015 sur le site Ynet News:

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'est excusé [pour certains commentaires rapportés par la presse le jour des élections au sujet des électeurs arabes, NdT]. Son degré de sincérité n'est pas important. La question qui importe est de savoir pourquoi ses avertissements sur la participation massive des électeurs arabes au vote a eu un tel effet. La raison est que les Juifs ont peur.

Aiman Uda, à la tête de la Liste Arabe Unie, a fait des efforts considérables pour comprendre l'origine de cette crainte. Dans une interview, il a déclaré que le syndrome de la Shoah était implanté dans l'âme israélienne et s'est demandé pendant combien de temps les habitants du pays le plus puissant de la région allaient continuer à avoir peur d'une faible minorité.

Je ne suis pas d'accord avec cette interprétation. L'origine de cette crainte n'est pas l'héritage de la souffrance juive, mais la nature des sociétés arabes. Leur nature nous inquiète encore plus que la haine qu'ils éprouvent contre nous.

Les musulmans représentent la population majoritaire dans un quart des pays du monde. 42 d'entre eux connaissent un régime tyrannique et à peine 5 d'entre eux sont dirigés par un régime démocratique chancelant. Dans la quasi-totalité des Etats ayant une minorité arabo-musulmane, cette minorité se rebelle contre le régime; et la quasi-totalité des Etats contrôlés par une majorité arabo-musulmane sont au bord de l'effondrement - à l'exception des riches émirats du Golfe.

Il n'existe aucun dénominateur commun entre le Pakistan et le Maroc, ou entre l'Arabie Saoudite et la Mauritanie, à part la religion; il est donc raisonnable de penser qu'il y a un lien étroit entre l'influence de l'islam et le sous-développement de ces pays. Un musulman n'est inférieur à aucune personne en ce qui concerne ses capacités; mais cela ne s'applique pas aux sociétés musulmanes. Personne ne peut en expliquer la raison, nous nous en tiendrons donc aux faits.

Sur les 1,25 millions d'Arabes vivant en Israël, 92 % sont musulmans. Ils ne constituent qu'une petite fraction des 350 millions d'Arabes qui dominent la région autour de nous, mais en Israël, ils représentent environ un cinquième de la population. Leurs représentants politiques doivent comprendre que le défi qui les attend est de convaincre les Juifs que les citoyens arabes d'Israël ont adopté une culture politique différente de celle qui domine dans les Etats nous entourant et qu'ils se sont distancés des caractéristiques affectant leur capacité à développer une société démocratique.

Je ne suis pas en train de juger la culture de mon prochain. J'affirme simplement que les Juifs redoutent la possibilité que les citoyens israélien se définissant comme Arabes et musulmans ne soient pas différents des centaines de millions de musulmans qui n'ont d'autre manière de régler leurs différents politiques et théologiques que de s'entretuer.

Parmi les représentants des Arabes israéliens, certains vont dans une direction opposée. Le Sheikh Raed Salah, leader de la branche nord du Mouvement Islamique, prétend que les Juifs fabriquent leur matsot avec du sang de chrétiens (1) et qu'Israël cherche à détruire les mosquées se trouvant sur le Mont du Temple afin d'y construire le Troisième Temple. D'après les estimations, près d'un cinquième de la population arabe le soutient. Nous ne pouvons nier le fait que les Juifs aussi ont des représentants politiques tels que Salah. Ils s'alimentent mutuellement. Mais il y a de l'espoir. L'espoir provient du fait qu'Israël a réussi à faire ce que la plupart des citoyens arabes israéliens trouvent difficile à admettre: l'Etat a permis à la minorité nationale d'entretenir une opposition politique vivante et qui peut même se permettre de remettre en cause l'idéologie sioniste sur laquelle l'Etat s'est construit.

Les Arabes israélien subissent des discriminations, mais ils jouissent de droits qu'aucune autre minorité en pays arabe ne connaît. Cette comparaison rend furieux les porte-paroles arabes, pour qui la prétention d'Israël à être un Etat démocratique exige qu'il en soit ainsi et même que la situation de la minorité s'améliore.

Ils ont raison. Mais ils oublient que leur instinct démocratique ne s'est développé que parce qu'ils ont été forcés de vivre dans l'Etat juif et qu'ils ont intégré ses valeurs, provenant de la culture occidentale.

Le défi de la Liste Arabe Unie est de digérer ce paradoxe. Le défi de la société juive est de mettre fin à la suspicion, de se libérer des généralisations et de continuer à croire qu'une société florissante ne peut être qu'une société qui protège les droits de tous ses citoyens.

(1) NdT: les matsot sont les galettes de pain azyme que les Juifs mangent lors de la fête de Pessa'h; l'allégation selon laquelle les Juifs se livreraient au meurtre d'enfants chrétiens afin de prélever leur sang pour fabriquer les matsot est une accusation classique de l'antisémitisme chrétien et européen qui se retrouve aujourd'hui dans les pays arabo-musulmans.

 

Source: Yaron London, Ynet News, 7 avril 2015

Traduction et adaptation: Julien Pellet


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