Jour de deuil jeudi à l'appel de Moussavi

International - le - par .
Transférer à un amiImprimerCommenterAgrandir le texteRéduire le texte
FacebookTwitterGoogle+LinkedInPinterest

Article paru sur "France2"

L'opposant Mir Hossein Moussavi a appelé à une journée de deuil jeudi en hommage aux manifestants tués.

Plusieurs dizaines de milliers de ses partisans ont à nouveau bravé l'interdiction et manifesté à Téhéran mercredi.

Moussavi, qui réclame l'annulation de la présidentielle du 12 juin remportée officiellement par l'ultraconservateur Ahmadinejad, a appelé "le peuple iranien" à un jour de deuil jeudi sous forme de "marches pacifiques".

Mercredi, les manifestants ont défilé en silence entre les places Haft-é Tir et Enqelab, sans  incident, ont indiqué des témoins ayant contacté l'AFP. De brèves images de cette manifestation ont été diffusées par la télévision d'Etat. Les témoins parlaient encore de plusieurs blessés.

La presse étrangère n'est plus autorisée depuis mardi à couvrir les manifestations et les affrontement en se rendant sur place. Les autorités accusent des médias étrangers d'être les "porte-parole" des "émeutiers".

Moussavi appelle au deuil pour jeudi

M.Moussavi a appelé mercredi "le peuple iranien" à une journée de deuil jeudi. Il s'agira de "tenir des marches pacifiques pour consoler les familles des martyrs et blessés dans les récents évènements", selon son site internet. Au moins 7 civils ont été tués lundi lors des émeutes, selon les autorités.

"Comme vous le savez, certains de nos compatriotes sont tombés en martyrs ou ont été blessés dans la répression violente et illégale contre ceux qui critiquent et contestent les résultats de l'élection présidentielle", explique le candidat mercredi sur son site internet.

"J'offre toute ma sympathie aux familles et appelle tout le monde à exprimer ses condoléances aux familles jeudi après-midi, par tout moyen possible, en se réunissant dans les mosquées ou en tenant des marches pacifiques en montrant des signes de deuil", poursuit Mir Hossein Moussavi. Il précise qu'il prendra "évidemment part à la cérémonie".

Cet appel est sans doute tout sauf innocent.

L'islam chiite prévoit en effet que tout deuil soit suivi de cérémonies les troisième, septième et quarantième jours après ce deuil. Dans ce contexte, l'appel à une journée de deuil du candidat n'est pas sans rappeler celles qui avaient ponctué l'année précédent la chute du régime du shah lors de la révolution islamique de 1979.
Les décès de manifestants tués par l'armée à l'époque étaient suivis de  manifestations pour leur deuil 40 jours plus tard. Ces rassemblements étaient suivis par de nouveaux décès, dans un cycle inexorable qui a abouti à la victoire de l'opposition. Alors proche de l'imam Khomeini, Mir Hossein Moussavi, aujourd'hui âgé de 67 ans, était l'un des leaders de la révolution.

L'attitude du guide suprême

Les partisans du candidat battu protestent depuis samedi contre les résultats de l'élection qui a vu la victoire du président sortant Mahmoud Ahmadinejad (63 % au premier tour).

L'ayatollah Ali Khamenei (France 2)Face à la colère populaire et aux heurts meurtiers, l'ayatollah Khamenei s'est dit favorable à un recomptage partiel des voix "en présence des représentants des candidats". Le Conseil des gardiens de la Constitution s'est dit prêt aussi à recompter les "bulletins de vote dans les urnes sujettes à la contestation".

Un bilan meurtrier

Au moins sept civils, selon les autorités, sont morts lundi à Téhéran dans l'attaque d'une base de bassidjis (miliciens islamiques) et de nombreux autres ont été blessés.

Certains observateurs s'étonnent de ce bilan et pensent que celui-ci pourrait être plus élevé. La capitale iranienne, Téhéran, a été le théâtre de véritables émeutes depuis samedi, et des affrontements violents entre forces de l'ordre et  manifestants ont été rapportés dans de nombreuses villes d'Iran par des témoins, font-ils valoir.

Mercredi, les témoins sur place parlaient encore de plusieurs blessés durant les manifestations du jour.

Le président conservateur du Parlement, Ali Larijani, a tenu le ministre de l'Intérieur Sadegh Mahsouli responsable d'attaques contre des étudiants et des habitants à Téhéran, alors qu'une commission parlementaire a été créée pour enquêter sur l'attaque par des bassidjis d'un dortoir de l'Université de Téhéran.

Manifestation pro-Ahmadinejad

Sur le terrain, et à l'appel d'un organisme officiel, plusieurs milliers de personnes ont manifesté mardi dans le centre de Téhéran lors d'une "marche d'unification" en soutien au président réélu Mahmoud Ahmadinejad.

Après le défilé, les organisateurs ont accusé "les ennemis, spécialement les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et Israël" de "s'ingérer dans les affaires iraniennes, de comploter contre le gouvernement et d'offrir un soutien médiatique aux groupes ennemis, aux émeutiers et aux hooligans sociaux et politiques qui tentent d'alimenter le chaos dans la République islamique".

La contestation gagne la province

Un manifestant blessé, lundi à Téhéran (c) France 2La contestation, très forte à Téhéran, a gagné des villes de province, en particulier Machhad, Ispahan et Chiraz, selon des témoins et des médias. Deux importants responsables du camp réformateur ayant soutenu M. Moussavi,  Saïd Hajarian et Mohammad Ali Abtahi, ont été arrêtés, selon un responsable réformateur.

L'organisation de défense des droits de l'homme présidée par le prix Nobel de la paix Mme Shirin Ebadi a annoncé l'arrestation d'un de ses responsables. Mais la mobilisation contre M. Ahmadinejad et les violences commencent à  fissurer l'unité du pouvoir.

Sarkozy dénonce "l'ampleur de la fraude"

Le président Ahmadinejad participait mardi à un sommet régional en Russie où il a affirmé que "l'ère des empires" était "terminée". Il n'a fait aucune allusion à la situation dans son pays. En revanche, plusieurs ambassadeurs européens ont été convoqués au ministère  des Affaires étrangères après les "remarques  grossières" de leurs dirigeants concernant la situation en Iran.

"L'ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction", a déclaré mardi le président français Nicolas Sarkozy. "C'est un drame mais ce n'est pas que négatif d'avoir un vrai mouvement d'opinion qui essaye de se décadenasser", a ajouté le président français. "Le peuple iranien mérite autre chose", a-t-il dit.

Aux Etats-Unis, le président américain Barack Obama, tout en disant avoir de "profondes inquiétudes", a estimé mardi qu'il ne serait "pas productif" pour son pays de se mêler de politique intérieure iranienne. Le président américain "pense qu'il est important de comprendre que la différence en termes de politique réelle entre MM. Ahmadinejad et Moussavi n'est peut-être pas aussi grande qu'on l'a dit". Quel que soit le résultat du recompte des votes demandé par M. Moussavi,  "nous allons avoir à traiter en Iran avec un régime qui est hostile aux  Etats-Unis", a-t-il ajouté sur la chaîne CNBC.

Le régime est-il menacé ?

"Je ne pense pas que le régime soit aux abois. Il y a de fortes turbulences, le risque existe qu'elles soient réprimées de façon brutale mais je ne vois pas le régime vaciller sur ses bases. Ce qui est contesté, c'est le processus électoral mais pas le régime en tant que tel", observe Denis Bauchard, de l'Institut français des relations internationales.

Spontané, le mouvement d'opposition au résultat du scrutin, qui attribue une victoire écrasante au président Mahmoud Ahmadinejad face à Mir Hossein Moussavi, "est né d'une frustration d'avoir perdu les élections, sans doute en raison d'opérations de manipulation à grande échelle", relève cet expert. Pour autant, "ce n'est pas un affrontement entre une opposition extérieure au régime et le régime lui même" car Mir Hossein Moussavi "est avant tout un conservateur, un apparatchik", même s'il est "plus pragmatique que les autres", ajoute-t-il.

Même son de cloche de la part de Thierry Coville, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). A ses yeux, le mouvement d'opposition traduit "le sentiment d'une majorité de la population d'avoir été flouée".

Les réformateurs et conservateurs modérés vont-ils réussir à présenter un front uni pour empêcher le président iranien de conserver tous les pouvoirs ? Toute la question est là, répond l'expert.

Soutenu d'emblée par le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, Mahmoud Ahmadinejad, même s'il n'avait pas anticipé la fronde post-électorale, conserve beaucoup d'atouts dans son jeu.
"Les déshérités, le monde rural, se reconnaissent en lui", note Denis Bauchard. De plus, il bénéficie du soutien des forces de l'ordre, de l'armée, et peut se targuer d'une absence d'alternative à l'étranger qui soit crédible, que ce soient les royalistes ou les Moudjahidines du peuple.

La position du guide suprême

Mais selon Claire Spencer, qui dirige le département Moyen-Orient à l'institut Chatham House à Londres, ces manifestations pourraient affaiblir la position du guide suprême, Ali Khamenei.

"Sa préférence pour Ahmadinejad était bien sûr connue lors de sa première élection en 2005. Mais à ce moment-là, elle avait été confirmée par les urnes", souligne-t-elle.

En l'absence de "confirmation claire et crédible par les urnes", il pourrait y avoir "quelque doute sur sa position d'arbitre de l'ensemble de la République et du processus révolutionnaire, et il pourrait se retrouver critiqué", ajoute-t-elle.

Aux dires de la plupart des observateurs, Ali Khamenei n'ira pas jusqu'à ordonner la tenue d'un nouveau scrutin. Lequel ferait sans doute le jeu de l'opposition.

L'avenir d'Ahmadinejad et de Moussavi

A écouter certains experts, la mobilisation en faveur de Moussavi pourrait marquer un tournant dans la lutte de pouvoir que se livrent conservateurs et éléments plus modérés. Et faire pencher la balance en faveur des seconds. Car nombre de manifestants militent pour la liberté d'expression et les droits fondamentaux.

Dans ce contexte, le président sortant court le risque d'être contesté pendant son mandat. Après une campagne électorale marquée par une certaine liberté et après les manifestations de ces derniers jours, la crainte de la répression pourrait être moindre dans l'opinion.

Reste à savoir ce que va faire Mir Hossein Moussavi, premier ministre de 1981 à 1989 et proche de l'imam Khomeini, fondateur du régime islamique. Passera-t-il dans le camp de l'opposition ?
"Il fait partie intégrante de la République islamique et croit dans le pouvoir religieux. Il pourrait ne pas vouloir mettre le système en danger", rétorque un observateur .

Vos réactions

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

A voir aussi